Alphabet de Dorothée Volut est composé de courts textes, des vignettes en prose rédigées en lettres majuscules issues d'un manuscrit inédit intitulé À la surface.

Comme tous les enfants, la publication précédente de Dorothée Volut (éditions Précipitées), opérait une montée en puissance lancinante puis vertigineuse, répétant l'expression éponyme jusqu'à l'obsession pour creuser les perceptions infantiles.
Le souffle s'impose ici à l'ouverture. L'Alpha de son alphabet. Comme l'air jaillit des poumons au sortir de l'eau. Le premier texte harangue avec véhémence. La respiration vient ensuite. “Si j'allume un feu maintenant, ce sera trop tôt et les autres ignoreront à quelle fin je le fais”.

Alphabet est une fragile oscillation entre l'intime et le global, entre le monde de l'enfance (qui “permet d'écrire”) et un constat fragmenté, fragmentaire de l'âge adulte. L'épreuve de la mémoire, du souvenir, à la recherche de la matière, de certitudes éparses et labiles qui éclosent sur le chemin de l'expérience.
“Tout ce que tu demandes c'est de retrouver les corps.
Toucher n'existe pas”.

Alphabet est une esquisse. Une formule perfectible. “Je ne voudrais vouloir, mais tendre”. Une tentative d'épuisement de perceptions et d'expériences regroupées en un seul alphabet. Pour interroger son rapport au monde, à l'écriture (“avec son tablier d'amour épuisé est toujours là. C'est elle qu'il faut aimer”). Exister est une somme, le résultat de calculs étranges et de forces contraires, mais il s'agit d'être là, d'être au monde.
“L'arbre, son écorce, ses branches, ses feuilles, sa ramification”.

À l'image de Tennyson pour qui une seule fleur est le monde. Pour qui tout fait, si humble soit-il, implique l'histoire universelle et son enchaînement de causes et d'effets. Le monde visible est donné tout entier en chaque représentation. L'homme est le miroir symbolique de l'univers.
Alphabet creuse, plus que l'enfance, la notion d'existence, où “prendre place est donner lieu au nom comme main ouverte”, et se termine en nous laissant un sentiment d'une beauté fragile, tourmentée et tout à la fois tranquille, comme reposée.

Julien Breta
librairie Histoire de l'œil - Marseille (13)



ISBN : 978-2-9524961-7-9
Éric Pesty éditeur - 2008
9 euros

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