Un atelier récits/photos vient de s'achever dans les prisons du Pontet et de Marseille : durant cinq semaines, quatre jeunes filles et quatre jeunes garçons se sont rencontrés - et racontés - sans se voir... comme en témoignent les textes et images de Bruno Le Dantec et Yohanne Lamoulère, réunis dans un livret.

Photo : Yohanne Lamoulère

Mis en œuvre par l'Agence régionale du Livre dans le cadre de son partenariat avec la Direction interregionale de la protection judiciaire de la jeunesse, cet atelier a été mené par la photographe Yohanne Lamoulère et l'écrivain Bruno Le Dantec. Ils se sont rendus alternativement dans les quartiers mineurs des prisons des Baumettes à Marseille (pour les filles) et du Pontet (pour les garçons).

Au-delà de la pratique culturelle et artistique, l'objectif était d'apprendre à se dire (en mots et en photos), se présenter à l'autre, se donner à voir et dresser son portrait. Les ateliers entrecroisés (filles/garçons) permettaient également un échange à distance : des mots, des "dire" rapportés par les artistes au fil des semaines.


« Le jour où je sors, la première chose, d'abord, je vais faire le câlin à tout le monde, à mes frères, à mes soeurs... » (un jeune mineur de la prison du Pontet)

Mais pour les mineurs incarcérés, pas de droit à l'image ! Ils ne doivent pas être reconnaissables. Difficile exercice de photographe... Pour Yohanne Lamoulère, portraitiste atypique, il était hors de question de flouter les visages ou de prendre des morceaux d'individus. Elle les voulait entiers, droits et fiers. Alors Bruno Le Dantec et Yohanne Lamoulère ont proposé à Brigitte Briot, artiste marseillaise, de fabriquer des masques genrés (très genrés parfois), un peu grotesques, façon carnaval. Une dizaine de masques sont nés pour l'atelier, réalisés à partir de sachets de thé recyclés.

Bruno Le Dantec a reconstruit les récits mêlés, accompagnés des photos/portraits de Yohanne Lamoulère qui leur donnent vie. Écrits, dessins et photos sont réunis dans un livret qui a été distribué aux jeunes à l'issue de l'atelier. Au final, un récit touchant d'une jeunesse qui, si elle a perdu sa liberté, n'en a pas moins gardé son humour et son humanité.

 

Extraits du livret :

Les Baumettes (je te souhaite bientôt la liberté)

« Bonjour 2K. Merci pour ta lettre. Je ne te connais pas, mais je te réponds. Je suis fiancée, bientôt mariée. Tu pourrais être mon petit frère. Je te souhaite bientôt la liberté, parce que la liberté n'a pas de prix. Je te souhaite du bonheur avec les tiens. En prison, on réfléchit beaucoup aux bêtises qu'on a faites. C'est un mal pour un bien. Il faut penser à un bon avenir. Je te souhaite de ne jamais retourner en prison. Je n'ai ni Facebook, ni Snapchat, c'est interdit par notre culture. Samantha. »


Le Pontet (j'ai rêvé que j'étais en permission)

« J'ai rêvé que j'étais en permission et je devais revenir à 18h. Je passe la journée avec un collègue et deux gadji. On est tellement bien que j'oublie le temps. Quand je regarde l'heure, il est 18h passé. Je me sens trop mal, parce que je sais qu'ils vont me déclarer évadé et ça va me faire encore plus de soucis. Alors je me mets à courir. Je cours, je cours, et dans ma tête je me dis Il faut que tu te réveilles. Et je me réveille, je suis dans mon lit, dans la cellule, j'ai chaud, je suis trempé d'avoir couru. En rêve. »

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Photos : Yohanne Lamoulère / Tendance Floue

 

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