Comédien, metteur en scène, liseur.
Oui, liseur. C'est ainsi qu'aujourd'hui Jean-Claude Nieto se définit lui-même.
« La lecture, c'est le corps », explique encore l'homme de théâtre.


Sous l'appellation Texte et Projets, Jean-Claude Nieto explore plusieurs voies.

L'une d'elles se nomme « Teatro Leido ». Théâtre lu, théâtre des langues. Fusion de deux langues, invention d'une troisième qui serait tantôt l'une tantôt l'autre et à travers lesquelles chacun passerait sans même s'en apercevoir. « Teatro Leido » s'attache à promouvoir un texte dans sa langue d'origine mêlée d'une traduction, française en l'occurrence, et à utiliser le vecteur de la lecture théâtralisée.

L'entreprise débute en 2003 alors que le metteur en scène Jean-Claude Nieto se voit sollicité pour animer une commémoration en mémoire des victimes de la dictature chilienne. Il adapte – mais plutôt devrait-on parler de mise en bouche, en résonance, en concordance – « El cartero de Neruda » / « Une ardente patience » ou « Le facteur de Neruda », d'Antonio Skarmeta. Réaction très forte du public où il est expérimenté que l'émotion n'est pas arrêtée par l'autre langue, celle qui n'est pas la nôtre. Viendront ensuite trois autres pièces de langue espagnole : « El señor Galindez » d'Edouardo Pavlovski (Argentine), « El Saludador »/ « Le Disciple » de Roberto Cossa (Argentine) et « El Huésped Vacío » / « La Maison d'hôtes » de Ricardo Prieto (Uruguay).

Le choix d'auteurs contemporains de langue espagnole n'est pas tout à fait fortuit : Jean-Claude Nieto a une complice dans cette aventure, Dilia Gavarrette, comédienne originaire du Honduras rencontrée pendant les 10 années où il a enseigné le théâtre à Aix-en-Provence. De leur connivence artistique et culturelle, de cette « commande chilienne » qui réveille cette autre langue si longtemps enfouie et de ce choc culturel immense reçu lors d'un voyage en Argentine… naîtra ce projet du « Teatro Leido ».
La réflexion portera sur l'étrangeté de la langue de l'autre, son acceptation, son écoute et sa compréhension. Les comédiens, tous bilingues, offrent derrière leur pupitre une lecture sobre enrichie de « la sophistication du théâtre ».

Une intervention en lycée professionnel et la mixité de langues de son public lui révèlent de nouveaux objectifs, qui dépasseraient le simple plaisir d'écouter un texte, aussi fort soit-il. Et si l'urgence n'était finalement que de se comprendre, et si l'intention de proposer un outil, une passerelle, devait se renforcer ? Avec 6 comédiens franco-arabes, il enrichit donc son répertoire d'une pièce de langue arabe « El Khodza/Le Pain » d'Abdelkader Alloula (Algérie). Aujourd'hui, la pièce italienne « Pinocchia » de Stefano Benni est à son tour en gestation ; elle sera présentée le 17 mars à l'occasion de la Semaine Européenne de Fuveau.
Un véritable travail d'écriture s'engage chaque fois : le mariage de deux langues oblige à trouver une répartition juste par rapport à la dramaturgie du texte, elle amène aussi à une passionnante réflexion sur le rapport entre les langues, au plan dramaturgique toujours.

Dans le droit fil de cet engagement, il renoue maintenant avec le répertoire classique français. Ainsi vient-il de mettre au point « L'école des femmes » en un montage de 50 minutes. Rien n'est réécrit mais tout est réinventé : il ne garde que la substantifique moelle du texte. Il fait travailler les vers en prose à ses comédiens pour les amener à y trouver une autre musicalité, et au final favoriser intérêt et compréhension, peut-être même goût… Pour certains, une fois passé le barrage culturel, on peut encore laisser Molière nous parler et se laisser surprendre !
Est-ce de son passé d'instituteur qu'il a gardé le goût de transmettre (dix ans, ça n'est pas rien) ? Jean-Claude Nieto continue d'oeuvrer en milieu scolaire et tant élèves qu'enseignants sont séduits par cette « pédagogie » des textes tout à fait originale, généreuse, vivante.

Et qu'on ne s'y trompe pas, la lecture à haute voix requiert une technicité particulière et une lecture théâtralisée est bien un spectacle ; mais un spectacle dépouillé de certains artifices, qui ne s'intéresse qu'à la puissance du verbe et au message qu'il véhicule. Et c'est bien de théâtre dont il s'agit, un théâtre engagé où les premiers acteurs sont les mots eux-mêmes. Un théâtre nourri de paradoxe : comment se donner tout entier dans l'offrande d'un texte et s'effacer tout à la fois devant lui ? La réponse est dans la question : ne reste qu'à voir, écouter, comprendre.

Encore pourrait-on parler des animations poésie où il développe la théorie du don « le texte est comme une matière qu'on distribue », du partage, de l'appropriation d'un poème (choisit au préalable par l'élève). De son « loto-poésie », créé au hasard d'une commande de récital de poésie. De son désir de revenir à la mise en scène… il présentera d'ailleurs « Le Facteur de Neruda » en version théâtre courant 2005.
Sans structure fixe, lecteur avant tout, homme de théâtre, Jean-Claude Nieto entretient un nomadisme professionnel, comme une porte ouverte à toutes les découvertes et rencontres.
Gourmet de textes et de théâtre, il les mêle pour mieux nous les dénouer.

Du mot à la parole il n'y a qu'un son.

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