Le Ministère de la Culture publie en juillet 2020 la 6e édition d'une série d'enquêtes initiée dans les années 70. Ce panorama permet d'observer 50 années d'évolution du rapport des Français au livre et à la lecture.

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Les statisticiens Loup Wolff et Philippe Lombardo ont mené cette étude tout au long de l'année 2018. L'échantillon de 9 200 personnes est deux fois plus important que pour la précédente édition, l'étendue géographique est plus grande (ouverture aux départements et régions d'Outre-mer) et la méthode générale améliorée.

L'examen des informations collectées fait apparaître six tendances en France :

  • Une place croissante de la culture dans le quotidien des Français
  • L'essor considérable, en dix ans, des pratiques culturelles numériques
  • Des Français plus nombreux à fréquenter les lieux culturels, surtout après 40 ans
  • La réduction de certains écarts territoriaux et, dans certains cas, sociaux
  • La singularité culturelle des générations récentes avec l'introduction du numérique
  • Le déclin des pratiques des baby boomers

 

L'accès massif à la culture et au numérique change la donne 

L'enquête met en avant une baisse du nombre de lecteurs en 2018 malgré une hausse de la fréquentation des médiathèques. Cette baisse des pratiques de lecture se confirme au fil des générations avec également moins de gros lecteurs. Le lecteur-type des années 70, masculin et jeune, est devenu aujourd'hui une lectrice plus âgée. 

On note une uniformisation des comportements entre les zones rurales et les zones urbaines. En 1973, les citadins étaient 2,5 fois plus nombreux à lire 20 livres ou plus par an que les ruraux. Les écarts territoriaux tendent à disparaître aujourd'hui.

Si la place de la culture au quotidien est grandissante, on note cependant un recul de la culture patrimoniale ou classique chez les plus jeunes qui privilégient les « consommations audiovisuelles et numériques ».

Il y a dix ans, les plus âgés, les moins diplômés et les ruraux étaient étrangers au monde numérique, un rattrapage a lissé ces écarts. Si bien que ces pratiques sont désormais très transversales au sein de la population, massifiant l'accès à la culture.

Bien plus que le genre, le lieu de vie ou le milieu social, le principal facteur de différenciation est donc la génération... D'une part, les baby boomers lisent et fréquentent assidûment les institutions culturelles. D'autre part, les plus jeunes préfèrent le numérique au détriment des lieux culturels.

 

Les effets de la crise sanitaire ?

L'étude date d'avant la pandémie et le confinement. Mais ces tendances s'inscrivent dans le long terme. Une fois cet exercice rétrospectif effectué, comment envisager l'évolution à venir ? Dans Le monde d'après, Loup Wolff gage que la crise sanitaire « ne changera pas radicalement le paysage ». « À travers ce rapport sur 50 ans de vie culturelle, il apparaît que les pratiques sont très structurelles, très inscrites », estime-t-il. « Ce ne sont pas des phénomènes qui se retournent si facilement, malgré la survenue d'un évènement, si marquant soit-il. »

 

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