Un poète à la croisée des chemins.


Rendez-vous au Parc Borély. Le plus vaste des parcs marseillais, apprécié pour les promenades bucoliques dans la roseraie ou le canotage en barque, une tonalité somme toute très poétique. Ce matin de semaine, le parc est désert. Dominique Sorrente attend dans une "guinguette" avec cahier d'écriture, livres, objets : un décor qui respire le foisonnement et l'esprit de méthode.
Dominique Sorrente a commencé à écrire de la poésie à l'âge de 16 ans, il ne s'est guère arrêté depuis. Aujourd'hui, franchi le cap de la cinquantaine, il poursuit son travail d'écriture, jamais mis en marge. Il choisit d'enseigner et développe pendant 20 ans des formations atypiques de Culture, d'Humanités, de Rhétorique et d'Écriture créative auprès d'étudiants en gestion de différents pays, à l'école supérieure Euromed de Marseille. Durant sa carrière, il s'efforcera de concilier son métier d'enseignant en école de commerce avec sa passion de l'écriture. “Geste de grand écart qui apprend la souplesse, mais donne aussi parfois des élongations”, dit-il en souriant.
Son parcours d'auteur prend appui sur des rencontres : Christian Guez Ricord, le “frère aîné en poésie”, dès 1971, puis la revue Sud à laquelle il collaborera de 1978 à 1997.

En 1982, l'éditeur Cheyne publie La lampe allumée sur Patmos. Six autres ouvrages suivront. Lauréat de nombreux prix, Dominique Sorrente a reçu le soutien du Centre national du Livre à deux reprises. Si la dimension universelle de la poésie le fascine, il note que le monde des poètes, quand il devient “clan, chapelle, affaire de spécialistes jaloux de leurs territoires, n'est pas exempt de multiples rétrécissements et enfermements, peu conformes à ce qu'on peut attendre d'une voix poétique”. La meilleure posture, l'auteur du Petit livre de Qo l'a trouvée en menant des actions en milieu scolaire et à l'université, en répondant aux invitations de lectures et de conférences en France comme à l'étranger.

Est-ce de l'hyperactivité ou une énergie militante qui le pousse en 1999, après l'exposition rétrospective que lui consacre la Fondation Saint-John Perse à Aix-en-Provence, à se lancer dans une nouvelle aventure ? Voici donc l'association Le Scriptorium, “lieu-dit de paroles croisées marqué du signe de la poésie”. Un pari aux contours volontiers mouvants qui n'est ni une revue ni un acte éditorial mais un libre espace de rencontres, à l'écart du centre ville et des institutions. Dominique Sorrente prend également part, depuis 2005, au comité de rédaction de la revue Les Archers (éditions Titanic –Toursky).

À trop “tirer sur la corde”, survient le passage à vide que Dominique Sorrente nommera “ordre d'immobilisation”. Il parle de cette période - dont il sort doucement - sans pudeur et sans honte. Sa nécessité vitale est alors d'opérer un véritable rassemblement personnel, traverser les effondrements et parvenir à ramasser les morceaux de l'être où se retrouveront l'écrivain-poète, le professeur, le père et le conjoint : “Dans ces moments-là, on apprend tout le prix de regarder un arbre, et rien de plus, pour justifier une journée qui passe...”.
“À présent, poursuit-il, je ne veux plus de « double vie de l'écrivain », j'aspire à une vie unique.” C'est la nouvelle quête qu'il entreprend.

2007 fut une année faste en matière de publications (un livre, un DVD, une dizaine de textes en revues...). Pourtant, ce n'est pas ce type de réalisation qui vient spontanément aux lèvres du poète, mais celle d'un tout autre genre que lui a offerte un boulanger du Jura suisse (où il était en résidence récemment). Chaque jour, ce boulanger inscrit sur une ardoise une pensée pour ses clients. Un matin, Dominique Sorrente, poète de passage, lui apporte deux pages pleines de “maximes minimes”, parmi lesquelles dès le lendemain, le boulanger choisira “Ne mettez pas en miettes l'ami du pain” pour saluer ses clients. Publication éphémère bien sûr… Dominique Sorrente est sensible à ces attentions qui mettent les mots à l'air libre et relient les personnes ; il revendique aussi le droit d'être un poète des petits riens que la vie nous offre de manière souvent inattendue.

Derniers Titres parus de Dominique Sorrente

couverture du livre Pour un visage

Pour un visage

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