Bricoleuse de talent, Fabienne Yvert n'entend se laisser enfermer dans aucune catégorie : poète, plasticienne, typographe, linotypiste ou couturière… Pour autant, et pour le besoin de ce portrait, il nous faut bien tenter de cerner l'insaisissable auteur, ses créations et son imagination débridée.

Fabienne Yvert est née en banlieue Est de Paris, il y a longtemps précise-t-elle. Une formation aux Beaux-Arts, ici et là, et un chemin de traverse alors peu commun : celui qui relie travail plastique et écriture. Auteur palimpseste, elle cache ses mots sous sa peinture. Une première expérience dans un atelier de typographie lui fait apprécier combien cette technique impose la distance – l'écriture se compose à l'envers – et empêche les bavardages. Typographe donc, elle crée ses objets-livres comme des oeuvres d'art, s'accordant la possibilité du multiple.

Garder la mer comme horizon. Fabienne habite à cette époque Le Havre et travaille dans un atelier de sérigraphie et de lithogravure. Vient la rencontre avec Pierre Mréjen et l'invitation à rejoindre l'aventure des éditions Harpo &. Une aventure qui la conduit à Marseille, une ville qu'elle trouve d'abord trop lumineuse et trop chaude, même si aujourd'hui elle y est très attachée. “J'aime les villes pauvres, industrielles, mélangées, où c'est le bordel !”

Fabienne Yvert a toujours vécu de son travail parce qu'elle a besoin de peu, et c'est pour elle “un luxe incroyable”. Un cabanon au bord de l'eau, le choix de la privation plutôt que la multiplication d'activités dans lesquelles elle ne se reconnaîtrait pas, des chemins de traverse… toujours. Bien qu'elle se sente éloignée de la poésie contemporaine dans ce qu'elle a de formaliste, elle se ressource avec Robert Pinget, Charles Bukovski, Hélène Besset, Pierre Roubaud ou Tilman… et des livres pour enfant. “La langue m'intéresse plus que les histoires.”

Elle vend parfois des sculptures déposées dans des boutiques et avoue le soutien de quelques fans qui lui achètent directement son travail. Juste de quoi survivre ! En 2012 elle publiera tout de même Y en a marre d'être pauvre, “petit cri bref, inutile” d'une observatrice du quotidien se posant la question du droit d'écrire sur les autres et de leur “piquer ce qu'ils disent”.

Fabienne Yvert anime aussi des ateliers d'écriture longue durée, préférant s'installer avec les publics (adultes) plutôt qu'intervenir ponctuellement ; s'adonne à des performances avec des amis poètes, bricole... Elle participe actuellement à plusieurs projets collectifs, comme “Concordan(s)e” qui marie un danseur à un auteur dans des lieux étrangement étrangers, et pour lequel elle travaille avec une danseuse baroque à l'Imec.

Aux secondes Rencontres départementales de l'Édition indépendante (Marseille, 2009), Frédéric Martin des éditions Attila s'attarde sur son travail. Il rachètera les droits de Papa part, maman ment, mémé meurt, et pour la première fois Madame Yvert sera publiée à plus de 3 000 exemplaires !

D'une grande pudeur, Fabienne Yvert ne se livre pas facilement. Qu'importe ! Ses productions, même minimalistes, parlent pour elle. Elles possèdent cette étincelle et cette fragilité qui traduisent, avec humour et émotion, les petits et grands moments de la vie. Quant à son dernier livre – non composé-typographié-fabriqué, mais simplement écrit à l'ordinateur –, l'artiste l'a envoyé aux éditions Attila par la poste…

Derniers Titres parus de Fabienne Yvert

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