En 2020, la librairie BD marseillaise fêtera ses 15 ans d'existence. Jamais avare de projets, l'équipe en profite depuis quelques mois pour se lancer de nouveaux défis, à commencer par la création d'une librairie itinérante… dans une ancienne remorque à chevaux.


Entre une nouvelle façade confiée aux bons soins de l'illustratrice Lisa Laubreaux et une exposition durant tout l'été consacrée à l'auteur américain Paul Kirchner, les idées ne manquent pas à La Réserve à Bulles. Depuis quelques mois, un nouveau projet anime l'équipe : la création d'une librairie itinérante dans une ancienne remorque à chevaux. Objectif ? Aller à la rencontre du public hors des sentiers balisés du livre. Une aventure que nous raconte la libraire Peggy Poirrier.


Comment est née La Chevaline ?

Depuis longtemps, nous avions le souhait de faire une librairie itinérante, même si nous n'avions pas forcément sa forme en tête. Je crois que dans notre esprit, cette idée répondait à nos envies d'ailleurs, mais aussi à une réalité. L'été reste une période creuse pour la librairie, en particulier le mois d'août. La nécessité de diversifier notre activité, et d'explorer de nouveaux publics sur de nouveaux territoires, nous semblait donc essentielle.


Pourquoi ce choix d'une ancienne remorque à chevaux ?

Au départ, nous sommes partis sur l'idée d'une caravane, mais très vite le projet a bifurqué, car ce sont des structures qui ne peuvent pas supporter de poids en roulant. Or, nous souhaitions que notre fond constitué d'environ 700 références BD (dont un tiers de livres jeunesse et deux tiers de livres adulte) soit stocké à l'intérieur. L'idée d'aménager une remorque à chevaux s'est donc rapidement imposée à nous, d'autant qu'avec une remorque, nous avions la possibilité d'en faire un espace très ouvert. 


On a effectivement le sentiment que l'accent est mis sur la circulation des visiteurs. La Chevaline serait-elle une sorte d'alternative entre le stand et la librairie physique ?

C'est l'idée en tout cas. Il existe de nombreux projets de librairies itinérantes en France, mais nous ne voulions pas d'un projet qui prenne la forme d'une "tiny house". Nous avions envie d'un projet hybride, modulable, facilement déplaçable, qui suscite la curiosité sans rebuter les gens et surtout sans créer d'appréhension. De nombreuses études montrent que les gens qui ne sont pas ou peu sensibilisés aux livres ont tendance à hésiter avant d'entrer dans une librairie. Nous voulions absolument éviter ce sentiment-là.


Techniquement, à quelles difficultés avez-vous été confrontés ?

Il n'y a pas eu de réelles difficultés dans la conception de La Chevaline, car nous avons tout fait seuls. La fabrication nous a couté un peu plus de 5 000 € (achat de la remorque compris) et nous avons eu une cinquantaine de jours de travaux. C'est peut-être dans la manière d'appréhender nos tournées que nous avons fait quelques ajustements.


C'est-à-dire ?

Notre idée avec La Chevaline est de nous associer à des événements où il n'y a pas de livres. Nous visons par exemple les festivals de musique, les projets autour de la gastronomie ou des arts de la rue. À chaque fois, nous adaptons notre sélection de livres en fonction de l'événement. Mais les partenaires potentiels ne comprennent pas toujours la plus-value que la présence de livres peut avoir pour leur événement. Parfois, leur cahier des charges n'est tout simplement pas adapté. C'est par exemple le cas avec les marchés de producteurs qui ont souvent une charte pour restreindre l'accès aux exploitants, ce qui par ricochet bouscule nos possibilités de participation.


Il y a donc une sorte d'éducation au concept à faire ?

Oui, très clairement, d'autant que les retours des visiteurs sont extrêmement positifs et qu'à partir du moment où un lien est créé avec un partenaire, l'échange va bien au-delà du simple événement. En 2018, nous avons travaillé dans le Luberon avec des producteurs de vins naturels pour le festival Qui l'eût cru ? auquel nous participons également cet été. Or c'est aussi avec certaines personnes rencontrées sur place que nous construisons cette année d'autres propositions.


Quand débute votre saison estivale ?

Nous commençons l'été en participant à la fête du livre jeunesse à Lauris (84). Il nous semble intéressant de privilégier cette forme d'ancrage dans de petits territoires que l'on travaille en lien avec les acteurs de proximité, ce qui ne nous empêche pas de réfléchir à l'idée d'une tournée régionale (une vingtaine de dates chaque année).

 

Pour découvrir La Chevaline, rendez-vous du 17 au 20 juillet à Lauris (84) pour une programmation spéciale dans le cadre de la fête du livre jeunesse Partir en Livre, puis le 27 juillet aux Baumettes (84) pour "Qui l'eût cru ?". Autres dates à venir sur le site de La Réserve à Bulles...

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