“La librairie est une anomalie économique.” C'est par ces mots qu'Alexandre Boulègue, directeur adjoint de Xerfi Études, a débuté la présentation du dernier rapport sur la librairie commandé par le SLF et le ministère de la Culture et de la Communication. C'était début juin à Bordeaux, lors des secondes Rencontres de la Librairie indépendante.

Anomalie, puisque si la rentabilité globale des commerces français est de 3,2 % (ratio résultat net/CA), celle de la librairie est de 0,6 %, soit le plus faible ratio de tous les commerces. Elle serait même de - 0,6 % pour les librairies réalisant un chiffre d'affaires inférieur à 300 000 euros. Autre indicateur alarmant, la baisse du CA de 2 à 3 % depuis 2010, et pire encore, celle de 3 à 9 % en nombre d'exemplaires vendus. Les petites et moyennes librairies connaissent ainsi une baisse de leur activité, respectivement de 10 % et 5 %. Seules les grandes (plus de 1 million d'euros de CA) voient leur activité augmenter de 5 %.

Face à ces chiffres les banques limitent les prêts, craignant que les libraires ne soient pas en capacité de rembourser. Ne trouvant pas de soutien, les libraires ont dû se résoudre à réduire le stock et le personnel, au risque de perdre un peu de leur valeur ajoutée : qualité de service et importance de l'offre. Pour les petites structures, l'autre variable d'ajustement, reste toujours la rémunération du dirigeant.

“Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer”, faisait dire Beaumarchais à Figaro dans Le Barbier de Séville. C'est avec cette même philosophie que les libraires ont accueilli la présentation de ce rapport... car les marges de manœuvre développées dans la foulée ne laissent pas entrevoir d'amélioration rapide et confortable :
- le soutien des politiques publiques comme levier d'équilibre ; laissant ainsi entendre aux libraires que seules une perfusion peut les maintenir en vie,
- l'augmentation du taux de marge commercial, lequel dépend des remises qu'éditeurs et distributeurs/diffuseurs voudraient bien leur concéder, malgré une chute d'activité effective également de leur côté,
- l'amélioration de l'attractivité des points de vente ou comment améliorer la fidélisation de la clientèle ; ce point nécessitant des investissements que la trésorerie des libraires ne semble pas à même d'assumer.

C'est donc avec beaucoup d'autodérision que les libraires ont accueilli cette nouvelle étude, encore plus alarmante que la précédente.
Notons toutefois que les données recueillies au plan national diffèrent de celles que les études régionales ont présentées en 2012. Ainsi en Paca, Languedoc-Roussillon, Picardie et Basse-Normandie, le résultat des petites librairies est-il plus proche de 3 % que de - 0,6 %. De même par exemple que le besoin en fonds de roulement (BFR), inférieur de près de 10 jours au BFR national du rapport. Comment expliquer un tel écart ? Serait-ce la collecte des données ? Si Xerfi ne recourt qu'aux liasses fiscales sans uniformiser le BFR en fonction de la date d'arrêté des comptes (qui pèse énormément sur le stock des librairies), cela peut s'expliquer. À moins que la situation des enseignes parisiennes, majoritaires dans le panel, ne se soit particulièrement dégradée...

Au-delà de toute méthodologie, la librairie reste un secteur en profonde difficulté et sur le point de perdre son autonomie tant les aides lui sont indispensables aujourd'hui.

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