Voilà 13 ans que l'association Les Mots Voyageurs propose, à Marseille et dans la région, des pratiques d'écriture aux amateurs de mots et de langues.

Ce travail de création littéraire s'appuie sur des textes de la littérature et de la poésie contemporaine, des essais philosophiques, mais aussi des écrits d'artistes dans les domaines de la peinture, la musique, la photographie et la marche à pied.

En plus de trois ateliers hebdomadaires, l'association propose un dimanche d'écriture par mois et des stages de deux ou trois jours (stage raquettes et écriture au cœur de l'hiver, voyages-stages à l'étranger). Destinés à un public mixte, ces ateliers et stages ont lieu dans des structures diverses : collège, maison pour tous, librairie, théâtre, hôpital… et hors institutions, pour des publics adultes qui souhaitent expérimenter de nouvelles formes textuelles.

Noëlle Mathis (titulaire du DU de formateur en ateliers d'écriture de l'Université de Provence), Francis Coulaud (comédien, auteur et chanteur) et Delphine Eyraud (enseignante-formatrice), tous trois animateurs expérimentés et diplômés, sont les piliers de la structure. Selon les thématiques des stages, ils invitent ponctuellement des auteurs et des artistes à co-intervenir afin de se nourrir du croisement entre l'écriture et les disciplines artistiques. Ils ont ainsi fait appel à la plasticienne Séverine Bruneton, à l'auteur-photographe François Diot, à l'anthropologue du rêve Arianna Cecconi, au musicien Laurent Sarthou, aux poétesses Christiane Veschambre et Frédérique Guétat-Liviani... et, plus original encore, à Carlo Couvert, instructeur de l'art du chi, pour combiner écriture et arts martiaux doux (tai chi et qi gong).

Dans cet entretien, Noëlle Mathis - fondatrice de l'association - nous fait part de son expérience d'animatrice.


Quel chemin estimez-vous avoir parcouru depuis 17 ans en tant qu'animatrice d'ateliers d'écriture ?

Née en France à la frontière franco-allemande, je suis partie dans le Nord de l'Allemagne pendant deux ans au début de ma vingtaine, puis j'ai émigré sur la côte ouest du Canada en 1992. Après une dizaine d'années à vivre et à écrire en anglais, j'ai ressenti de manière viscérale l'éloignement de la langue française, alors que je me sentais très à l'aise dans la langue de Shakespeare. Durant l'été 2002, je suis venue en France pour prendre de l'inspiration et examiner mon rapport à la langue et à la littérature française. J'ai alors rencontré l'association Terres d'encre, dans la vallée du Jabron (04), qui m'a énormément nourrie et encouragée à lancer mes propres ateliers. C'est ainsi que j'ai commencé à animer des ateliers d'écriture en français à Vancouver au sein du Centre Culturel Francophone. Puis, en 2005, lorsque je suis rentrée en France après 15 ans à l'étranger, j'ai poursuivi une pratique régulière d'ateliers d'écriture hebdomadaire avec des apprenants adultes de français langue étrangère (FLE) à l'université d'Avignon et j'ai créé l'association Les Mots Voyageurs à Marseille.

Ma pratique a beaucoup évolué avec le temps et s'est transformée, notamment, lorsque j'ai commencé à croiser l'écriture à d'autres formes artistiques. Par ailleurs, je questionne depuis de nombreuses années la présence dans un texte de la pluralité d'autres langues, qu'elles soient apparentes dans leur usage ou sous-jacentes. Ce questionnement s'est transformé en une thèse de doctorat qui a eu pour objet l'étude des identités plurilingues lors de création textuelle en français langue étrangère, en adoptant une approche sociolinguistique d'ateliers d'écriture plurilingue.

Le chemin que je retrace ne pourrait se lire sans prendre en compte les publics divers avec lesquels j'écris en atelier de création littéraire. En effet, si ma pratique s'est initialement concentrée sur un public adulte francophone et francophile en milieu minoritaire au Canada, j'ai ensuite eu la chance de travailler en France dans des lieux extrêmement diversifiés.


Quel souvenir d'atelier conservez-vous précieusement ?

De nombreux souvenirs, mais certainement les plus forts sont ceux avec les écrivants qui initialement ne se sentaient pas en mesure d'écrire des textes et qui ont surmonté leur appréhension, avec le temps, avec la confiance et aussi avec l'aide du groupe. Certains d'entre eux ont même publié des récits. D'autres prennent des risques et s'essaient encore, après de nombreuses années d'ateliers, à de nouvelles formes d'écriture.


Animez-vous des ateliers avec des publics dits "spécifiques" ? Si oui, pouvez-vous partager quelques moments de ces ateliers ?

Les ateliers de création littéraire en milieu psychiatrique me touchent particulièrement. Je suis profondément émue à chaque séance par les textes écrits et partagés au sein du groupe. Dans ces ateliers, la sensibilité, l'écoute, la présence, l'acuité et la solidarité se manifestent de manière si spéciale, si essentielle, qu'elles contribuent entièrement à l'émergence non seulement du texte mais aussi de cette substance quasi indicible mais palpable - une énergie vitale - qui aide à tisser des liens profonds entre les membres du groupe.


Comment se déroule la dernière séance d'une série d'ateliers ? Donne-t-elle lieu à une restitution ?

La plupart des cycles d'ateliers d'écriture se terminent par une restitution publique et/ou une publication. Dernièrement, nous avons publié des recueils de textes poétiques issus d'ateliers avec Delphine Bole (animatrice venue en renfort au collège Henri-Barnier, dans les quartiers Nord de Marseille) : Le guetteur de poèmes (2018) a reçu le prix départemental des Lauriers de la Fondation de France ; J'ai hurlé pour la cité (2019) se distingue par sa force poétique.

Par ailleurs, une sélection de textes écrits en ateliers hebdomadaires à la Maison pour tous Julien en 2018-2019, en collaboration avec l'auteure Frédérique Guétat-Liviani et la performeuse Stéphanie Lemonnier, sera co-publiée à l'automne 2019 par les éditions Fidel Anthelme X et Les Mots Voyageurs dans un ouvrage collectif intitulé K libre.


Écrivez-vous aussi de votre côté (à des fins de publication) ?

Oui, j'écris des récits et des textes poétiques.

J'écris également des articles universitaires qui portent sur l'écriture plurilingue, les auteurs plurilingues et leurs stratégies d'écriture, mais aussi sur le lien entre oralité et scripturalité.

« Écrire en atelier, c'est :
Partager des propositions d'écriture communes.
S'inspirer d'auteurs contemporains d'origines diverses.
Écrire ensemble autour d'une table, sur un coussin ou sous un arbre.
Suivre l'élan des mots qui surgissent toujours par surprise.
Choisir d'écrire en langues "étrangères" si l'on peut, si l'on veut.
Échanger les rires.
Ressentir l'émoi du texte lu pour la première fois.
Prendre conscience de sa singularité.
Rencontrer la voix de l'autre.
Accepter l'étrangeté d'être compris… ou pas.
Offrir des retours avec bienveillance. »

(extrait du site de l'association Les Mots Voyageurs)

LES MOTS VOYAGEURS

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06.50.32.65.48
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www.lesmotsvoyageurs.com

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