Un petit café de bord de plage. Le temps pluvieux donne à la rencontre une tonalité particulière, mi figue mi raisin. Entre deux. Une lueur surréaliste filtre parfois les nuages sur la mer grise argentée. Une atmosphère presque électrique se dégage de ce décor et de cette lumière, créant comme une tension à l'élasticité incertaine. Éclatera, éclatera pas… on se croirait presque dans un roman de Marcus Malte.

À le lire, on s'en doute, Marcus Malte est un auteur plutôt secret, n'aimant pas trop parler de lui. Et en effet, correspondant peu à ce que l'on pourrait appeler un bavard, il restera sur la réserve deux heures durant. L'on apprendra cependant qu'il commence à écrire au sortir de l'école primaire, par goût de la lecture ; qu'il s'essaie à la musique avec des paroles de chansons, au spectacle avec l'écriture de sketches, et au roman dont il achève le premier à 22 ans, sans le publier jamais.
Fleuve Noir édite son troisième opus et ouvre une bibliographie très jeune encore puisque tout juste âgée de dix ans, et pourtant riche d'une quinzaine de romans “adulte”, “jeunesse”, et de nouvelles publiées en solo ou en collectif.

Du pourquoi écrire des romans noirs si noirs on ne saura rien : Marcus Malte écrit au gré de ses envies, au gré des rencontres, des commandes aussi parfois. Et surtout, au gré d'une première phrase qui va déclencher tout le reste. Le procédé est étonnant : aucun thème, nul synopsis, pas un personnage qui soit conçu au préalable. Seule, une phrase, l'originelle donc, et sa musicalité qui va mettre en œuvre le processus de l'imaginaire et de l'écriture. La forme déterminera le fond. Marcus Malte avoue ne découvrir l'histoire qu'au fur et à mesure qu'il l'écrit, et concède que la méthode n'a rien de rassurant.

Un auteur peu confortable pour les professionnels du livre contraints au rangement et à la classification. Roman noir, polar… autant d'appellations restrictives pour désigner des textes sombres il est vrai, très sombres, à l'image de ce que la société des hommes lui inspire certainement, mais aussi d'une écriture sûre, maîtrisée, d'une troublante poésie et d'un souffle romanesque fort.
De l'enfer métaphysique qu'il peint, de l'intrinsèque solitude à laquelle il nous renvoie, livre après livre et chaque fois davantage, Marcus Malte échappe en réalité à la notion de genre. Encore pourrait-on dire qu'il se joue de ses limites, se place à la frontière, sur la brèche.
Lire Marcus Malte, c'est à peu près se planifier un état de manque garanti puisque c'est sûr, et quel que soit le rythme de lecture adopté, un jour on aura tout lu - d'autant que ses premiers titres sont épuisés et qu'il faut attendre leur prochaine réédition chez Folio Gallimard. Viendra l'heure de guetter le petit dernier sur les tables de libraires, de se tenir en haleine jusqu'à ce moment comme on l'a été auparavant, seul à seul avec ses livres.

Est-ce parce que nul n'est prophète en son pays que, alors qu'on le sollicite dans la France entière, on voit si peu Marcus Malte dans les librairies et bibliothèques d'ici ? Guère dans les nombreuses manifestations dédiées au livre que compte notre région ? Rarement dans nos classes (pour sa production en littérature jeunesse) ou à animer des ateliers d'écriture ? Passant outre sa réserve naturelle, il se prête pourtant volontiers aux propositions qui lui parviennent.
Dommage. L'on ne peut qu'inciter “nos” professionnels du livre à s'intéresser de plus près à sa bibliographie, à la faire plus largement connaître et qui sait, à tenter à leur tour de percer le mystère.

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