La Marelle (Marseille) et l'ArL organisent pour la deuxième année consécutive des résidences d'auteurs en milieu carcéral. Trois auteurs de la région sont impliqués dans le projet : Nine Antico, Didier Romagny et Yann Madé.

Après une première année un peu chaotique, la direction interrégionale des services pénitentiaires et la direction interrégionale de la Protection judiciaire de la jeunesse ont souhaité réitérer l'expérience.

Trois établissements ont été choisis pour accueillir un auteur en résidence pendant trois mois. En dehors de leur temps de création (70 %), les auteurs proposent - en co-construction avec les établissements qui les accueillent - des temps d'ateliers, d'observation et de partage. Pour répondre au souhait des éducateurs et des services d'insertion et de probation de travailler autour de la bande dessinée et du roman, l'ArL et La Marelle ont fait des propositions parmi les auteurs de la région.


« Je me sens comme une sorte d'invitée, dans leur quotidien comme dans leurs cellules bien rangées » (Nine Antico, autrice de BD)

Le centre pénitentiaire des Baumettes (service de la SAS - structure d'accompagnement vers la sortie) accueille depuis mi-octobre Nine Antico, autrice et dessinatrice de bande dessinée, également réalisatrice.

Elle propose un travail de création de fanzines avec les personnes détenues et participe à leurs autres activités ainsi qu'à la vie de l'établissement. De cette première semaine plutôt intense, Nine témoigne : « Se retrouver face à eux comme la prof d'arts plastiques que je ne suis pas, avec la conscience que le conseil de classe a déjà statué sur leur cas. Ils sont là (dans mon atelier au titre racoleur de BD) pour tuer le temps "en prison, il faut pas être pressé" ou parce qu'ils aiment les mangas et moi, finalement, je me sens comme une sorte d'invitée, dans leur quotidien comme dans leurs cellules bien rangées. »

Ce service accueille des hommes avec un profil particulier : multirécidivistes, peu scolarisés, pour lesquels nombre de tentatives d'insertion ont échoué. Il fonctionne sur l'individualisation de la prise en charge des détenus avec de multiples partenariats (éducation, santé, culture, etc.) et des activités renforcées (ateliers de communication non violente, atelier sur la violence conjugale, travail en lien avec des EPAD, maraude citoyenne pour le nettoyage des plages, etc.).

 

« C'est à l'intérieur de la confiance que, peut-être, des mots jailliront » (Didier Romagny, écrivain)

La maison d'arrêt d'Aix-Luynes II accueille quant à elle Didier Romagny, écrivain marseillais, d'octobre à décembre dans un bâtiment qui expérimente un régime de détention particulier dit "de confiance" qui accueille 200 détenus environ.

Didier Romagny le décrit ainsi : « Première semaine d'immersion au sein de la maison d'arrêt de Luynes, dans l'unité dite "de confiance". Unité au mode de fonctionnement qui, pour le non initié, pourrait relever du "minimum syndical" dans la prise en charge des détenus. Activité diverses proposées : sport, cours de français, d'anglais, etc. Des activités de deux heures, matin et après-midi. L'organisation est faite pour que tout détenu ne reste pas entre les quatre murs de sa cellule à longueur de journée. Il y a bien sûr un comportement irréprochable attendu en retour.
Et pourtant, si cette unité porte le nom de "confiance", c'est bien parce qu'elle dénote totalement des autres. Celles où l'unique issue est la cour promenade quelques heures par jour ou bien, parfois, la "faveur" acquise au "mérite".
C'est ce cadre, ce contexte que je retiens surtout de ces premiers jours. Parce qu'il pose d'emblée une "exception" là où, le non initié, lui toujours, pourrait y voir le B.A.BA de toute détention.
Chacun, détenus comme surveillants, est conscient de ce régime d'exception. Et donc chacun y va de ses efforts. De ses efforts d'humanité, de négociation, de tempérance. Pour que ça tienne. Parce qu'il faut au moins que ça tienne. Unités expérimentales qui n'ont pas encore acquis leur légitimité dans le système carcéral français.
C'est à l'intérieur de la confiance que, peut-être, des mots jailliront. Nous nous y emploierons. »


La troisième et dernière résidence aura lieu en décembre au quartier des mineurs de la maison d'arrêt d'Aix-Luynes I et accueillera Yann Madé, auteur de bande dessinée vivant à Martigues. Ce projet est en cours de construction avec les éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse.

Pour ces trois résidences, les auteurs ont reçu une commande de textes. Ceux-ci feront l'objet d'une publication spéciale dans La première chose que je peux vous dire, revue de La Marelle. Des rencontres seront également organisées pour témoigner des créations et du projet.

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