Fondée en 2011 par Élisabeth Auptel, la librairie Les Pléïades vient d'être rachetée par les habitants de la vallée, qui refusaient de voir disparaître ce lieu de culture.

Située dans les Alpes-de-Haute-Provence, au confluent de la Lance et du Verdon, à près de 1 200 mètres d'altitude, la commune de Colmars-les-Alpes compte moins de 500 âmes. Un tiers de ses habitations sont des résidences secondaires, et elle abrite une dizaine de commerces. C'est pourquoi, quand Elisabeth Auptel met en vente son établissement pour partir à la retraite, les habitants et les associations culturelles locales se mobilisent : « Les librairies les plus proches se trouvent à Digne et Barcelonnette, soit au moins une heure de route par beau temps. Si la librairie disparaissait, il ne nous restait plus qu'Internet », explique Xavier Druelle, président de la récente société coopérative d'intérêts collectifs (SCIC) Les Pléïades.


Un rachat rondement mené

Créée pour soutenir la librairie dès ses débuts, l'association Les 5 Saisons de Colmars (organisatrice d'événements littéraires, dont le salon du livre Feuilles d'automne) réunit ses membres à l'annonce de la mise en vente en 2020. L'idée naît de reprendre le lieu sous la forme d'une coopérative. Après s'être renseigné auprès de l'Agence régionale du Livre et de la librairie Caractères libres d'Aups (elle-même créée sous la forme d'une SCIC), la décision est prise de racheter Les Pléïades.

En moins de cinq mois, les statuts sont rédigés, et les collèges constitués. « La SCIC comprend trois collèges : un pour les salariés, un pour les bénéficiaires (habitants, école, mairie), un pour les partenaires (bénévoles et autres soutiens financiers), pour un peu plus de 200 sociétaires. » Et la librairie rouvre ses portes en mai 2021. « Notre chance pour monter si rapidement le projet est d'avoir eu le soutien instantané de la population et des collectivités, et surtout que Constance Garréneaux, libraire de formation et originaire du coin, ait eu envie de revenir s'y installer ! »

« Quand je suis arrivé pour la première fois à Colmars, en plein après-midi d'hiver, il y avait une seule lumière dans la ville : celle de la librairie. C'est vital pour nous, dans nos vallées, de ne pas éteindre ces lumières. » (Xavier Druelle)

« Le fonds ressemble aux sociétaires »

Près de 3 000 références sont réparties dans 47 m: « Chaque habitant y va de son conseil, de ses coups de cœur, et nous espérons bientôt atteindre les 5 000 références. » L'offre s'est ainsi enrichie d'un large rayon jeunesse et d'un fonds théâtre et beaux-livres en lien avec les associations locales. On y retrouve aussi des propositions assez inattendues : « Le fonds ressemble de plus en plus aux sociétaires et à la vie culturelle de la vallée. Nous avons des groupes de veille littéraire par thèmes, nous recevons quasi quotidiennement de nouvelles demandes, et suite à ces retours, nous avons aussi choisi de développer la papeterie et les beaux-arts, d'intégrer quelques jeux de société. Un vrai "Cultura" éthique et militant ! »

Et la solidarité fonctionne à plein. Pour soulager la libraire et lui permettre de petites pauses, les bénévoles se relaient pour tenir la librairie, aider à l'organisation d'une animation, réceptionner quelques cartons ou encore travailler sur la communication et les réseaux sociaux. Bien plus, cet élan semble créer des vocations : « Notre plus jeune bénévole a 15 ans ! Elle est passionnée par les livres et ce métier. Pour elle, c'est une expérience unique. » 

La reprise citoyenne des Pléïades est, pour l'heure, une réussite.  

 

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