Anne Roche

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Marseillaise depuis toujours, Anne Roche vit et travaille à la “Cité radieuse”, célèbre ensemble futuriste Le Corbusier dont elle occupe depuis trente ans deux modules d’habitation. C’est avec un post-it “je suis au n°634” qu’elle nous accueille à son domicile, nous renvoyant à quelques mètres de là à son atelier de travail et salon de musique. Elle y pratique l’écriture et le clavecin, deux activités qui rythment sa vie de professeur de lettres émérite à la retraite.

Après des études parisiennes à l’École normale supérieure, Anne Roche intègre l’Université de Provence en 1963 en tant qu’assistante, département Littérature. C’est à l’occasion d’un séjour à Chicago en 1968 qu’elle découvre avec émerveillement le creative writing ; elle créera les ateliers d’écriture à l’Université dès son retour en France : “c’était une façon de rendre les étudiants actifs, de mobiliser les savoirs littéraires”, explique-t-elle. Initiatrice de cette nouvelle discipline universitaire, elle affine sa pratique pendant vingt ans, atelier après atelier, et la restitue dans son ouvrage L’Atelier d’écriture, qui reste une référence en la matière. La reconnaissance du diplôme d’animateur d’ateliers d’écriture consacre ce long et patient travail en 1994. Dans le même temps elle aura mis en place des ateliers d’histoire orale, qui donnent lieu au livre Celles qui n’ont pas écrit. Autant de démarches pédagogiques aujourd’hui derrière elle.

Anne Roche tient en effet à se défaire de cette étiquette et à “passer la main”. Au-delà de l’enseignement, qu’elle a toujours considéré comme son métier, elle est l’auteur d’une œuvre riche et éclectique : essais, romans, pièces radiophoniques et de théâtre, feuilleton littéraire, articles, des textes souvent écrits à plusieurs mains tant elle est convaincue “qu’on est plus intelligent à plusieurs”. Sautant d’un sujet à un autre, elle fait sienne la volonté de Pérec – l’un de ses maîtres – qu’aucun de ses livres ne ressemble au précédant, et jongle entre écritures théorique et romanesque, assumant cette dispersion qui lui vaut une “image de marque un peu brouillée”.
Ses travaux de recherche portent essentiellement sur les auteurs de l’extrême contemporain (Antoine Volodine, Nicole Caligaris, Éric Chevillard, Pierre Senges…), les littératures du Maghreb, et sur Walter Benjamin auquel elle a récemment consacré un ouvrage hommage.

La fiction est une respiration, un divertissement auquel Anne Roche a recours quand elle est en panne sur un travail théorique. Après deux romans très personnels, La Cause des oies et La Relative, elle s’essaie au roman policier avec Amadeus ex machina, publié d’abord comme feuilleton dans Télérama (été 1988) puis adapté pour France Culture (1992). Début d’une trilogie policière avec Marseille en toile de fond, ce roman s’achèvera bientôt à l’Alcazar…

Depuis une quinzaine d’années, la musique occupe une place importante dans sa vie – piano et clavecin, auxquels elle consacre une à deux heures quotidiennes. Elle collabore à deux ensembles de musique de chambre et donne quelques concerts. Et c’est ainsi que s’achève notre entretien, avec La D’Héricourt de Claude Bégnine-Balbastre et Les barricades mystérieuses de Jean-François Couperin.