C'est la fête à... C'est la faute

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[…] Je ne suis pas notaire, C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau, C’est la faute à Rousseau.
Joie est mon caractère, C’est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau, C’est la faute à Rousseau. […]
extrait de La chanson de Gavroche, Les Misérables, Victor Hugo

Depuis maintenant 10 années, à Marseille, “C’est la faute à Voltaire” agit au service de personnes en situation de difficulté sociale et pour ce faire, se place sous le signe de la lutte contre l’exclusion culturelle par l’approche de l’univers des mots. Humilité, générosité et persévérance : peu de bruit et beaucoup d’actions.
Au-delà du livre, certes très présent dans les différentes initiatives menées par l’association, le mot - en ce qu’il ouvre de possibles, le mot donné, échangé, rêvé, inventé, détourné, inspiré… - représente le vecteur principal de ce pacifique combat.

Dix ans que “C’est la faute à…” reçoit des livres sous forme de don - de particuliers essentiellement -, leur offrant un nouvel avenir ainsi qu’à tous ceux qui y ont accès. 26 000 ouvrages ont ainsi été collectés l’année dernière. Les livres sont classés, répertoriés, puis répartis entre d’une part la librairie où ils seront vendus à prix modique, et d’autre part plusieurs espaces lecture créés dans des structures à caractère social. Ici, deux animateurs se chargent du choix des titres, régulièrement réassortis, et de leur accompagnement auprès des publics. Point d’ancrage de l’association, l’espace librairie - 7 000 titres en rayon - permet quant à lui, dans le cadre d’emplois aidés, d’accueillir des personnes inscrites dans une démarche de reconstruction de parcours professionnel, et de dégager une partie des financements nécessaires à la poursuite de la tâche.

Dix ans que, en parallèle, “C’est la faute à…” propose des ateliers d’expression écrite et de reliure, soit comme complément des livres mis à disposition ici ou là, soit comme rendez-vous régulier à “l’annexe”, un peu plus bas dans la rue. Rendez-vous avec soi-même, rendez-vous avec le regard bienveillant de l’autre. Les “Ateliers Voltaire”, d’écriture, se tiennent ainsi chaque mardi. Autant de lieux qui démontrent “la nécessité d’espaces d’accueil, d’expression et d’échange ; une nécessité qui s’accroît au fur et à mesure que se complexifient les rapports sociaux, les milieux professionnels, les modes de communication…”

Dix ans encore que l’association conçoit des opérations “Coup de plumes”, animations ponctuelles qui s’appuient sur des manifestations publiques comme Lire en Fête, d’envergure nationale, un festival local, une fête de quartier… Les dispositifs mis en place aspirent à favoriser la mixité des publics par le biais d’invitations à la démarche d’écriture.
“C’est la faute à Voltaire” compte à son actif une dizaine de “Coup de plumes” aux noms évocateurs tels que Tissu de mensonges, Se donner le mot, La vente aux enchères de mots…, axés sur le détournement de sens, la mise en éveil des idées, le jeu, le rêve, la créativité.

La reconnaissance du travail accompli se mesure chaque jour : qualité croissante des dons de livres, reconduction des subventions des pouvoirs publics (Municipalité, Département, Région, État, organismes sociaux), adhésion au projet de nombreux partenaires et de bénévoles.

Aux côtés de Natacha Clary, douze personnes animent avec détermination ces trois grandes lignes directrices. Pour la moitié d’entre eux cette activité est synonyme d’un nouveau départ. Ils vont bénéficier ici d’un soutien, d’un respect et d’un regard propres à les aider à retrouver une image positive d’eux-mêmes, postulat essentiel à la construction d’un projet professionnel.
Une grande équipe. Mieux que les citer tous, se rendre sur place et les rencontrer, guetter leurs fameux “Coup de plumes” et s’y laisser donner et recevoir, serait le meilleur hommage à leur témoigner.

L’occasion se présente très bientôt, les 21 et 22 septembre, avec La Faites des mots que l’association concocte pour fêter son dixième anniversaire. La Faites des mots fera revivre plusieurs opérations “Coup de plumes” avec l’esprit ludique et participatif qui leur est coutumier, et donnera à découvrir une large sélection de productions écrites et sonores réalisées au cours des dix ans d’activité de l’association. Début des festivités au théâtre Toursky1, puis mots à volonté durant toute la journée du 22 en plein cœur de Marseille2 : spectacles, “Coup de plumes”, lecture du Novecento de Baricco, présence d’auteurs et d’éditeurs.3

Une fois passée la fête et souhaitons qu’elle soit belle, gageons que l’aventure n’en restera pas là et que l’association a encore de grandes années d’actions devant elle. Un bien et un mal. L’exclusion sociale n’est pas en perte de vitesse, loin s’en faut, et permettre que des structures de cette qualité-là pansent nos blessures est bien le moins que notre argent public puisse faire. La faute à qui ?