Conservation pour tous

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Restaurer, protéger, transmettre sont aujourd’hui des composantes essentielles de nos sociétés. À Arles, le CCL et CICL accompagnent musées, archives et bibliothèques dans ces missions.

Le Centre Interrégional de Conservation du Livre (CICL), organisme au service des archives, des bibliothèques et des musées, s’est imposé dans les domaines de l’expertise et de la valorisation du patrimoine documentaire, et ce depuis sa création en 1987.

À l’origine spécialisé dans la restauration traditionnelle du patrimoine écrit, le Centre a su, dès le début des années 90, négocier la mutation imposée par les nouvelles technologies. Le Centre a ainsi pu développer ses prestations, particulièrement la numérisation, et conçoit de nouveaux projets technologiques afin d’assurer au patrimoine documentaire une pérennité et une lisibilité certaines.
Il s’agit donc aujourd’hui d’associer à la notion de conservation celle de valorisation, et de permettre ainsi la diffusion, tous supports confondus, du patrimoine documentaire au plus grand nombre.
En réponse à des préoccupations et des besoins définis, notamment par les responsables et les dépositaires des fonds ou des collections du patrimoine documentaire, un service de conservation préventive permet de résoudre l’ensemble des problèmes touchant l’environnement et la gestion physique des collections.

Afin de compléter les activités du CICL, notamment en ce qui concerne les aspects de formation, de diffusion d’information et de coopération, une nouvelle structure a été créée en 1992 : le Centre de Conservation du Livre (CCL). Ses actions sont menées tant aux échelons régional et hexagonal qu’à l’échelon international.
Les principaux services du CICL sont : la restauration (des livres, des documents d’archives, des reliures traditionnelles et modernes…), la conservation préventive (étude climatique, analyse d’organismes biologiques, évaluation, expertise, conseil et assistance pour l’élaboration de plan d’urgence), le traitement des collections (décontamination, intervention après sinistre) et enfin le transfert de support image (microfilmage et numérisation).
Les services du CCL sont quant à eux axés sur la formation et le conseil aux professionnels des bibliothèques, archives et musées. Une vingtaine de stages sont organisés chaque année à Arles. Des visites et des conseils juridiques sont proposés.
Le CCL dispose d’un centre de documentation et d’un centre de ressources, prête du matériel (équipement de mesure du climat et de l’éclairement, vitrines…) aux établissements de PACA.
En cas de catastrophe, il porte assistance aux établissements de la région, et ceci gratuitement.

Le projet Manumed (Euromed Heritage 1)
Le projet MANUMED (Manuscrits de la Méditerranée) a été retenu en 1998 par la Commission européenne dans le cadre de Euromed Heritage. Depuis cette date, un réseau de coopération s’est développé pour la préservation et la valorisation du patrimoine écrit de la Méditerranée et s’est étendu à toutes les formes de documents graphiques ou photographiques, sans oublier les nouveaux supports de l’information : documents audiovisuels, supports numériques, etc.

Manumed intervient dans la plupart des pays méditerranéens dits de la zone MEDA (Maroc, Algérie, Tunisie, Malte, Égypte, Jordanie, Israël, Territoires palestiniens, Chypre, Liban, Turquie), dans le cadre d’actions régionales ou en complément d’actions bilatérales. Les actions menées sur le terrain touchent les domaines de l’assistance technique, de la formation, de la communication ou de la diffusion d’informations. Dans les années à venir, malgré l’achèvement programmé de ce projet, il faut noter la volonté de prolongation qui se caractérise dans les récents accords passés entre Manumed, l’UNESCO (Medlib) et la Région PACA, qui visent à assurer la pérennisation de différents programmes de coopération pour le patrimoine des bibliothèques et des archives de la Méditerranée, dans le cadre d’un projet unique intitulé «Bibliothèque Virtuelle de la Méditerrané».

Outre les actions d’expertise et de formation développées dans les pays méditerranéens de la zone MEDA, de nombreuses actions de valorisation et de médiatisation ont été menées, en particulier des expositions, des publications, ainsi que des études sur des bibliothèques et des fonds manuscrits spécifiques.

Un exemple de coopération multilatérale : la Bibliothèque Virtuelle de la Méditerranée
Le projet de la Bibliothèque Virtuelle de la Méditerranée (BVM) consiste à concevoir, à réunir et à rendre disponible virtuellement, en une bibliothèque idéale et accessible à tous, un choix d’ouvrages essentiels et emblématiques – touchant tous les domaines de la connaissance – conservés dans les fonds documentaires des bibliothèques de chacun des pays partenaires et les concernant directement.
Ce projet est co-financé par l’Union européenne, par l’UNESCO et par la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

La Bibliothèque Virtuelle de la Méditerranée sera essentiellement un outil bibliographique multilingue et multi-alphabétique qui, utilisant toutes les ressources des NTIC, se composera d’environ 3 000 références consultables sur Internet. Une bibliothèque de 500 titres incontournables par pays partenaire générant ainsi un fonds à vocation commune représentera la base d’une bibliographie idéale dans une bibliothèque toujours accessible. Dans un premier temps, 100 thèmes bibliographiques généraux ont été
retenus pour lesquels chaque pays devra effectuer une sélection d’ouvrages représentatifs. En plus de ces bibliographies nationales, une bibliographie « globale » générique sur la Méditerranée, de valeur transnationale et composée de 1 000 ouvrages, sera établie
collégialement. À partir de ce corpus, 200 documents de référence seront intégralement numérisés, accessibles, téléchargeables gratuitement sur Internet et disponibles sous forme de CDRom.

À court terme, par sa conception même, la BVM devrait permettre à tous les professionnels de la documentation un accès aux sources les plus sûres concernant le monde méditerranéen, en même temps qu’elle devrait les aider à établir ou à développer entre eux des réseaux de coopération de nature à amoindrir, en matière d’accès à la documentation, des disparités ou des vides parfois difficiles à surmonter.
À plus long terme, la BVM assurera la mise en œuvre de sous-projets, tels que des formations (in situ et à distance), le recensement des bibliothèques méditerranéennes, le développement d’outils techniques et juridiques destinés aux professionnels, le développement de certains axes bibliographiques, et le recensement des fonds méditerranéens conservés ailleurs dans le monde.

Stéphane Ipert
Directeur du Centre de Conservation du Livre