Dix ans de Cahier critique de poésie
Publié le
Toutes les bonnes choses vont par deux. Annuellement par exemple dans les livres elles vont ainsi : prennent deux couleurs, complémentaires, pour signaler d’épais volumes, 300 pages en moyenne, de la bibliothèque de poésie. Deux : c’est pour l’instant suffisant. Bleu et jaune (dans l’ordre des saisons), elles désignent, les couleurs, semestre après l’autre, CCP (c’est aussi un clin d’oeil, avec les couleurs mêmes), le Cahier critique de poésie que depuis dix ans désormais le cipMédite. Vingt et un numéros, très bientôt plus ; et plutôt vingt-deux car il y eut un n°0 qui ne fut pas simple galop d’essai. Tonalisées par une épigraphe chaque fois différente (à Baudelaire l’ouverture : “Je considère le poète comme le meilleur de tous les critiques” – l’essentiel est posé), les livraisons de CCP se soutiennent d’une conception évidemment extensive de la poésie (d’Anne-Marie Albiach à Pierre Guyotat, de Bernard Heidsieck à Roger Lewinter, de Jean Daive à Guy Debord…), décidant d’une mécanique qui aura immédiatement trouvé son rythme : un grand dossier à l’occasion d’une actualité de publication, un nombre (très) important de notes critiques (sans que soit pour autant visée l’exhaustivité du commentaire des parutions du semestre concerné, sans que la seule poésie contemporaine soit prise en compte, ni même la seule poésie), certaines ne se privant pas de jouxter la longueur de l’article, certaines doublant sur un même titre, ainsi reconnu comme d’importance ; une forte attention aux revues, sans surprise, comme à ce qu’il est convenu d’appeler “micro-édition” ; un regard sélectif sur l’édition jeunesse, un ensemble de chroniques (catalogues d’exposition mais surtout, dès les débuts sous les mêmes responsabilités :musique contemporaine, jazz, poésie numérique, sites Internet…) et, dirigée (et illustrée) par Claude Royet-Journoud et rédigée intégralement par Michèle Cohen-Halimi, une revue dans la revue, monographique : Anagnoste. Voilà donc aujourd’hui près de 6 500 pages publiées, plus de 2 500 auteurs critiqués pour 5 000 livres parus ou plus, ceci par quelque 350 critiques (très majoritairement poètes, pas tous ; presque tous écrivains). Un kaléidoscope d’approches (de la pure analyse au quasi-poème) qui complexifie singulièrement les couleurs de l’entreprise. Singulièrement irisées, elles sont au dedans plus que deux. C’est donc pour l’instant suffisant. Mais ce n’est, comme la poésie, qu’un début…
Christian Tarting
Les éditions chemin de ronde (84)