Dominique Vittoz

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“Traduire, c’est habiter les mots en locataire : on n’est pas chez soi. Et pourtant, on est domicilié là. Certes, on savoure l’aise de ces quatre murs, mais on la sait précaire, tributaire d’autrui. […] On n’est malgré tout que de passage.”

Dominique Vittoz habite Arles où elle est traductrice littéraire d’auteurs italiens.

Originaire d’une famille peu démonstrative, entre Dauphiné et Savoie, elle côtoie l’italien dès l’enfance, chez sa meilleure amie où elle découvre un modèle familial à l’opposé du sien, un espace où la parole circule. Peut-être la raison du choix de cette langue. D’abord maître de conférence en Langue et Littérature italienne à l’Université Lyon 3, elle enseigne vingt-six années et devient spécialiste des “hyper” contemporains italiens. Traductrice littéraire depuis dix ans, elle attribue à cette vocation “tardive” une série de hasards, dont l’un très marquant, sa rencontre avec Claude Bleton, traducteur de l’espagnol, auteur et ancien directeur du CITL (Collège International des Traducteurs Littéraires). Ils seront réunis par un éditeur (Fayard) puis, par un prix. Un compagnonnage s’ouvre.

Dominique Vittoz entre en traduction avec Andrea Camilleri pour qui elle restitue une langue mêlant italien et sicilien. Elle travaille la langue ancienne et les parlers locaux afin d’y puiser des formes archaïques du langage ; se fabrique des grimoires personnels de francoprovençal dans des petits carnets aujourd’hui bien remplis. Elle poursuit ce travail de  métissage linguistique avec des auteurs sardes comme Marcello Fois et Salvatore Niffoi, ainsi qu’avec la romancière lombarde Laura Pariani (dont elle nous conseille la lecture de Quand Dieu dansait le tango), elle recourt alors au parlanjhe, c’est-à-dire au poitevinsaintongeais. Une recherche qui l’inscrit dans une posture de créateur.
Cette expérience d’une liberté exigée par le texte original lui-même ne l’a pas quittée depuis, que ce soit pour traduire Milena Agus, Sandro Veronesi ou Valeria Parrella.

Son travail a reçu le Prix Amédée Pichot en 2001 pour La saison de la chasse d’Andrea Camilleri, et cette année le Prix de la Traduction de la région Rhône-Alpes, pour Le survivant d’Antonio Scurati.

“Une bonne traduction est une traduction qui trouve la distance juste avec le texte de départ”, explique-t-elle, “malgré une part de déperdition. À un moment donné, le texte d’origine est comme absorbé par le traducteur. On peut alors se mettre dans son texte à soi, trouver une voix.”

À l’enseignement éternellement reproduit, répété, elle préfère aujourd’hui la finitude du travail de traducteur et se définit comme un artisan. Elle souhaiterait maintenant diriger une collection, traduire la littérature italienne des 15e et 16e siècles, du théâtre, faire découvrir des textes qu’elle déniche. Enfin et surtout, elle aimerait organiser des ateliers de traduction et des lectures publiques, faire entendre les textes et les partager. Des pistes à explorer avec libraires et bibliothécaires d’ici ou d’ailleurs, dit-elle avec lucidité. Elle prend conscience, à l’occasion d’un atelier d’écriture avec Virginie Lou (cf. Dazibao 1 ), qu’elle n’a “rien à dire” qui nécessiterait de prendre elle-même la plume. De la maison labyrinthe qu’elle partage avec Claude Bleton, Dominique Vittoz pratique un métier libre et solitaire qui prend tout son sens dans la rencontre avec le lecteur.