Fotokino, très beau très pro
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« Cinéma, livre, ateliers, etc. » : tel est le sous-titre explicite de cette structure jeune et pourtant très mûre, qui oeuvre avec exigence à rapprocher enfants et création artistique.
Un pari sensé, nécessaire.
Fotokino : un nom qui sonne et évoque tout à la fois l’image fixe et l’image animée, la photo et le cinéma, la lumière (phôs, phôto en grec) et le mouvement (kinêma).
Sous cette appellation, l’association créée en 2000 s’emploie à diffuser des oeuvres singulières, films, livres et autres créations plastiques liées à l’image. Par la programmation de films d’auteurs, l’exposition d’oeuvres et d’ouvrages, Fotokino souhaite ouvrir le jeune public au monde de l’art et de l’image, éveiller les regards, développer l’imaginaire et l’esprit critique.
Tout au long de l’année, Fotokino propose des ateliers artistiques abordant les techniques et l’univers d’un auteur, au croisement de disciplines multiples. L’association veut plus particulièrement promouvoir certains ouvrages, tels les livres d’artistes pour la jeunesse, les albums conceptuels. Une manière de présenter les démarches qui font souvent le pari de l’abstraction et laissent une large place à l’interprétation personnelle en sollicitant l’imagination du lecteur.
« L’imagination sert pour jouer, pour travailler, pour vivre », ce propos de Gianni Rodari, extrait de sa célèbre Grammaire de l’imagination, résume bien le sens du travail de l’association.*
Fotokino présente désormais, chaque fin d’année à Marseille, Laterna Magica, les rencontres cinéma et illustration jeune public. Trois semaines de programmation originale, condensé de l’esprit Fotokino.
Laterna Magica, c’est le nom suédois et allemand de la lanterne magique, ce procédé cher à Ingmar Bergman permettant la projection d’images fixes pour accompagner un récit : l’émerveillement incarné.
Rien d’étonnant à ce que le premier thème choisi en 2004 ait été le conte, récit imaginatif et imaginaire par excellence. Ce qu’y puise Fotokino : « Dans le conte, tout est possible. Car de par sa fictivité avouée, le conte nous raconte ce qu’il veut, quitte à déguiser un loup en grand-mère, et à faire sourire un chat. Il nous entraîne, comme Alice dans son pays des merveilles, de l’autre côté du miroir, dans un monde imaginaire et intense. Les personnages du conte vivent dans un univers différent du nôtre, et y agissent en rêve. Cette distance au réel est créatrice de poésie visuelle et d’imageries particulières.
Mais même s’il fait semblant de regarder ailleurs, du côté de l’improbable, le conte nous parle du monde dans lequel nous vivons et nous touche dans son universalité. À travers son récit, et à l’instar des personnages dont nous suivons le récit, nous apprenons à la fois sur l’autre et sur nous-mêmes ».
En 2004, pas moins d’une vingtaine de films étaient proposés, sept ateliers et trois expositions. Au sein de cette programmation cohérente et soignée, une série de projections inédites mêlant films muets, musicaux, ombres chinoises et récits de conteurs, mais également découverte et fabrication d’objets magiques : les thaumatropes, praxinoscopes, zootropes, folioscopes…, ou encore une « presse à monstres pour tous », des ateliers de Kamishibaï, théâtre d’images d’origine japonaise. Les artistes Warja Lavater, Bruno Munari et Aline Ahond étaient à l’honneur, tandis que Paul Cox offrait une séance de dessins, animés en direct et en musique.
La programmation de Laterna Magica 2005 s’intéressera au thème de la Couleur. L’occasion de découvrir les films de Len Lye, Norman Mc Laren, Gianluiggi Toccafondo, Jacques Tati, Caroline Leaf… Et du côté de l’illustration, deux expositions : Frédérique Bertrand, et Paul Cox. Les ateliers se déclineront autour de Munari, Veronesi et Mari, Katsumi Komagata, Kveta Pacovska ; des initiations à la création d’affiches de cinéma, au cinéma d’animation, au flipbook, aux aspects scientifiques de la couleur seront organisées. Et parmi les questions auxquelles les enfants pourront répondre avec un seul tube de couleur : à quoi ressemble un monochrome accroché à l’envers ? Comment représenter un verre de sirop de menthe posé dans l’herbe ?
A l’occasion de chaque édition de Laterna Magica, un ouvrage témoin conçu par un artiste (illustrateur, graphiste, cinéaste…) sera édité. Ce livre viendra remplacer le traditionnel catalogue propre aux rencontres et autres festivals. Fotokino l’a intitulé «ouvrage» car ce terme reflète une démarche plus artisanale, moins standardisée, et ainsi plus proche des livres défendus.
En 2004, Anna M., série de six images, reflet de la singularité de l’univers d’Aline Ahond, a ainsi été publié.
Le point fort de Fotokino, qui ne compte aucun salarié dans son équipe, est d’avoir su créer d’innombrables partenariats : l’Alhambra, La baleine qui dit « vagues », les éditions Le port a jauni, l’Espace Culture, Africum Vitae, la BMVR de Marseille, l’Agora des sciences, l’Institut culturel italien, l’école des Beaux-Arts de Marseille, Heureux les cailloux, l’association Libraires à Marseille… tout en évitant la dispersion, de manière à garder son identité propre.
Placide, la créatrice de Fotokino, Nathalie Guimard, égraine son parcours : histoire des techniques cinéma, radio, IUT info com, langage des médias, passage par une société de production audiovisuelle, graphisme, photographie, affiches, vidéo, administration de production. Arrivée à Marseille, elle participe au Festival International du Documentaire, aux Rencontres Internationales de la Photographie, et travaille au Polygone Étoilé, un collectif d’artistes et de réalisateurs. Et demain ?
Demain, elle devra répondre à la question suivante : avec un travail de qualité reconnu, des partenariats établis ou potentiels à gogo, des idées à la pelle et une énergie infaillible, n’est ce pas le moment de songer à se salarier afin de pérenniser les actions ?
Le désir de créer à terme un lieu de programmation permanent fera sans doute pencher la balance. La ville de Marseille suivra-t-elle Nathalie Guimard, comme l’ont fait jusqu’à présent la DRAC, le Ministère de la Jeunesse et des Sports et le Fonds Social Européen ?
Quoiqu’il en soit, l’idée de travailler un maximum avec les bibliothèques, d’aider à présenter des livres d’intérêt patrimonial, de monter des expositions tournantes, est un objectif susceptible de convaincre nombre de professionnels de la région…
Fotokino, Laterna Magica : n’oubliez pas ces deux noms qui ne vont plus l’un sans l’autre. Leur avenir s’ouvre à vous et à vos enfants.