La bande dessinée revue et revisitée
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L’année 2013 est ponctuée de plusieurs initiatives éditoriales marquantes dans le domaine de la bande dessinée. Véritables laboratoires d’idées et d’expérimentations, les revues sont l’occasion pour les auteurs de faire entendre leur voix sans pour autant se voir contraints par le format d’un album. Engagé depuis les débuts de la revue XXI et son reportage dessiné en fin de chaque numéro, ce phénomène éditorial montre bien, à qui ne l’aurait pas encore constaté, non seulement que la bande dessinée a des choses à dire, mais encore que l’on peut dire beaucoup grâce à elle. Dazibao propose ici un passage en revue non exhaustif de ces publications novatrices.
AAARG !
AAARG ! a sorti son 1er numéro en octobre… La revue du “triple A” est un bimestriel (5 numéros/an pour 59,60 €) de 160 pages mené tambour battant par une équipe de quatre personnes et d’innombrables contributeurs, diffusée en librairie. Leur slogan ? “Bande dessinée & culture à la masse”.
Eldiablo & Julien Loïs, Pierre Place, Laëtitia Coryn, Goupil Acnéique & Abraham Kadabra, B-gnet, Tanxxx & Franck Richard & Vincent… mais aussi Thomas Azuelos, Anthony Pastor et bien d’autres, y proposent 80 % de bande dessinée, des nouvelles, des chroniques et des entretiens. Avec Métal hurlant, Pilote ou Mad en guise de référence secrète, AAARG ! ouvre son propre contenu éditorial à plusieurs genres (humour, polar, science fiction, récit intimiste, …) et à une multitude de formats de récit, privilégiant les “one-shot”.
Présentée comme “satirique, politique, indépendante, violente, bizarre, révolutionnaire, méchante, drôle, sardonique, palpitante, effrayante, spirituelle, lumineuse, drôle, excitante… bref éclectique !”, la revue est 100 % indépendante. L’édition papier tient lieu de locomotive pour le site internet (plus large d’un point de vue éditorial), et une adresse marseillaise devrait prochainement s’annoncer.
contact@aaarg.fr / www.aaarg.fr
La Revue Dessinée
Également née à l’automne dernier, La Revue Dessinée est un trimestriel d’informations dessinées de 230 pages (4 numéros/an pour 60 €, 2 numéros parus à ce jour). À l’origine, Franck Bourgeron contacte quelques amis auteurs de bande dessinée : six d’entre eux (dont deux passés par la moulinette du Prix littéraire Paca !) se lancent dans l’aventure.
Présentée au festival d’Angoulême 2012, la revue voit sa création financée par une dizaine de particuliers passionnés de bande dessinée et le groupe Gallimard (via Futuropolis), qui détiennent 20 % du capital de la société. Pour garder la maîtrise de leur projet, les six auteurs fondateurs conservent les 80 % restant.
Un soutien financier au départ, une participation – essentielle – des pré-abonnés puis des abonnés (déjà plus de 1 000), et une démarche que l’équipe souhaite la plus journalistique possible. Enquête, reportage, documentaire, histoire, politique, économie, sport, fait divers… chaque sujet est traité en bande dessinée, sur un ou plusieurs numéros. Pour lutter contre la paupérisation du métier, l’équipe permet aux auteurs de pré-publier leurs travaux (avant de les proposer aux éditeurs classiques) dans La Revue Dessinée.
La Revue Dessinée est publiée en format papier (diffusion en librairie), et en format numérique en tant que magazine “enrichi” (chaque reportage est accompagné d’informations complémentaires de type photos, croquis, bibliographies, liens, vidéos, sons…)
Bien présente sur les réseaux sociaux, elle invite les internautes à soumettre un sujet ou à suivre l’actualité via un blog où quelques dessinateurs réagissent chaque semaine… Pleine de promesses, La Revue Dessinée a vendu son premier numéro à plus de 20 000 exemplaires ! Le lancement du 3e numéro est prévu mi mars, à Marseille.
larevuedessinee.blogspot.fr / www.larevuedessinee.fr
Mon Lapin
Après des années de publication de la revue Lapin, les éditions de L’Association en reprennent l’esprit avec le mensuel Mon Lapin, dont le 1er numéro est paru en septembre dernier. Un rédacteur en chef chaque fois différent est aux manettes des 32 pages mensuelles : pour le lancement François Ayroles a mis les strips à l’honneur ; en octobre avec Alex Baladi la tonalité était clairement politique ; le numéro de novembre quant à lui, sous la houlette de Jochen Gerner, s’est ouvert aux pratiques artistiques en marge de la bande dessinée (avec des plasticiens, des typographes, des auteurs de livres jeunesse…).
Chaque rédacteur est libre de diriger sa publication comme il l’entend. La revue est diffusée en librairie et s’acquiert pour 9,50 €.
www.lassociation.fr (Catalogue)
Papier
En septembre dernier encore, paraissait Papier, une toute nouvelle revue trimestrielle de 192 pages pour 9,95 €. Diffusée en librairie, on y retrouve des auteurs confirmés (Guy Delisle, Pénélope Bagieu, Jimmy Beaulieu ou encore Bastien Vivès), ainsi que de jeunes auteurs, voire de très débutants…
Co-éditée par Lewis Trondheim et Yannick Lejeune (surnommé “Monsieur numérique”) pour les éditions Delcourt, la revue définit un thème central (celui du 1er numéro était “Un animal est mort”) autour duquel chaque auteur imagine une histoire. Récits de toutes tailles et variété d’auteurs sont au programme, avec une “vraie envie de s’amuser, d’expérimenter, de lâcher prise…”. La ligne éditoriale est simple : tout est permis, à condition de dessiner en noir et blanc et de faire tenir un récit au format maximum de dix pages.
Les auteurs restent propriétaire de leurs droits ; leurs travaux peuvent donc être édités par ailleurs.
Prochain numéro prévu : janvier 2014.
Professeur Cyclope
Professeur Cyclope est un mensuel qui a vu le jour en mars 2013 (avec un abonnement annuel de 33 €) et se définit comme “une revue de bandes dessinées & fictions numériques”.
Le projet des cinq dessinateurs à l’origine du projet (dont un ancien lauréat du Prix littéraire Paca !) était de fonder un magazine bande dessinée exclusivement numérique – avec à l’esprit des initiatives pionnières comme Métal hurlant –, mais aussi de créer un modèle économique plus favorable aux auteurs. “Espace d’expérimentation”, Professeur Cyclope propose des BD avec effets d’animation ou en scrolling vertical (procédé permettant de naviguer d’une case à l’autre d’un simple geste). Des contenus supplémentaires sont disponibles à chaque numéro sur iPad, Androïd, Smartphone… Plus d’une quarantaine d’auteurs (Sacha Goerg, Stephen Vuillemin, Philippe Dupuy, etc.) s’y sont déjà essayés et la revue a fêté en décembre son 10e numéro. Destinée à un public ado-adulte, Professeur Cyclope publie chaque mois, numériquement, des créations originales à 90 %. Fictions en tout genre (d’aventure, humoristique, intimiste…), de formats variés (feuilletons au long cours ou histoires courtes), le cas échéant, prépublications… Bref, un laboratoire polymédia, libre et inventif.
Fruit d’une coproduction avec la chaîne de télévision Arte (un travail avec l’éditeur allemand Reprodukt propose d’ailleurs, sur arte.tv , une traduction de la revue), Professeur Cyclope a été lancée avec l’aide du Centre national du Livre et de la région Pays de la Loire.
Une version “allégée” du magazine est consultable gratuitement pour tous pendant un mois sur le site d’Arte, la version complète étant uniquement disponible pour les abonnés (pour l’heure au nombre d’un millier et qui, eux, conservent un accès illimité aux numéros).