La chaîne du livre en Serbie
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La présence de Mirjana Beric, jeune Serbe accueillie pendant 9 mois à l’ArL Paca dans le cadre d’un Service volontaire européen (SVE), nous donne l’occasion d’aller observer – au travers d’un panorama qu’elle a elle-même réalisé – le monde du livre dans ce pays des Balkans. De quoi éclairer un peu nos lanternes d’Européens de l’Ouest…
Serbie : pays situé au sud-est de l’Europe
Superficie : 88 407 km2 (avec le Kosovo)
Population : 9 113 133 habitants (avec le Kosovo)
Une enquête réalisée en 2005 auprès de la population serbe révélait que 55 % des personnes interrogées n’avaient acheté aucun livre l’année précédente. Ce constat montrait bien la réalité à laquelle se heurtait la chaîne du livre.
Cet article présentera la façon dont s’organisent les différents métiers de cette chaîne en Serbie. En premier lieu, il faut savoir que peu d’entreprises font de la distribution et de la diffusion de livres, mais aussi que leur distribution est limitée aux supermarchés. Les grandes surfaces culturelles, comme Virgin ou Fnac, ne sont pas encore arrivées en Serbie.
Édition
Tout commence, comme partout ailleurs, quand l’auteur donne son manuscrit à l’éditeur.
Les éditeurs sont nombreux, mais ils publient relativement peu de livres : environ 6 000 titres* par an, avec un tirage de 500 à 1 000 exemplaires. Une fois imprimés, les livres sont commercialisés dans des librairies appartenant aux maisons d’édition ou directement vendus à des bibliothèques.
Il arrive parfois qu’une librairie fasse aussi de l’édition : il s’agit alors de publications professionnelles ou scientifiques, ou de rééditions d’écrivains oubliés.
Certains centres culturels éditent également des ouvrages parus dans le cadre d’événements littéraires, mais en tirage limité ; et enfin certaines bibliothèques, comme c’est le cas de la bibliothèque de Matica Srpska qui publie des premiers romans de jeunes auteurs ayant obtenu un prix littéraire à l’occasion d’un concours d’écriture.
Librairie
La plupart des librairies ne sont pas autonomes, mais dépendent d’une grande maison d’édition. Ce lien est parfois évident : la librairie porte le même nom que l’éditeur et ne commercialise que ses livres. Quelquefois la librairie appartient à deux ou plusieurs éditeurs qui partagent les coûts du local. Ces librairies sont une vitrine pour les éditeurs et leur permettent d’avoir un contact direct avec le public.
Par ailleurs, les lieux historiques du commerce du livre, avec une belle âme et une belle histoire, et proposant une offre importante comme c’est le cas en France – les vraies librairies – sont malheureusement rares.
En résumé les maisons d’édition font du commerce à la place des libraires, les librairies et les bibliothèques font aussi de l’édition, et tous ces métiers se ressemblent à tel point que parfois ils n’en forment qu’un seul !
Le prix (unique)
Les éditeurs/librairies/bibliothèques diffusent également leur production lors de salons du livre, non seulement en Serbie mais aussi dans le reste des Balkans. En effet, les livres publiés en Serbie sont deux fois moins chers que ceux publiés en Croatie et quatre fois moins chers que ceux publiés en Slovénie (il y a toujours des lecteurs croates et slovènes qui lisent en serbe et vice-versa), et les éditeurs serbes sont assurés d’y réaliser de bonnes ventes. Quant au prix unique du livre, il n’existe pas encore, malgré les demandes insistantes des professionnels.
Le numérique
Que ce soit pour les particuliers ou les collectivités, la vente de livres se fait aussi sur internet, mais il s’agit de livres papier et non d’éditions numériques. La lecture numérique est une pratique peu répandue : en premier lieu parce que les liseuses sont encore rares sur le marché, ensuite parce que la plupart des livres numériques sont en langues étrangères et enfin à cause du prix, élevé par rapport au niveau de vie en Serbie.
Second marché : l’occasion
Certaines libraires proposent des livres d’occasion – y compris en langues étrangères – à des prix accessibles pour tous. Par exemple un Don Quichotte en espagnol ne coûtera pas plus de deux euros, même s’il est en bon état.
On trouve aussi des bouquinistes ambulants, dans les campus ou le long du Danube. Ils sont les seuls à vendre encore des livres au mètre – livres des années 50 (l’âge d’or du communisme) – qui servent d’ornement dans les cafés.
Bibliothèques
La situation s’améliore peu à peu. Les livres en mauvais état – expédiés dans les petites bibliothèques de province, les hôpitaux ou les prisons – sont remplacés par de nouveaux, achetés directement à des éditeurs ou dans des salons du livre, parfois sur internet. Cependant dans la plupart des bibliothèques, l’âge moyen des livres dépasse trente ans. Une partie du fonds est composée de livres provenant de collections personnelles (des legs). Les livres sont souvent conservés dans une cave, certains n’ayant jamais été mis à la portée des lecteurs, faute de place.
Quant au financement des bibliothèques, il est difficile d’obtenir des informations. Même si elles dépendent toutes de la Bibliothèque nationale serbe pour l’acquisition de livres, certaines reçoivent leur budget de la région, d’autres de la ville, etc.
Avec un système moins organisé qu’en France, les livres réussissent malgré tout à trouver leur chemin jusqu’aux lecteurs ! Cependant depuis 2005, on constate une demande croissante de la part du lectorat, et pour leur part, les éditeurs ouvrent de plus en plus leur catalogue à la littérature étrangère. Nul doute qu’il s’agisse là des signes précurseurs d’une évolution favorable au livre. Une nouvelle enquête a été réalisée en 2011 mais n’est à ce jour pas rendue publique ; elle nous dira bientôt ce qu’il en est réellement.
Mirjana Beric travaille actuellement sur un projet de publication de l’ArL Paca : Manifestations littéraires en Méditerranée (parution prévue en 2013).