La fille dévastée, Rozenn Guilcher
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Un bébé. Une fille. Abandonnée par sa mère une nuit de neige, broussailles.
Puis ramenée à l’hôpital et à celle-là revenue la chercher. Par obligation. Commence alors la vie de cet enfant rendue à cette mère qui ne voulait pas en être une.
Trente ans plus tard, un livre. La fille dévastée. Une voix témoigne de cette histoire-là, enfance meurtrie dans les bras d’une mère qui ne sait pas faire et va toujours plus loin, vers l’irréparable, ce qu’on ne peut nommer, viole corps et esprit, dépendante à l’alcool, rappelant chaque jour à sa fille par ses actes et ses dires que jamais elle n’aurait dû être mais que puisqu’elle est là aujourd’hui, elle doit veiller et plus sur sa mère. Histoire d’une enfant qui s’essaie à grandir, chute, se relève, continue, sombre, alcool elle aussi puis rage. Elle veut vivre et ne plus panser les plaies de celle qui.
L’écriture de Rozenn Guilcher cherche le mot juste, toujours. Pour dire au mieux la violence des relations entre la mère et la fille et l’absence du père. Elle dit “je” puis glisse doucement dans le “je” de la mère et l’on entend tout à coup les deux voix, syncopées, hachées, femmes blessées. Des phrases taillées au scalpel où s’invitent des poèmes, souffles, espaces de liberté pour l’enfance volée. L’écriture ou la vie. Enfin, quand tout a été écrit, la peine à dire encore. Le corps fatigué. Il s’est allégé. Repos.
Village en ruines, Marie, la fille dévastée court, doucement, vers sa reconstruction.
Un livre qui laisse des traces, une écriture à découvrir absolument.
Sabine Tamisier
Montévidéo, centre de documentation,
Marseille (13)
ISBN 978-2-35122-059
Éditions Sulliver
2009 – 15 euros