Le Bleuet voit encore plus grand
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Banon, petit village de 898 habitants niché entre le mont Ventoux et Forcalquier. Un fromage certes, mais surtout une librairie : 121e au classement des 400 premières librairies françaises (cf. Livres Hebdo n°857), riche de 109 000 titres pour un volume de 180 000 livres, 850 m2 de surface de vente entièrement consacrés aux livres, 11 300 occurrences sur le moteur de recherche Google… Le Bleuet est un phénomène !
À la mort de son père en 1989, Joël Gattefossé alors menuisier décide de “casser sa vie”. Il entreprend un grand voyage dont l’objectif est de rendre hommage à son père, ancien imprimeur. C’est sac au dos, en compagnon, qu’il choisit de parcourir la France. Sur les traces des grands typographes, il arrive à Lurs, puis passe à Banon où il repère un local : “c’était forcément là”. Le village est petit et la période 1990-2000 représente dix ans de galère pendant lesquels la librairie évolue peu. Puis la possibilité de reprendre le bâtiment actuel se présente : “au plus mauvais moment, je n’avais plus de trésorerie, alors je décline l’offre à contrecoeur”. Jusqu’à ce que les clients, les amis, les habitants de Banon, organisent une collecte pour permettre l’agrandissement de “leur” librairie. “C’est grâce à eux que Le Bleuet existe toujours aujourd’hui ! C’était le début de l’aventure.”
Aujourd’hui le CA du Bleuet (multiplié par 46 en presque 20 ans d’existence) avoisine les 2 millions d’euros, le panier client moyen pèse 38 €, et la moyenne de livres vendus par jour est de 470, avec 5 000 mètres linéaires de rayonnages. Quand Livres Hebdo annonce une baisse des ventes en librairies de 2 % au premier trimestre 2011, Le Bleuet affiche près de 11 % d’augmentation… Fort de ces résultats étonnants, Joël Gattefossé ne souhaite pas en rester là : “Cela fait 5 ans que je travaille à un projet d’agrandissement. En 2012, nous allons ouvrir les sous-sols de la librairie actuelle pour rajouter un peu de surface et étendre le fonds, mais surtout nous allons ouvrir un espace de stockage, d’expéditions et de ventes de 1 733 m2 à la sortie du village.” Mégalomane pour certains, visionnaire pour d’autres, il s’en réfère à sa clientèle : “C’est elle qui me le demande ! Quand pourra-t-on te commander des livres ? Il n’existe rien à part Amazon, quand ouvres-tu ton site ? Alors je lui réponds !”.
L’objectif à fin 2012 est de pouvoir stocker près d’un million de références, créer 45 emplois et générer au total près de 6 000 ventes de livres par jour pour un CA annuel de 12 millions d’euros : “Je veux démontrer que le monde rural est aussi un monde de culture. On peut réussir à faire vivre un commerce de livres dans des endroits atypiques. Avoir le choix en librairie, ce n’est pas réservé à Paris !” Tout semble avoir été anticipé, depuis les chambres pour héberger les salariés jusqu’au toit modulable “si jamais nous avions plus de demandes que prévu” !
Lorsqu’on aborde la question de la vente de contenus numériques, la réponse est catégorique : “ Le livre numérique représentera sûrement 15 à 20 % du marché d’ici cinq ans, mais nous n’en vendrons pas. À chacun son métier, le nôtre est de conseiller et de vendre des livres papier. ” Cette démarche n’empêche pas le libraire de garder un oeil attentif sur les derniers développements d’internet et sur le phénomène des réseaux sociaux : “pour les animations, les mises en avant, les coups de cœur et le conseil”.