Lire en Vésubie

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À peine laissées derrière soi les trépidations niçoises, c’est déjà la montagne. Saint Martin Vésubie, 900 âmes en semaine, 2 000 en temps de repos hebdomadaire, 8 000 à la belle saison. Rien que le trajet est un régal, sûr que là-haut ça va être quelque chose !

Première surprise de ce bout du monde : une librairie. Pas un bric-à-brac multi-services comme on en trouve souvent dans les petits villages… non, non. Une vraie librairie, créée en 2004 par une vraie libraire et avec des vrais livres dedans.
6 000 références choisies de la première à la dernière ; seule, puisque les rares représentants que voit Bernadette André, c’est en bas, à Nice. Bien peu s’aventurent par ici, pour ne pas dire aucun.
Tout ou presque tient dans 55 m2 : un mur poésie, sciences humaines et littératures, un autre pour la jeunesse, un troisième en grande partie dédié à la nature et la région, avec un important fonds consacré à la montagne. Quelques guides et cartes (postales et topographiques) à l’entrée. Dans le prolongement, une seconde pièce propose une offre musicale Harmonia Mundi et met en avant certains catalogues comme Allia ou Les Allusifs, excusez du peu. Pour les têtes de gondoles, merci d’aller voir plus loin. Petit balconnet ouvert sur la montagne, la Vésubie chante en contrebas sans discontinuer.
On peut monter tranquille pour un week-end ou davantage sans enrager d’avoir oublié ses livres… il y a tout ce qu’il faut ici.

Il n’est qu’à pousser 200 mètres plus avant pour constater que Saint Martin Vésubie recèle encore de quoi surprendre. Flambant neuve, d’une architecture moderne épousant bien le cadre, la Médiathèque Valléenne vient de s’installer non loin de l’école à qui elle offre son toit en guise de cour de récréation. L’objet d’un tel équipement, a priori pharaonique dans un si petit village, trouve toute sa justification dans cette présentation succinte.
L’appellation tout d’abord. Annexe de la BDP du 06 implantée à Nice, la Médiathèque “Valléenne” rejoint un ambitieux programme de désenclavement des 5 vallées des Alpes-Maritimes – très séparées entre elles – initié il y a 16 ans avec l’ouverture de la Médiathèque Valléenne de Valberg dans la haute vallée du Cians. Ces médiathèques de référence ont une double vocation : bibliothèques départementales puisqu’elles servent de relais pour les bibliothèques des petites communes, soulageant ainsi la BDP centrale, et bibliothèques municipales puisqu’elles affirment une proximité locale très forte. Trait d’union entre ces deux fonctions, potentiellement à même de mêler Culture et Vie quotidienne, la médiathèque abrite la Maison du département.
Depuis l’ouverture le 2 juin, 1 700 lecteurs d’ici et des alentours se sont déjà inscrits, profitant sans tarder des 20 000 documents mis à leur disposition dans ce bel espace chaleureux où rien ne manque : périodiques, BD adultes, romans ados, BD enfants, jeunesse (dont une ludothèque), littérature, salle multimédia… Avec son auditorium de 80 places, la médiathèque se met également en capacité d’accueillir des manifestations culturelles variées.

Seule ombre au tableau, sur les 140 000 euros investis en deux ans pour la constitution du fonds, cette médiathèque a bien peu traité avec la librairie voisine. Elle prend soin cependant de l’associer, dès que possible, aux manifestations qu’elle organise.
Douloureuse illustration des effets pervers des lois régissant les marchés publics1 qui ne permettent pas toujours de privilégier le libraire local, même de qualité, et à propos desquelles les bibliothécaires eux-mêmes manquent de marge de manœuvre.

Si l’on ne peut que louer ces initiatives de désenclavement menées par les collectivités territoriales – et la médiathèque de Saint Martin Vésubie en est un magnifique exemple – , gardons à l’esprit qu’elles sont complémentaires d’initiatives privées à l’économie fragile, et qu’il y aurait contradiction fondamentale à ce que la forêt tue l’arbre… Sans doute faudra-t-il que d’aucuns reprennent leur bâton de pèlerin pour faire valoir qu’à travers cette problématique de fond pour les professionnels, c’est bel et bien de diversité et d’offre culturelle dont il s’agit.