Oktoprod

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Oktoprod est une maison d’édition 100 % numérique, spécialisée dans le manga francophone et créée par Thomas Péjout et Mathieu Corona, tous deux issus de l’École de management d’Aix-en-Provence.

L’idée a germé dans la tête de ces deux passionnés de manga en 2012 à Marseille, à l’occasion d’un Startup Weekend - un événement destiné à apprendre les fondamentaux de l’entreprenariat, où chacun est invité à présenter une idée et peut durant 54 heures la concrétiser avec l’aide de bénévoles et de professionnels. La fougue de ces jeunes entrepreneurs est telle qu’ils remportent le premier prix. L’aventure ne s’arrête pas là puisque la dotation qui accompagne cette victoire leur permet de trouver des locaux : “Pendant six mois, nous avons été hébergés gratuitement par le Pôle Média de la Belle de Mai, ce qui nous a permis à la fois de développer un réseau professionnel et de chercher un développeur”. Christophe Martin les rejoint alors et la société est créée en moins d’un an.

“Au départ notre souhait était de créer une plateforme communautaire qui ressemblerait un peu à Amilova1 mais avec une exigence qualitative plus élevée, car nous avions remarqué que les bons auteurs avaient tendance à être noyés dans la masse.” Très vite, la création d’une structure éditoriale en amont s’impose : “Nous voulions avoir le choix de nos auteurs et pouvoir travailler avec chacun d’entre eux comme n’importe quelle autre maison d’édition, la plateforme devant ensuite prendre le relais et assurer la mise en valeur des créations, avec tous les vecteurs sociaux que cela permet : commentaires, profils, bonus”.

La première publication, Blood Brothers, est un one shot de 52 pages, un manga proposé “clé en main” par les auteurs Cédric Mayen et Arnaud Tribout. Dans le cas des séries, Oktoprod s’engage dans un véritable travail d’équipe avec ses auteurs : “Nous les accompagnons tout au long du processus de création et nous avons beaucoup d’échanges avec eux. Ils doivent nous fournir 15 à 20 pages par mois et nous ne publions pas tant que nous n’avons pas les trois premiers chapitres”. S’inscrivant dans un mouvement “de publication continue”, Oktoprod propose un contrat d’édition exclusivement numérique et sans à-valoir. Sans exclusivité non plus, puisque l’auteur est libre de publier ailleurs son manga sous forme papier.

Côté pratique, la plateforme fonctionne avec une monnaie virtuelle, l’Ocktocoin, que le client achète sous forme de pack et qui lui permet de débloquer la lecture, en streaming, de chaque chapitre. Le lecteur est donc abonné ; il n’a aucun téléchargement à effectuer.

Malgré un bon accueil dans les salons, avec la presse ou des sites comme Manga News, la structure souffre cependant d’être trop petite pour débloquer un véritable budget de communication. Par ailleurs, l’équipe réalise que le numérique est encore en devenir, même sur un secteur comme le manga, et fait le choix salutaire de réorienter sa stratégie au moment même où un acteur inattendu du secteur du livre donne le coup de pouce espéré…

Il y a quelques mois, l’éditeur a en effet été contacté par plusieurs bibliothèques qui souhaitent acquérir le catalogue. Oktoprod a choisi de proposer son catalogue en location, l’accès à la plateforme étant offert gratuitement à l’ensemble des abonnés de la bibliothèque qui souscrit. “On s’est aperçu que cette idée était très appréciée et bien que notre catalogue soit encore restreint, nous avons un côté un peu alternatif qui plait beaucoup.”
De fait, Oktoprod se démarque de la production nippone : l’éditeur ne propose que des mangas créés par des auteurs français, avec des thèmes proches des préoccupations de ses lecteurs. Il propose même des ateliers avec ses auteurs ! Rançon du succès, Oktoprod ne prend pour l’instant plus de nouveaux auteurs : “Nous venons en effet de sortir le premier chapitre de Full Black et nous avons encore dans les cartons un manga top secret dans l’esprit de Real Steel…” Nous n’en saurons pas plus ! Affaire à suivre…