Profil des libraires de la région Paca
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En juin 2013, l’Agence régionale du Livre Paca, en lien avec l’association Libraires du sud et l’iUT Métiers du livre d’Aix-en-Provence, a lancé une étude consacrée à la formation des libraires et leurs besoins en transmission.
Un questionnaire a été adressé à 162 libraires.
72 ont répondu (45 %).
Quatre catégories ont été définies, selon le chiffre d’affaires réalisé :
Catégorie A (3 répondants) : CA > 2M€
Catégorie B (3 répondants) : 1M€ < CA < 2M€
Catégorie C (17 répondants) : 300K€ < CA < 1 M€
Catégorie D (49 répondants) : CA < 300 K€ (entre 10 et 300 K€)
Données générales du panel
Les librairies ayant répondu à l’enquête sont à 70 % des créations et à 41 % des reprises (il est d’ailleurs étonnant de constater que pour certains libraires, une reprise équivaut à une création).
- les catégories D sont majoritairement des créations (71 %),
- les catégories A sont majoritairement des reprises (67 %).
Créations et reprises de librairies ne se font pas sans aides :
- D’organismes nationaux (majoritairement l’Adelc ou le CNL), d’organismes du territoire (Drac Paca ou plates-formes d’initiatives locales – Pfil).
- Les catégories D ont majoritairement recours aux aides des Pfil,
- Les catégories A et C mobilisent plus facilement des aides nationales ou institutionnelles.
Ancienneté des reprises :
- les catégories D il y a 8 ans,
- les catégories C il y a 11 ans,
- les catégories B il y a 40 ans,
(pas de données pour les catégories A).
Profil des créateurs de librairies
L’âge moyen des créateurs et repreneurs de librairies en Paca est de 47 ans.
Quatre parcours de formation ressortent :
- un parcours universitaire pour 51 % des répondants, avec une proportion équivalente de licences et de doctorats (27 %),
- un passage par les instituts universitaires de technologies (IUT) pour 14 % des répondants,
- l’absence de formation initiale pour 16 % des répondants,
- des formations diplômantes via l’institut national de la formation aux métiers de libraires (INFL) pour 7 % des répondants.
Principales spécialités étudiées à l’Université par les répondants :
- Lettres modernes : près de 28 %,
- Littératures étrangères : 12 %,
- Lettres classiques, droit et histoire : respectivement 8 % .
Les autres domaines d’apprentissage sont : l’agroalimentaire, le tourisme, les techniques de commercialisation, l’électronique, le journalisme, la géopolitique ou bien encore l’urbanisme.
Avant de devenir gérant d’une librairie :
- 54 % n’ont pas eu d’autres expériences professionnelles préalables dans ce domaine,
- 12 % ont été responsables de rayons,
- 12 % étaient déjà responsables de librairies,
- 10 % étaient vendeurs en librairie,
- 6 % ont occupé tous les postes d’une librairie,
- 4 % avaient déjà dirigé une librairie.
Seuls 10 % des répondants ont exercé des activités sans rapport direct avec la librairie, dont responsable de stocks, de maison de la presse, éditeur ou encore producteur télévisuel.
Les emplois
Une étude menée par l’Agence et Libraires du sud dans le cadre des Assises régionales de la librairie indépendante d’octobre 2012, a obtenu davantage de réponses à cette question de l’emploi. nous les signalons en regard de
celles de la présente étude.
En 2013 les libraires du panel ont fait travailler 3 apprentis et 19 stagiaires.
Un apprenti reste en moyenne de 24 à 36 mois en entreprise ; un stagiaire passe en moyenne de 2 à 3 mois dans la structure.
Analyse des emplois salariés
Sur les libraires en poste :
- 63 % ont suivi un cursus universitaire,
- 19 % sont passés par un IUT,
- 11 % ont un baccalauréat,
- 8 % sortent de BTS.
Diplômes obtenus en cursus universitaire :
- Licence : 12 %
- DEUG : 9 %
- Master : 3 %
- 42 % des réponses ne précisent pas le diplôme.
Spécialités étudiées : lettres modernes, philosophie, droit, économie, géographie, histoire, langues étrangères, biologie, psychologie… ou bien encore électromécanique, management, vente, restauration, comptabilité, tourisme
ou administration économique et sociale.
29 % des salariés en région Paca ont suivi une formation à Aix-en-Provence et 4 % à Paris. Les autres viennent de toute la France : Poitiers, Grenoble, Bordeaux, Strasbourg…
Nous avons également interrogé les libraires pour connaître l’intitulé de leur poste, depuis la mise en place de la nouvelle grille de classification des emplois.
73 libraires (dans 36 librairies) ont répondu à cette question.
L’intitulé de poste le plus courant est libraire pour 47 % du panel, puis vendeur pour 29 % et gérant pour 8 %. Certains postes ne se retrouvent que dans les catégories A et B, comme responsable collectivité, metteur à part, comptableoudirecteur.
L’écart de rémunération entre les différentes catégories de librairie ressort fortement : il atteint plus de 1 000 euros entre un salarié de librairie A ou B et celui d’un salarié de librairie D.
- Le salaire brut moyen d’un libraire en Paca est de 1 416 euros brut par mois pour une ancienneté moyenne de 10 ans. Le SMIC est de 1 430,22 euros depuis juin 2013.
Ce tableau reflète l’extrême précarité des catégories D, dont le salaire brut moyen est inférieur au SMIC (la pondération relative aux temps partiels est prise en compte dans ce calcul). notons également que certaines
librairies établies juridiquement en nom Propre ne se rémunèrent que sur leurs bénéfices.
86 % des contrats de travail sont des CDI et 14 % des CDD.
Les catégories D recourent plus régulièrement aux CDD.
Nature des derniers recrutements
Sur les six dernières années, les librairies ayant répondu au questionnaire ont procédé à 28 recrutements.
Les catégories C et D sont celles qui ont le plus recruté sur cette période.
À la question “envisagez-vous de recruter prochainement ?”, seuls 5 libraires de catégorie D ont répondu positivement.
Les recrutements envisagés porteraient sur des postes de vendeurs/ses : pour la gestion d’un fonds jeunesse, des animations hors les murs ou la gestion de retours. Ces 5 postes pourraient être créés dans un délai moyen d’un an.
Concernant d’éventuels futurs licenciements, 4 libraires font part de cette perspective (toutes catégories confondues), pour raisons économiques ou pour cessation pure et simple d’activité faute de repreneurs (9 salariés seraient impactés dans ce cas précis). Ces licenciements pourraient survenir dans un délai d’un an.
Les critères de recrutement
Les critères de recrutement privilégiés par les libraires (quelle que soit leur catégorie) sont, par ordre d’importance :
- la motivation
- la culture générale
- la vente
- l’expérience
- le niveau de formation
- la gestion des animations
- la compréhension des enjeux numériques
- la maîtrise des marchés publics et les liens avec les collectivités.
Les besoins de formation
Les principaux besoins de formation exprimés par les libraires sont, par ordre d’importance :
- la gestion comptable et financière
- les marchés publics
- la création et l’animation d’un site internet
- aucun besoin
- la gestion des achats
- la gestion d’un rayon
- la vente/conseil
- les assortiments.
Il est étonnant de constater que la question des marchés publics et des enjeux numériques (critères de recrutement les moins importants) apparaissent comme les principaux besoins de formations.
Transmission
La transmission des librairies a été définie comme un enjeu national par le ministère de la Culture et de la Communication.
Nous avons cherché à savoir ce qu’il en était des acteurs du livre en Paca.
La question Pensez-vous transmettre votre librairie à court ou moyen terme ?, obtient 23 réponses positives, soit 32 % des répondants (un libraire de catégorie B déclare quant à lui : “Jamais je ne céderai !”) :
- 17 catégories D (dans les 2,5 ans à venir)
- 6 catégories C (dans les 3,25 ans à venir)
23 librairies seront (ou sont déjà) à céder d’ici fin 2017.
60 % des libraires ayant répondu à cette question pensent qu’il sera difficile, voire impossible de céder leur activité.
Les catégories A sont les plus pessimistes (100 %) sur ce point. Les raisons évoquées sont la surface de la librairie, le CA en baisse, des salaires extrêmement faibles et une rentabilité qui se dégrade.
Les catégories B comptent “seulement” 50 % de sceptiques qui, comme les autres catégories, font part des difficultés liées à la surface trop importante des librairies, aux loyers qui augmentent en centre ville, aux travaux
importants à mener et aux marges qui se détériorent.
Les catégories C (dont 57 % pensent ne pas pouvoir céder leur activité) évoquent également : un métier à faible rentabilité, un investissement horaire phénoménal, une activité physique forte, un accroissement inquiétant de la
vente en ligne et du numérique. Un libraire de cette catégorie dit même qu’il est plus facile et moins cher de créer plutôt que de céder.
Les catégories D sont également très pessimistes quant à l’avenir (à 61 %). De nombreuses raisons sont avancées : exigence du métier, importance des loyers en centre ville, problème d’isolement pour les librairies de petites villes, problème de la reprise d’un stock même sain, difficulté à obtenir un soutien bancaire ou à recourir à l’emprunt, déséquilibre important des postes de charges en regard d’une rentabilité trop faible, conjoncture économique
morose, perte d’appétence pour le métier. Ils soulignent également les difficultés générées par le développement des ventes en ligne et du numérique. Mais les questions de la conjoncture économique et du recours aux banques
restent les plus importantes.
À lui seul, un libraire résume assez bien l’ensemble des propos recueillis : “Faut être fou pour faire ce que je fais !”
Pour conclure, nous avons posé la question Comment envisagez-vous l’avenir de votre profession à court ou moyen terme ? Trois problématiques fortes ressortent :
- L’augmentation croissante des postes de charge, notamment le loyer.
- L’érosion de la clientèle vers les achats en ligne et les achats dématérialisés.
- La complexité à investir et diversifier son activité en l’absence de trésorerie.
Pour les catégories A– souvent très structurées – les questions majeures sont :
- Le numérique : Comment l’implanter en librairie ? Comment vendre ces contenus ?
- La vente en ligne : Comment être visible face aux acteurs dominants du marché quand la question de la gratuité des frais de port vient encore fausser la concurrence ? (depuis l’étude, rappelons que l’état a légiféré sur cette question ; la mise en application des nouvelles mesures n’est cependant pas encore effective)
- La surproduction : Les libraires expriment le sentiment d’être devenus des manutentionnaires et dénoncent cette course en avant des éditeurs. Sans recul sur les publications, le travail de conseil devient impossible et
ni les libraires, ni les lecteurs ne s’y retrouvent (“arrêtons le tsunami de la production !” dit l’un d’eux).
Pour les catégories B :
- La vente en ligne, et toujours cette même question de la gratuité des frais de port.
- La méconnaissance par le public de la législation qui entoure le livre, notamment la question du prix unique, de la Loi Lang.
- Les difficultés d’investissement pour renouveler et faire (re)vivre l’espace.
Pour les catégories C, les problématiques sont plus structurelles et proviennent des difficultés de trésorerie.
Ces libraires parlent de :
- Diminuer le stock au détriment du fonds pour assurer une rentabilité et une rotation des titres plus importantes. Les libraires sont agacés par cet impératif, mais il leur faut “minimiser les risques”.
- Réduire les investissements les moins urgents – informatique, numérique, internet, travaux de rafraîchissement – au risque de perdre de la clientèle.
- Se renouveler : “rafraîchir” l’espace de vente et diversifier l’activité.
- Communiquer pour essayer de se positionner plus durablement dans le tissu local et sur les réseaux sociaux.
La volonté est là mais le manque de temps, de salariés et de trésorerie sont autant de freins !
Pour les catégories D, une forme de “ras-le-bol” apparaît avec :
- L’augmentation du coût de la vie et des loyers, qui noie la profession sous les charges : tous souhaitent que vivent des commerces de proximité mais ils jugent l’exercice de plus en plus complexe. Baux précaires, méconnaissance du droit commercial… certains ont envie d’arrêter ou témoignent d’un stress quotidien à aller travailler.
- Les questions de trésorerie et de capacité d’investissement : les libraires souhaiteraient investir et rafraîchir leur librairie, diversifier le stock ou essayer de gagner en superficie, mais ils sont contraints par leurs charges.
- Les marchés publics : complexité des appels d’offre et difficultés rencontrées pour se faire payer par les collectivités dans des délais raisonnables.
- Les relations avec les distributeurs : pourquoi contraindre de petites structures à jouer le jeu des opérations commerciales alors qu’il serait possible de les aider réellement en limitant les offices, en ne forçant pas les rotations et en accordant des marges cohérentes ?
Cela permettrait à de petites structures de diminuer de nombreux frais, dont le transport et la manutention, tout en améliorant sensiblement leurs marges. La notion de compréhension de leur activité par les grands groupes est celle qui ressort le plus.