Rencontres du 3e type

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Les manifestations BD bénéficient d’une bonne cote de popularité, mais souffrent d’une image souvent réductrice : les aficionados du genre, campés sur leurs deux pieds, en quête d’une dédicace.
Les Rencontres du 9e Art ont su tirer leur épingle du jeu en proposant une formule totalement inédite.

Organisées par l’Office du Tourisme d’Aix-en-Provence, et plus particulièrement par une cellule de 3 membres actifs à l’année, Michel Fraisset, Serge Darpeix et Bernadette Marchand, les Rencontres du 9e Art ont fêté leur 5e édition. Du 19 mars au 26 avril, la ville s’est imag(in)ée autrement.

Exposé lors des 4e rencontres, Stéphane Blanquet s’est vu chargé de la création du visuel de la manifestation. Une affiche dérangeante et provocatrice, accompagnée de pictogrammes colorés, simples et efficaces, ont collé à la peau de ce festival peu conventionnel.

Le principe : montrer l’ensemble des productions BD, de l’édition traditionnelle à l’édition indépendante ; instaurer des passerelles entre les différents arts, la danse, l’art contemporain, le cinéma. Nombre d’acteurs culturels aixois sont associés : musées, galeries, écoles, cinéma et lieux plus insolites.

Cinéma

  • Peurs blanches et humour noir, soirée Peur(s) du Noir, de Richard McGuire, Charles Burns, Blutch, Marie Caillou… en compagnie de Lorenzo Mattotti. Au cinéma art et essai Le Mazarin.
  • Avec l’Institut de l’image : diffusion de films d’animation, et rétrospective Aki Kaurismaki.

Danse
Au Pavillon Noir par le Système Castafiore : “Manuel du Merveilleux (W-A)”.

Insolite
Au bar Sextius, performance de Joan “Lucie in the Skeud” (dessin direct sur pochettes vinyl format 33T).

Expositions, galeries

  • Musée Granet : grande exposition “la BD s’attaque au musée !” Équipé d’une lampe de poche, le visiteur a pu découvrir, dans le noir, 90 planches originales. Tardi côtoyait ainsi Marc-Antoine Mathieu, aux côtés d’André Julliard et de bien d’autres acolytes.
    Ateliers et rencontres se sont déroulées dans le musée. Durant les 3 jours phares du festival, les auteurs ont eux-mêmes joué les guides !

  • Musée des Tapisseries : exposition Frédéric Magazine ; ou comment des artistes aux univers et aux nationalités différentes ont tous accepté une seule contrainte, celle de perdre leur prénom pour devenir un “Frédéric”. 1

  • Muséum d’Histoire naturelle : exposition d’Élian Black’mor, “Sur la piste des dragons oubliés”, scénographiée comme une expédition ancienne (caisses éparpillées un peu partout, remplies de notes, de croquis et d’objets incongrus tendant à prouver l’existence des
    dragons).

  • Galerie Bercker : “Poulet du dimanche”, une exposition consacrée au travail de Sylvie Fontaine. Dessins tirés de son dernier ouvrage, véritables métaphores visuelles sur les concepts de famille et de couple.

  • Office du Tourisme : le manga enfin abordé d’une manière non-commerciale ! Pour la première fois en France, Yûichi Yokohama a eu la part belle lors de l’exposition “Matière Nippone”, accompagnée d’illustrations sur le Japon de Risto et présentant une bande dessinée japonaise bien loin des stéréotypes connus de Naruto et autres mangas plus grand public2.

  • La Galerie Alain Paire, associée pour la première fois aux Rencontres, présentait le travail de Kamel Khélif.

  • La Galerie Susini exposait le travail d’un jeune auteur : Benjamin Monti.

  • La Galerie École Supérieure d’Art réservait quant à elle un espace à Cécile Milazzo.

  • L’École de graphisme Intuit Lab s’intéressait à Jean Solé et “Oliver Twist” d’Olivier Deloye.

  • La Cité du Livre, où se sont tenues les journées dédicaces (on ne peut pas y échapper complètement !) accueillait quant à elle la plus grande partie des expositions. L’univers de Véronique Dorey s’est frotté à celui de “Alice au pays des merveilles” de Jean Percet.

Sous le signe de l’international : la Finlande
Choisies parmi un corpus notable de manifestations, les Rencontres du 9e Art ont su séduire Culturesfrance et bénéficier de 100 % Finlande ( 100pour100finlande.fr )
Une délégation de 6 illustrateurs finlandais a pu être ainsi être invitée3.
Acteurs de l’ensemble des festivités, ces illustrateurs ont su pimenter le festival.
Une grande exposition, la plus grande jamais organisée à l’étranger sur la BD finlandaise : “Sarjakuva – BD Finlande” a présenté, avec 24 auteurs, plusieurs facettes de son étonnante diversité.

Les 4, 5 et 6 avril, avec la présence de nombreux auteurs, le festival a pris une tournure plus festive !

  • Combat de catch de dessin, affrontement au trait par la force du poignet : équipés de stylos, feutres et pinceaux, les dessinateurs se sont opposés sur des sujets définis par le public4.
  • Workshop5 : véritable atelier d’écriture du dessin était proposé à une vingtaine d’auteurs invités, afin qu’ils croisent leurs crayons.
  • Caravanes customisées, l’une par Julien Neel, la seconde par les dessinateurs du workshop, en partie réalisées sous les yeux des festivaliers.

Pour conclure, une journée professionnelle organisée par l’Association des Bibliothécaires de France, l’Agence régionale du Livre et les Rencontres, a permis d’apporter un éclairage de la bande dessinée finlandaise. L’occasion d’appréhender un monde du livre différent du système français, et tisser un dialogue et des relations franco-finlandaises.

Loin des aspects économiques de sa grande sœur Angoulême, les Rencontres ont su se démarquer et se font aujourd’hui remarquer dans cette grande et chaleureuse famille.
Entre amusement, convivialité et distraction, la culture, sous toutes ses formes, sort grandie de ce festival.