Yenooa, un "imprimeur créatif"
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Permettre aux éditeurs d’imprimer sur mesure pour diminuer le poids de leurs stocks morts, de mieux gérer leurs réassorts, de se réapproprier la fabrication à des prix compétitifs, c’est le pari du nouvel imprimeur Yenooa implanté à La Roque d’Anthéron.
Pour un éditeur, la question du nombre d’exemplaires à imprimer tourne parfois au cauchemar : faut-il s’appuyer sur les moyennes nationales, respecter les tirages fixés par le contrat de distribution, suivre les notés du diffuseur et/ou des libraires, faire confiance à la célèbre technique du doigt mouillé ou s’en remettre à un quelconque oracle ? À ce dilemme, se rajoute inévitablement la variable du prix d’impression avec un présupposé tenace et souvent vrai : plus j’imprime, moins c’est cher. Oui, mais… Où et comment stocker le reliquat ? Que faire de ces “stocks morts” ou “dormants” ?
Ancien professeur de l’IUT des métiers du livre d’Aix-en-Provence, créateur class=”“des éditions Vents d’ailleurs, ancien chargé de la fabrication et du numérique pour les éditions Actes Sud, Gilles Colleu développe aujourd’hui un nouveau projet à La Roque d’Anthéron, avec pour ambition d’apporter des réponses à ces problématiques. C’est ainsi qu’est né le concept Yenooa.
Imprimer sur mesure
La première idée de cette entreprise est de permettre aux éditeurs d’imprimer au plus juste et sur mesure. Pour se faire, le concept est simple : imprimer en continu au prix unitaire du premier tirage. En résumé : une fois que le calage est fait, l’éditeur peut gérer ses réassorts entre quelques exemplaires ou plusieurs centaines au même prix que celui initialement négocié. Le plus (qui reste à vérifier) dans des prix équivalents aux tirages d’Europe de l’Est. Un livre “made in France”, imprimé vite et à un prix concurrentiel !
Se réapproprier la fabrication
Autre idée, sortir des modèles standardisés en permettant à l’éditeur de se réapproprier ses livres. L’expression est forte, mais traduit une réalité : pour diminuer les coûts, nombre d’éditeurs se contraignent à choisir un format standard, une qualité de papier standard, un façonnage standard. Yenooa propose une approche différente : l’éditeur peut choisir son papier (plus de 600 papiers au choix – bouffants, calques, texturés, couchés, recyclés, anciens ou modernes), mélanger librement noir et quadri, page par page, sans contrainte de cahiers, ajouter gardes, rabats, fausses couvertures, mixer différents papiers… pour faire en sorte que le livre soit unique. Et si l’éditeur craint le résultat, il peut réserver l’atelier pour expérimenter, tester des façonnages ou des formats particuliers. Il construit ainsi un livre singulier, fabriqué page à page et à coût unitaire fixe. Le projet ne s’arrête pas là : il est également possible de confier à Yenooa l’intégralité de la fabrication, de la mise en page à l’impression.
Vers un nouvel incubateur de l’édition ?
Dernier volet (qui n’est pas encore opérationnel), la création au sein de l’atelier d’une forme d’incubateur Rue du livre destiné aux éditeurs débutants ou plus expérimentés qui souhaitent profiter d’une émulation collective et d’un parc de matériel mis à disposition. Cet espace devrait s’ouvrir ce mois d’avril.