À l'encre bleue... de Marseille
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À une encablure du bord de mer, en remontant du port de l’Estaque, se trouve la librairie À l’encre bleue. Créée il y a cinq ans par Laure Carrère-Pascal, la librairie à la façade bleue comme une orange est un îlot de terre où il fait bon lire. “J’habitais l’Estaque depuis 2000, j’étais graphiste indépendante et je travaillais régulièrement avec le monde de l’édition. Il n’y avait pas de librairie à l’Estaque et je trouvais que ça manquait car il n’y en avait pas non plus dans les arrondissements à proximité ni les villages alentours.” Un constat sans appel qui décide Laure à jeter l’ancre et tenter sa chance dès l’automne 2009 : “Je suis allée voir des librairies comme Histoire de l’œil ou La Réserve à bulles pour leur poser des questions, puis j’ai suivi la formation ABC du métier de libraire de l’Agence régionale du Livre. Les choses se sont ensuite précipitées car un local était disponible à l’Estaque…”
Neuf mois après avoir fait germer l’idée, Laure ouvre donc une librairie de 40 m2 en surface de vente pour 4 500 références, tonalité jeunesse. “Il n’y a pas de 20-30 ans à l’Estaque, la population de la librairie est donc surtout constituée de familles et de personnes âgées. Le choix de me spécialiser jeunesse s’est donc très vite imposé : il y avait des tas de gens qui n’achetaient pas de livres pour eux, mais pour leurs enfants ou leurs petits-enfants…”.
À l’encre bleue – qui propose également un rayon de jolies papeteries et de jeux éducatifs (10 % du CA) – prend très vite sa place dans le paysage du quartier et même bien au-delà. Le secret ? Une offre judicieusement répartie entre 2/3 de livres jeunesse et 1/3 de livres à destination des adultes (en grande majorité des fictions et des auteurs locaux), que Laure couple avec un service de proximité : “dès sa deuxième année, la librairie est devenue relais-colis, une activité complètement annexe mais qui participe largement à sa reconnaissance auprès des gens…” et en effet, les habitants de l’Estaque ont été rapidement rejoints par ceux du quartier Saint-Antoine ou même des communes limitrophes comme Le Rove ou Ensuès-La-Redonne… tant et si bien que c’est désormais le temps qui manque à Laure. Habituée des animations (ateliers pour enfants, rencontres d’auteurs…), elle ne peut plus les développer : “… Ce qui fait qu’aujourd’hui je privilégie les signatures d’auteurs qui ont un ancrage fort dans le quartier, car ce n’est pas encore complètement un réflexe pour les gens d’ici de venir à des rencontres en librairie…”
L’arrivée d’une deuxième personne au sein de la librairie pourrait vraisemblablement changer la donne : “Au bout de cinq ans seule, il me tarde de me soulager un peu. J’ai déjà embauché quelqu’un les deux années précédentes à hauteur de deux jours par semaine pendant les quatre derniers mois de l’année. Je vais renouveler l’opération. L’année prochaine quand j’aurai fini de payer mes crédits, j’aimerais beaucoup arriver à prendre quelqu’un à mi-temps…”
À l’encre bleue dispose d’un site internet où Laure présente notamment sa vitrine du mois, pour adultes et enfants… histoire d’avoir un peu la librairie chez soi.