Après la liquidation de Makassar, des éditeurs dans l’incertitude

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Le tribunal de commerce a prononcé le 1er septembre 2026 la mise en liquidation judiciaire du diffuseur-distributeur Makassar, qui travaillait avec près de 200 maisons d’édition, dont une quinzaine située en région. Cette disparition entraîne des pertes financières importantes pour certaines d’entre elles et pose la question de la récupération de leurs stocks auprès d’un prestataire tiers.

Crises géopolitiques, inflations sur les prix, tensions sociales, dettes, élections à venir, les sujets de préoccupation ne manquent pas et la chaîne du livre les subit de plein fouet. Quelques mois en arrière, Ziegler, le principal transporteur du Nord-Ouest faisait faillite et laissait derrière lui quelques factures sévères. Peu avant, c’est le diffuseur-distributeur Coop Breizh, institution bretonne, qui fermait ses portes.

Depuis le 1er septembre 2026, c’est le groupe de diffusion-distribution Makassar, créé en 1995 et spécialisé dans la diffusion de bandes dessinées/mangas, d’ouvrages de sciences humaines et de jeunesse, qui vient d’annoncer son placement en liquidation judiciaire. Fragilisée depuis quelques exercices par des résultats fortement négatifs, des niveaux de créances conséquents demeurant impayés, une cyberattaque en 2024 sur leur logiciel de gestion Octave, un marché en ralentissement, la société n’a pas réussi à redresser la barre.

Si aucun des éditeurs concernés ne remet en cause le travail qui a été mené par son dirigeant pendant plus de trente ans, les conséquences sont pour eux immédiates et pour certaines structures éditoriales moribondes : impayés pouvant aller jusqu’à 3/4 du CA annuel et des stocks compliqués à récupérer.
Pour rappel, lorsqu’un éditeur confie sa distribution à un tiers, il lui délègue plus que la simple expédition des livres. Le distributeur entrepose les ouvrages, recouvre l’ensemble des factures émises aux points de vente et gère les retours. Si un distributeur fait faillite ou manque de liquidités, il n’est plus en mesure de reverser les sommes collectées aux éditeurs distribués et les marchandises peuvent aussi être retenues pour financer ses dettes.

La Société Genilloise d’Entrepôt au cœur des ultimes négociations

Or, si de nombreuses structures éditoriales ont pu rapidement retrouver de nouveaux diffuseurs-distributeurs, certaines se retrouvent aujourd’hui sans leurs livres et… sans argent pour pouvoir les réimprimer. Un petit goût de double peine pour des structures indépendantes aux CA souvent modestes.

Si plusieurs titres étaient déposés dans les locaux de Makassar et ont pu être facilement récupérés, une grande partie du stockage était sous-traitée à la société Genilloise d’entrepôt (SGE). Et c’est là, que ça se complique encore. Redevable de plus de 150 k€ envers ce fournisseur, Makassar ne peut plus honorer cette dette et la SGE bloque les transferts d’ouvrages auprès des nouveaux distributeurs – sauf si les éditeurs font le choix de « racheter » leurs propres biens. Ce qui rend la tâche difficile. En effet, schématiquement, le rôle du diffuseur est de placer les volumes en librairie et celui du distributeur d’en assurer la livraison. Mais quand il n’y en a pas à acheminer, impossible de réussir des placements et de générer de nouvelles ventes.

Pour sortir de cette situation, plusieurs maisons ont lancé début septembre une procédure collective pour réussir à récupérer ces publications. À l’heure actuelle, impossible de savoir si elle aboutira et si les professionnels concernés auront gain de cause.


La logistique au cœur d’une chaîne qui ne cesse de se concentrer

Au-delà du cas Makassar, ce placement en liquidation rappelle à quel point la logistique est centrale : stockage, transport, gestion des retours, recouvrement des factures, le distributeur est ce maillon indispensable pour fluidifier les flux de commercialisation et permettre aux éditeurs de se concentrer sur leur métier premier. Si plusieurs d’entre eux ont pu retrouver – dans des délais extraordinaires – de nouveaux prestataires, d’autres restent sur le banc de touche et voient leur modèle exploser, mettant encore un peu plus à mal la bibliodiversité propre au secteur. Rares sont les diffuseurs-distributeurs à valoriser et prendre le risque – comme Makassar – de faire reposer leur modèle économique sur des acteurs exclusivement indépendants. Les tentatives développées par le passé (Calibre par exemple) montrent à quel point les équilibres sont précaires et les maisons d’éditions indépendantes vulnérables.

Suite à cette mise en liquidation, de nombreuses structures ont lancé via leurs sites et réseaux sociaux des appels à leurs lecteurs pour les soutenir via des campagnes de financements participatifs ou en les invitant à venir directement dans leurs locaux se fournir en romans, bd, albums…

Au-delà d’une défaillance d’entreprise, cette faillite souligne à nouveau la fragilité des acteurs indépendants de la chaîne du livre.