Claude Bleton

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Traducteur au long cours issu d’une famille bourguignonne installée à Paris, Claude Bleton vit aujourd’hui à Arles. Entre Camargue et Alpilles, traduction et écriture, il poursuit dans cette “petite ville de rêve” une remarquable carrière vouée aux mots et aux livres, teintée des verbes rire et aimer.

De ses affinités avec la langue espagnole, Claude Bleton ne peut pas donner d’explication rationnelle si ce n’est la rencontre au collège, l’année de sa 3e, d’un professeur qui l’éblouit et suscite chez lui une envie irrépressible de suivre ses cours… d’espagnol. En quelques mois, cette langue étrange qui le fascine lui devient étrangement familière. Naît alors une véritable passion pour un territoire – géographique, linguistique, culturel… – aussi immense qu’inspirant.

  1. Le Capès en poche, il enseigne l’espagnol, d’abord en collège puis en lycée. C’est dans le sud qu’il exerce ce premier métier dont il garde de magnifiques souvenirs : “Ce qui se passait entre les élèves et moi est irremplaçable”. Mais au bout de 20 ans au sein de l’Éducation nationale, “l’envie d’être ailleurs” se fait sentir, tout comme la crainte de “ne jamais connaître la vie”. Démission donc, pour un nouveau départ et un deuxième métier : traducteur.

Ayant pris goût à l’exercice pendant ses études supérieures, il officie déjà depuis de nombreuses années quand sa première traduction paraît en 1985 aux éditions Actes Sud (L’Empire d’un homme, de Rámon J. Sender). L’œuvre qui l’occupe depuis longtemps déjà – pas moins de 20 ans ! – sans qu’il trouve d’éditeur à l’époque, La Régente de Leopoldo Alas (dit Clarín), reste pour lui le meilleur roman espagnol du 19e siècle. Il cosignera finalement en 1987 la parution du livre en langue française chez Fayard… où le projet couvait déjà ! Depuis lors, Claude Bleton a traduit plus de 150 ouvrages de la littérature espagnole et latino-américaine, parmi lesquels de grands noms : Manuel Vásquez Montalbán, Zoé Valdès, José Manuel Fajardo, Karla Suarez, Juan Gabriel Vásquez, etc. En tant que traducteur, il déconstruit volontiers les idées reçues sur le métier : pas de solitude, pas de salaire de misère, pas d’éditeur autoritaire ni d’auteur encombrant. Il tient d’ailleurs à entrer en relation – au moins épistolaire, le plus souvent amicale – avec les écrivains pour comprendre d’où vient leur langue, quel rapport ils entretiennent avec leur écriture.

Car le but du traducteur, selon lui, est de s’imprégner du texte avant de l’oublier pour offrir au lecteur une émotion de lecture. Dans ce sens, il ne s’agit pas d’être un passeur de texte mais de reproduire, dans une autre langue, l’impact que le texte a eu sur lui en tant que lecteur.

En parallèle de ses activités de traducteur, Claude Bleton a également dirigé la collection “Lettres hispaniques” d’Actes Sud, de 1986 à 1997, puis le Centre international des Traducteurs littéraires d’Arles, de 1998 à 2005. Une expérience “épuisante et passionnante”, dit-il du CITL, car “il y avait tout à inventer”. Souffrant d’insomnies à l’époque, il traduisait la nuit… Craignant à nouveau de “s’encroûter”, il préfère s’en aller une fois tracées les grandes lignes du projet.

S’il rêvait d’être architecte, Claude Bleton se console en pensant qu’il a construit “une architecture avec les mots”. Après trente ans de traduction – qui lui ont, dit-il, “appris à écrire” – et trois ouvrages (écrits par amusement) en tant qu’auteur, il se lance aujourd’hui dans l’écriture d’un nouveau roman. Une démarche plus personnelle, exigeante et acharnée. Il s’agit de descendre dans les profondeurs, de faire de l’écriture “un outil pour sortir du bourbier des choses enfouies”. Et surtout de trouver une lumière intérieure capable de réjouir d’autres que soi. Mais la tâche est ardue alors de temps en temps, pour se reposer, il redevient traducteur…