Être auteur de BD en 2025
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Dix ans après une première enquête, les États généraux de la bande dessinée ont lancé une étude sur la situation des auteurs et autrices francophones. Réalisée à partir de 1 197 répondants1, elle offre un panorama des situations et tendances du métier et en conclut que celui-ci serait de « plus en plus fragile » et marqué par une profonde précarité.
La profession poursuit sa féminisation. Les autrices de BD sont désormais 36 % contre 27 % en 2015. Cependant, elles publient moins d’ouvrages, perçoivent moins de droits d’auteur et gagnent globalement moins que leurs homologues masculins. Près de la moitié d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté.
Le rapport avance également l’hypothèse d’un recul des vocations, notamment chez les plus jeunes. Les moins de 40 ans ne sont plus que 42 % en 2025 alors qu’ils étaient 56 % en 2015. L’âge moyen des personnes interrogées est de 43 ans.
Par ailleurs, le document met en avant le fait que près des deux tiers des répondants disposent d’un diplôme équivalent ou supérieur à la Licence, et les femmes sont en moyenne plus diplômées que les hommes : 46 % ont un Master ou plus, contre 30 % pour les hommes. Ce niveau de qualification contraste néanmoins avec la fragilité économique exposée.
Selon l’analyse, plus de la moitié des professionnels déclarent des revenus inférieurs au SMIC annuel brut, et une part significative se situe en dessous du seuil de pauvreté. Seul 37 % d’entre eux gagnent entre 75 % et 100 % de leurs ressources grâce à cette activité et à peine un cinquième peut en vivre exclusivement. Pour une grande majorité, le recours à d’autres emplois est nécessaire.
Les réponses mettent aussi en lumière une méconnaissance massive de leurs droits sociaux. Près de la moitié ne connaissent pas leur code APE, 41 % ignorent leurs droits aux arrêts maladie et plus d’un quart ne savent pas qu’ils peuvent bénéficier de congés parentaux. Seules 13,5 % des personnes interrogées ayant été malades ont déjà été indemnisées en tant qu’artistes-auteurs.
Concernant les horaires, plus de la moitié des sondés dépassent les 35 heures hebdomadaires et près d’un quart les 46 heures par semaine. Près de 90 % exercent leur travail au moins un week-end par mois, et un tiers au moins quatre week-ends par mois.
Enfin, l’étude révèle une inquiétude généralisée face à l’avenir. Près de trois auteurs sur quatre craignent une dégradation prochaine de leur situation, et 70 % estiment que l’intelligence artificielle générative représente une menace directe pour eux.
Dans un communiqué publié le 15 avril 2026, l’inter-organisation des auteurs et autrices de BD2 dénonce l’absence du Syndicat national de l’édition, du Centre national du livre et de représentants de l’État lors de la présentation, à l’Assemblée nationale des résultats de cette étude. Celui-ci alerte sur l’urgence et annonce le lancement d’un « plan de sauvegarde des métiers des auteurs du livre visant à consolider les propositions concrètes existantes et en formuler d’autres, structurelles et applicables sans délai, pour garantir des conditions de travail et de vie dignes».
1 Échantillon mentionné comme étant très représentatif au regard des chiffres de l’Urssaf des artistes auteurs.
2 Regroupant entre autres, les États généraux de la BD, la Ligue des auteurs professionnels, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, le STAA CNT-SO, le SNAP CGT, l’ABDIL et le SCAA.