Hôtel Voland - Manosque
Publié le
À l’heure où Les Correspondances fêtaient cet automne leur dixième anniversaire, Manosque mettait à profit la belle affluence dont jouit la manifestation pour inaugurer, plein centre, un lieu dédié au livre et à la création : l’Hôtel Voland.
Les murs de l’ancienne bâtisse étaient presque trop étroits pour accueillir un public nombreux et diversifié venu saluer la belle ouvrage. Professionnels du livre, amis, auteurs et festivaliers des Correspondances, Manosquins,… partageaient ce soir-là une chaleureuse atmosphère. Les officiels1 quant à eux n’ont pas manqué de témoigner de leur soutien et de leur satisfaction à consacrer l’en-cours d’un projet, certes encore en devenir, mais déjà d’honorable figure.
Pour sa part, l’ambition de Manosque de faire vivre le centre ancien de la ville épouse parfaitement cette aventure dont les origines renvoient, si l’on veut bien y déceler le lien, au XIVème siècle. L’histoire de l’Hôtel Voland ne date pas d’hier. En son temps rattaché à l’église Saint-Sauveur qui lui fait face, le bâtiment abritait des étudiants en théologie, copistes des bulles du pape Urbain V, qu’une mystérieuse épidémie délogea au bout de 20 ans. Il prendra un siècle plus tard le nom de “maison Voland”, du nom de son riche et puissant propriétaire. Jean-François Michel2 l’achète en 2004 sur un coup de cœur, mais l’ampleur des travaux le conduit à rechercher d’autres solutions pour préserver l’ensemble patrimonial d’une spéculation immobilière certaine. L’association Hôtel Voland se crée alors et met en place une dynamique destinée à le transformer en un lieu culturel.
Il se trouve que Manosque jouit de la présence en ses murs de quelques acteurs culturels qui comptent : une manifestation littéraire dont le renom croît d’année en année, deux librairies indépendantes, une maison d’édition estimée, un groupement d’éditeurs pour l’international, une association vouée à la lecture auprès des publics jeunes et adolescents, une maison d’écrivain, des auteurs… L’association Hôtel Voland est en premier lieu l’alliance de quelques-uns, dont chacun apprécie et respecte le travail de l’autre, croit à la synergie du faire ensemble et la met en œuvre. Elle réunit donc dans un même élan le Bec en l’air, les Correspondances, Éclat de lire3 (potentiellement rejoints dans un avenir proche par d’autres acteurs, aujourd’hui simples adhérents), qui définissent ainsi les missions fixées pour l’Hôtel Voland :
- restaurer et faire vivre un lieu de patrimoine historique et culturel,
- promouvoir la littérature, l’écriture et la lecture,
- offrir un lieu de valorisation et de diffusion d’activités culturelles,
- créer et animer un lieu de rencontres ouvert au public et aux professionnels,
- accueillir des artistes en résidence.
La réhabilitation de l’hôtel Voland, entamée en 2005, est née de cette volonté de concevoir à l’année un lieu où l’on retrouve l’effervescence des Correspondances, de cette aspiration à “créer une proximité foisonnante et féconde” selon les termes de Fabienne Pavia4. Un lieu tourné vers le livre et la création, dont le dessein répond à un programme d’envergure européenne.5
Les premiers fruits sont des plus savoureux. Après plusieurs phases de travaux, la maison ouvre ses portes sur le rez-de-chaussée qui distribue, autour d’un patio, un vestibule d’exposition (visible de la rue grâce à une grande baie vitrée), un café littéraire, un salon de lecture6, à terme un écritoire permanent7 et vraisemblablement le bureau des Correspondances. Un grand escalier de pierre amène aux premier et second étages, lesquels réservent quatre suites pour y accueillir auteurs ou musiciens en résidence, une cellule d’écriture, une terrasse, peut-être le bureau de l’association ; le troisième niveau, acquis en fonds privés par les éditions le Bec en l’air (provisoirement installées au 1er) leur sera dévolu sitôt les travaux achevés. Reste la cave, où les salles voûtées reçoivent à l’année un programme de littérature sonore - les archives des Correspondances notamment -, en partenariat avec Télérama.
C’est dire combien l’endroit réserve de surprises.
Un comité artistique, en phase de constitution, veillera à définir une ligne artistique visible, à sélectionner les projets, à primer l’exigence et la qualité.
À l’heure du recueil de ces informations, les Correspondances battent leur plein ; auteurs, musiciens, comédiens vont et viennent. Yann Apperry est en résidence à l’Hôtel Voland, il apprécie le caractère collectif et humble de l’équipe, l’isolement qui lui est offert dans la rumeur lointaine, la coopération de tous les membres de l’association aux actions menées en résidence8. Arnaud Cathrine, conseiller littéraire de la manifestation et enfant naturel de Manosque, déambule de rencontre en concert littéraire et se dit sensible à l’âme des murs, à l’alternance d’agitation puis de silence propice à la création, au fait qu’il soit ici possible d’être indépendant et avec les autres tout à la fois. Olivier Chaudenson9 précise quant à lui que l’Hôtel Voland a vocation à constituer un espace ouvert, un outil de développement d’actions culturelles au service de tous.
Et en effet, dans ce lieu adepte de la mixité des langages, tous dialoguent, échangent, proposent, et tous entretiennent leur propre univers singulier. Il y règne quiétude et joyeuse émulation, une vitalité porteuse de promesses d’avenir.