Jean-Baptiste Gendarme
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La taquetique du Gendarme
À tout juste trente ans, Jean-Baptiste Gendarme est l’auteur de deux romans et d’un recueil de nouvelles, tous édités dans la collection blanche de Gallimard. Selon lui, entrer dans le monde littéraire français sous les couleurs d’un éditeur aussi prestigieux n’est pas chose si facile.
Il passe sa jeunesse à Reims : bac littéraire, fac de Lettres et IUT Métiers du Livre. Attiré par le cinéma, il écrit des scénarii et se destine à la Fémis (l’école nationale supérieure des métiers de l’image et du son), mais ses parents ne l’entendent pas de cette oreille. Grâce à la réalisation de courts métrages il découvre finalement qu’il n’a pas l’énergie nécessaire pour diriger une équipe de cinéma. Il s’oriente alors vers l’écriture de nouvelles et découvre le monde de l’édition en lisant des correspondances d’auteurs ou des biographies d’éditeurs. La littérature le saisit avec Les Faux-Monnayeursde Gide et Voyage au bout de la nuit de Céline. Ces lectures sont une véritable révélation.
En 2001, il crée une revue littéraire, Décapage, destinée “aux amis qui ne lisent pas de littérature contemporaine”. Décapage, dont il est rédacteur en chef, est publiée par La Table ronde. Il cherche à y transmettre sa passion pour la littérature par une approche ludique et pour un prix modéré, et se plaît à suivre des parcours d’auteurs à la manière des mécènes du siècle dernier. “Décapage n’est pas une revue de déco”, aurait-il envie de dire aux libraires, mais “un laboratoire d’écriture basé sur l’émulation, où se croisent plumes débutantes et confirmées”. On peut s’y amuser de thématiques loufoques (“Mes impubliables”, “Mes lettres de refus” ou “Ma vocation ratée”) et y lire des chroniques d’auteurs. Dans le dernier numéro (n°37 de janvier 2009), se sont prêtés au jeu des auteurs tels que Dominique Noguez, Stéphane Héaume, Arnaud Cathrine, Maylis de Kérangal, Marianne Paul-Boncour et Georges-Marie de Sikasso.
Jean-Baptiste Gendarme est aussi un auteur sérieux, sous son allure de jeune premier. Ne nous y trompons pas ! Il avance discrètement mais il avance, et s’il a du mal à parler de lui c’est qu’il ne sait pas “jouer à l’auteur”. Parlez-lui du monde de l’édition en revanche, de Décapageet de littérature, le voilà qui s’anime, s’allume, s’agite. Fasciné par l’univers éditorial, il s’y installerait volontiers de manière professionnelle.
Dès lors qu’il s’agit de la critique littéraire, qui n’existe selon lui que “pour flatter l’ego de l’auteur”, il se fait cette fois sévère. Chambre sous oxygène, son premier roman, a reçu le prix Jean Bernard de l’Académie de médecine en 2005. C’est le récit d’une longue et douloureuse hospitalisation, la plainte amoureuse d’un homme malade de ses sentiments à l’adresse de celle qui ne lui rend pas visite. Écrit à 24 ans, le roman témoigne déjà d’une maturité d’homme.Table rase (sélection Fnac 2007), parle de la disparition précoce d’une mère et de deux trajectoires de résistance. De ses enfants, l’un deviendra bipolaire, l’autre installera une distance salutaire entre les vicissitudes de la vie et lui.
Thèmes graves (le deuil, la maladie, le temps qui passe, la séparation) adoucis par une ironie toujours à portée de cœur. Aujourd’hui, Jean-Baptiste Gendarme se retourne vers les années passées. En attendant le prochain roman, il écrit neuf nouvelles - qui viennent de paraître, toujours chez Gallimard, sous le titre Le temps qu’il faudra -, il quitte Paris pour Aix-en-Provence, devient père… Une page se tourne, semble-t-il.
Vous ne le verrez pas dans les salons du livre qu’il trouve déprimants et où “les auteurs jouent à l’auteur”. Invitez-le plutôt pour une rencontre, un débat, pour Décapage. Mais ne lui demandez surtout pas de lire à voix haute… il déteste cela.