Jihad Darwiche

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Auteur et conteur avignonnais, Jihad Darwiche est né dans un village du sud Liban au début des années 50. Quand l’aîné des sept enfants entre au collège à Saïda, la famille s’installe en ville mais tous les étés revient au village. Alors très populaire, l’art du conte est une affaire d’hommes ; les femmes ne content qu’en privé. De sa mère, “la plus grande conteuse”, Jihad Darwiche dit volontiers qu’elle lui a tout enseigné – depuis l’art du conte jusqu’à la connaissance du répertoire libanais. Il a recueilli sa parole.

Après l’université, qu’il débute à Beyrouth et termine à Montpellier, il exerce son premier métier de journaliste par un “hasard absolu”. Il écrit pour la presse et collabore à une radio parisienne tournée vers le Moyen-Orient. C’est donc avec cette casquette qu’en 1975, accompagné de sa femme médecin, il retourne dans un Liban en guerre. Par pudeur il parle peu de cette période, mais dans ses Récits de vie en temps de guerre, il donne à entendre de poignants témoignages ainsi que ses propres souvenirs. En 1982, l’intensification du conflit et l’invasion israélienne le poussent à quitter une nouvelle fois son pays. Installé en France, il glisse d’un pays à l’autre… sans jamais se sentir en exil.

Son talent de conteur dépasse alors très vite la sphère familiale. Dès le milieu des années 1980, on le trouve dans de nombreuses bibliothèques du Vaucluse et de la région. “Le conte m’a aidé à traverser cette période et à maîtriser le français”, se souvient-il. En parallèle, il enseigne l’arabe à l’université – avec l’habitude de commencer ses cours par un conte – et publie son premier livre Les Souliers rouges. À ce jour Jihad Darwiche est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, dont dix pour la jeunesse parus chez Lirabelle.

Convaincu que le festival est “une forme qui convient au conte contemporain”, il est intervenu dans la plupart des festivals de conte de la planète – notamment à Cherbourg et Montréal où il se rend chaque année. Il a été directeur artistique du Festival du conte des Alpes-Maritimes (10 ans) et du Festival international du conte et monodrame de Beyrouth (13 ans). De ce dernier est né la Madrassa du conte, école de formation des conteurs qui collectent également le patrimoine oral et les contes traditionnels dans toutes les régions du Liban.

À la manière des troubadours, Jihad Darwiche aime cette vie nomade, les rencontres, les voyages et l’écriture – qu’il pratique dans les hôtels, rarement chez lui où il n’est que de passage. Au fil de ses déplacements ou suivant des projets définis, il glane des contes, des histoires, des récits du monde entier (le récit de vie étant l’une des composantes littéraires du conte). Et c’est d’une manière magnifiquement charnelle qu’il parle de son art : “Il faut tomber amoureux d’une histoire pour la conter”. Pour ce (ra)conteur dans l’âme, la découverte d’un nouveau récit est en effet aussi troublante qu’une rencontre amoureuse. Il arrive même qu’il en perde le sommeil… jusqu’au moment où il parvient à habiter l’histoire et à la faire sienne.

Jihad Darwiche a beaucoup de projets, et beaucoup en même temps. Actuellement plusieurs ouvrages sont en cours de publication, des récits de vie issus des révolutions du Printemps arabe, un travail à partir d’un mythe amérindien du Québec, un spectacle sur la mère pour le festival Arabesques à Montpellier… et, bien sûr, il continue inlassablement de conter.