Messaoud Azzouz, dans la peau d'un réceptionnaire de librairie
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Réceptionnaire, metteur à part, logisticien… il existe plusieurs intitulés pour ce métier peu connu et pourtant essentiel au fonctionnement d’une librairie. Les missions de ces professionnels se déroulent souvent à l’écart du magasin, dans sa réserve, voire sa cave… Messaoud Azzouz, réceptionnaire à la librairie Goulard à Aix-en-Provence, nous en dit plus sur ses journées de travail et répond à nos questions.
Messaoud Azzouz nous dévoile les coulisses et les secrets du métier de réceptionnaire en librairie.
La librairie Goulard existe depuis mars 1981. Répartie sur 600m2, l’équipe regroupe 29 salariés.
Messaoud Azzouz, Sylvain Trevisiol et Pierre Levy travaillent à la réception des ouvrages, pendant que Serge de Fabry s’attèle aux retours et que Sarah Lepine organise le service dédié aux commandes des collectivités. Optimiser les délais de livraison et le suivi des fonds : un ballet méticuleusement réglé permettant de proposer 90 000 titres à la clientèle.
Selon la taille du magasin, les personnels se relaient à la réception, au traitement, à l’équipement, la saisie mais aussi le retour et la gestion des livres présents dans le commerce. Il est difficile de déterminer précisément le nombre de postes consacrés à cette logistique, en France ou dans la région. Seules les entreprises de plus de 8/10 employés proposeraient ce genre d’emplois, il en existerait une quinzaine en Provence-Alpes-Côte d’Azur.
« On démarre à 9h, une heure avant l’ouverture au public. Et c’est très important car tous les matins on reçoit des livraisons effectuées par notre transporteur, Besson (une vingtaine de cartons entourés de film plastique et posés sur une palette de bois). En ce moment c’est calme1, on réceptionne à peu près 3 palettes chaque matin, par la petite entrée, rue Papassaudi ; à partir du 20 août ça montera crescendo pour atteindre le nombre de huit pendant la rentrée (scolaire mais aussi littéraire, puis universitaire jusqu’à noël).
(Une commande dite de « réassort » est passée chaque soir).
On reçoit, en plus des commandes des libraires et des clients, les offices2 qui sont très importants. Chaque diffuseur (dont les plus gros : Hachette, Sodis, Union Distribution - UD, Interforum, MDS…) fournit des colis regroupant les ouvrages des éditeurs avec lesquels ils contractent. Une fois livrés, les cartons sont mis sur des chariots à roue jusqu’à un monte-charge, puis acheminés jusqu’à notre bureau.
On scanne ensuite le code barre collé à l’extérieur du carton signifiant ainsi à la plateforme de transport Prisme que la marchandise est arrivée à bon port (et ne s’est pas égarée chez un autre libraire).
À nous ensuite d’enregistrer les œuvres une par une, vérifier la quantité reçue par rapport à la commande passée et valider ainsi la présence de l’ouvrage dans le stock de la librairie.
Chaque livre est classé dans une pile par rayon (littérature, sciences humaines, BD, jeunesse…) et les libraires viennent au fil de leur journée les récupérer et les ranger.
Si un titre ne correspond pas (ou que la quantité commandée n’est pas respectée), une réclamation peut être faite auprès du diffuseur.
Si le prix n’est pas imprimé sur la 4e de couverture, à nous de l’ajouter au crayon à l’intérieur.
De son côté, Serge de Fabry centralise les retours issus de l’office, qui ne sont pas conservés. Descendus au sous-sol par les libraires, ceux-ci sont alors triés par diffuseur puis renvoyés via le transporteur venu livrer le matin. La librairie aura à charge le coût du transport.
Ces allers-retours de palettes coûtent très cher. Goulard s’acquitte d’une somme de 12 000 à 15 000 € par mois pour ce transport quotidien, qui permet aux clients de recevoir leurs ouvrages en un temps record (une semaine annoncée, mais entre 24h et 72h dans les faits). Seuls les petits diffuseurs ou éditeurs fonctionnant en direct ont des délais bien supérieurs : les envois se font alors principalement par la Poste… ».
17h : le service se vide de ses 5 occupants qui, s’ils n’ont pas la même reconnaissance que celle des libraires dont le métier est plus visible, ont l’avantage d’une amplitude horaire plus proche des employés de bureaux et ne travaillent pas les samedis.
Arrivé en octobre 1998, Messaoud Azzouz a vu la librairie grandir. Venu pour un remplacement de 15 jours, il ne compte plus les années. Son collègue, Sylvain Trevisiol, est arrivé trois ans après et Pierre Levy a rejoint l’équipe depuis 2022. Aucun des trois n’a suivi de formation pour ce métier technique très spécifique et la plupart des librairies de taille plus modeste intègrent ce travail à leur quotidien de libraire. Les postes de réceptionnaires font bien partie des emplois repères de la convention collective nationale de la Librairie, cotés à 158 points dans la grille d’échelle II (échelle allant de I à XII).
J’aime collaborer avec d’autres collègues, mais surtout être le premier à découvrir les nouveautés, c’est stimulant !
Les périodes chargées. C’est intense et arriver à suivre le rythme des cartons devient stressant. Ce n’est pas de tout repos.
Si je devais partir d’ici, je ne serais pas réceptionnaire ailleurs. J’irais peut-être travailler hors des métiers du livre. Ou bien peut-être que le monde des bibliothèques m’intéresserait…
1 Interview réalisée le 25 juillet 2025.
2 Sélection de nouveautés éditoriales réalisée par le diffuseur (ou son représentant), en quantité adaptée et envoyée au libraire. Celui-ci peut renvoyer les invendus dans un délai de 3 à 12 mois.