Pierre Le Pillouër
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Une carrière de travailleur social et une activité poétique. Des quêtes et des batailles. Des liens et des ponts. Politiquement, socialement, artistiquement, Pierre Le Pillouër est un écrivain engagé dont le parcours donne une forte impression de cohérence. Animé depuis toujours par “la quête de l’autre dans toutes ses différences”, il abandonne des études littéraires et sera éducateur spécialisé pour des enfants handicapés mentaux jusqu’en 2011. “Depuis l’âge de 19 ans, dit-il dans trouver Hortense, je travaille auprès d’enfants handicapés mentaux et depuis presque aussi longtemps, avec l’espoir de pouvoir dire un jour ce que je leur dois”.
En mai 1968, Pierre Le Pillouër a 18 ans. Il lit Marx, Lénine, Trotski, se laisse séduire par les idées d’extrême gauche. De ces années militantes, il garde un souvenir douloureux : “J’ai vu à quel point l’organisation solide était nocive pour les individus. J’ai souffert et j’en ai tiré des enseignements. Je suis passé à l’écriture.” Après les désillusions politiques vient donc le temps de la création.
Dans les années 1980, il s’installe dans la région de Nice, se lie d’amitié avec le poète Christian Prigent et intègre le comité de rédaction de la revue franco-belge TXT. Il fait alors la connaissance d’artistes et d’écrivains locaux, participe à de nombreuses rencontres et lectures. Mais après la disparition de TXT en 1993 cette énergie s’épuise, laissant la place à une “traversée du désert personnelle” qui durera plusieurs années. Un épisode qu’il estime avoir été nécessaire et lui a permis de retrouver le goût de l’engagement dans un projet collectif. Il privilégie alors le modèle souple du réseau et crée sitaudis.fr en 2001, un site consacré à la poésie contemporaine dont il est toujours le principal animateur. “Il fallait que j’expérimente le trajet de l’auteur solitaire.”
L’humour est sa force, une posture en poésie. D’ailleurs, il trouve les poètes souvent austères et leur en veut parfois de faire fuir le public. Il mène ainsi sa bataille contre la sacralisation des œuvres et des auteurs, contre le confinement et l’entre soi, tente de créer des passerelles entre les disciplines artistiques. Prêt à tout pour un bon mot, il peut alors blesser, se fâcher, s’excuser, se réconcilier… mais pour lui tout cela n’est guère sérieux. Il se considère d’ailleurs simplement comme faisant partie “de la communauté assez large des artistes”.
Mais alors, l’appellation même de “poète” lui posant problème, pourquoi la poésie ? “Parce que je suis incapable de construire un récit, je suis un piètre narrateur”, dira-t-il. Essentiellement à cause d’un choc apprenons-nous, Les Illuminations de Rimbaud, qui l’habitent tel “un ami intérieur”.
Grand lecteur de romans et de nouvelles, il est plongé dans Anna Karénine au moment où nous le rencontrons et explique ainsi ce choix de lecture : “À mon âge [62 ans], je cherche les chefs-d’œuvre à côté desquels je risquerais de passer…”
Il apprécie d’être à la fois lecteur, critique, auteur et depuis peu éditeur. En effet, Sitaudis s’est lancé dans l’aventure éditoriale et vient de publier un premier livre, Petite forme de Christian Bernard, en versions papier et numérique (en accès libre). “C’est l’aventure du numérique qui m’intéresse, même si comme lecteur je garderai le goût du papier”. En poésie, un genre littéraire au public restreint, il tient à la gratuité des livres numériques.
“Rimailleur mélancolique, voisin calme, marié pas divorcé, un seul enfant éloigné, pas de chien, pas de musique. Serviable et soucieux […].” À cet autoportrait extrait de trouver Hortense, nous pourrions ajouter généreux et exigeant.