Salim Hatubou
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Auteur, conteur, animateur d’ateliers d’écriture, Salim Hatubou est né en Grande Comore sous le signe des femmes.
D’abord Riama, sa mère. Comme nombre de Comoriens, elle part avec sa famille pour l’île de Zanzibar dans les années 1950. De retour au pays, la jeune femme – qui a eu la chance d’être scolarisée – transforme sa maison en bibliothèque et met en place des ateliers d’artisanat pour les femmes en milieu rural. Sept enfants plus tard elle décède. Salim n’a que 3 ans. Il se souvient pourtant d’une mère attachée aux livres qui lui lisait des histoires…
Mariama Madi, sa grand-mère maternelle, prend le relais de son éducation. Conteuse du village, elle accueille les veillées et forme le petit Salim à l’art du contage. Une “école informelle” où il apprend notamment à s’exprimer avec aisance en public. Fidèle à cet héritage, il “continue aujourd’hui à conter comme elle, en donnant l’impression que rien n’est préparé”.
Salim Hatubou arrive à Marseille à l’âge de 10 ans. Dans la cité de la Solidarité (quartiers nord de Marseille) où il vit avec son père et sa “marâtre”, il découvre le froid, le béton, le déracinement…Nostalgique de sa terre natale, il se raccroche aux contes de sa grand-mère qu’il écrit dans un cahier : “ce n’était pas une traduction mais une réécriture”, précise-t-il. Au collège, il gagne son argent de poche en écrivant des poèmes d’amour pour ses copains. “J’étais le nègre !”, se souvient-il en souriant.
Il n’a que 16 ans lorsque la publication de l’une de ses nouvelles dans Amina – “magazine féminin de la femme africaine et antillaise” – lui rapporte 500 francs, au grand étonnement de son père. Avec cet argent, Salim est fier de pouvoir payer ses fournitures scolaires.
Pour rassurer son père il suit des études de commerce à Aix-en-Provence. Il publie son premier ouvrage à l’âge de 24 ans, un recueil intitulé Contes de ma grand-mère. C’est Alain Mabanckou, alors directeur de collection à L’Harmattan, qui défend son texte. Deux ans plus tard, son premier roman Le Sang de l’obéissance révèle un auteur engagé ; il y dénonce les mariages forcés aux Comores.
En 1998, il part à Zanzibar sur les traces de sa mère. Là-bas il retrouve tantes, neveux, cousins… dont les témoignages l’aident à reconstruire, à travers l’histoire de sa famille, le parcours migratoire de la communauté comorienne. En 2006, il collecte auprès de sa grandmère les contes mettant en scène l’idiot, fameux personnage de l’oralité comorienne. Muni d’un magnétophone, il enregistre celle qui n’hésitait pas à “se servir de ses contes pour régler ses comptes”. À partir de ses recherches sur l’identité et la mémoire, l’auteur francocomorien produit romans, albums jeunesse, recueils de contes et de poésie…
Quand il n’écrit pas, Salim Hatubou voyage au gré des invitations dans les festivals de conte, ou anime des ateliers d’écriture – qu’il préfère appeler “ateliers d’imagination” – pour des enfants primo arrivants. Actuellement en résidence artistique à Marseille avec le photographe Jean-Pierre Vallorani et l’auteur-compositeur Solly M’bae, il a été invité par l’Acelem* (en partenariat avec la bibliothèque départementale des Bouches-du-Rhône) à reconstruire l’histoire des quartiers de la Solidarité et de Kallisté, avec en filigrane la question “que sont nos cités devenues ?”.
À 40 ans, il se lance aujourd’hui de nouveaux défis : un spectacle inspiré de son roman La Marâtre ; un projet sur les épopées comoriennes déposé dans le cadre de Marseille Provence 2013 ; et surtout “Paroles errantes”, une association en gestation qui inscrit résolument son engagement pour le livre et la lecture aux Comores, où la plupart des enfants n’ont pas accès à la culture. Salim Hatubou veut poursuivre le travail de sa mère en créant une fondation et un réseau de lecture dans les villages. Pour que les enfants puissent “lire dans des lieux consacrés à la jeunesse… ou au pied des baobabs !”.
* Association culturelle d’espaces lecture et d’écriture en Méditerranée