Serge Valletti

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Les dramaturges sont aussi des auteurs. Et pourtant, voici le premier portrait dédié par Dazibao à l’un d’entre eux. Et non des moindres.

Retracer ici la carrière de Serge Valletti est-elle une entreprise possible ? Par où commencer ? Que garder, que passer sous silence ?

Serge Valletti est né à Marseille en 1951. Il plonge dans le théâtre à 22 ans pour ne plus en ressortir jamais, tour à tout comédien, metteur en scène ou auteur. Sa rencontre avec Eric Eychenne et Daniel Mesguich, dès les années 60, sera déterminante. Eychenne lui donne son premier rôle important dans La vie de Molière où il remplace alors Philippe Caubère. Puis Mesguich, comparse marseillais, l’entraîne vers Paris où ils commencent à jouer dans les cabarets. C’est le début des années 70 et la capitale est en pleine effervescence. Ils travailleront ensemble sur douze spectacles, Serge Valletti comme assistant puis comme comédien. Il travaille alors sous la direction des plus grands, enregistre pour la radio, la télévision, le cinéma.
À cette même période, il écrit des pièces et se produit à Avignon dans un magasin qu’il loue.
En 1980, il écrit puis joue six mois son premier solo, dans sa cave : spectacle pour deux spectateurs, donné sur rendez-vous. Vite débordé par le succès l’entreprise, il donnera ce solo à l’occasion de l’ouverture du théâtre de l’Athénée en 1982. Avec “la grande époque des subventions publiques”, il écrit des pièces à plusieurs personnages et se voit programmé à Avignon dans le Festival Inn en 1984.

En 1988, l’éditeur Christian Bourgois publie pour la première fois un de ses textes, Le Jour se lève, Léopold ! que Chantal Morel crée au Centre dramatique national des Alpes à Grenoble.
Valletti devient auteur et s’absente de la scène. Dès lors il travaille aussi sur commande : la détourner, par principe, l’amuse, pour que se croisent le désir de l’auteur et celui du commanditaire. Charles Tordjman lui demande un texte sur Elvis et… Saint Elvis sera joué à Chaillot !

Pour Serge Valletti, “le texte de théâtre est un résidu du spectacle”, un élément parmi d’autres, comme la mise en scène. L’édition n’est importante que parce qu’elle permet au texte de se colporter et d’engendrer de nouvelles créations.
Il passe au roman en 1993 avec Pourquoi j’ai jeté ma grand-mère dans le Vieux Port et Garrincha, publiés aux éditions de l’Atalante où il dirige également une collection de textes de théâtre. Il est l’auteur de plus cinquante textes, dont trente publiés. Bien ancré au Sud, loin du régionalisme, loin des poncifs marseillais, Serge Valletti écrit avec humour et nostalgie. L’art du dialogue est sa marque de fabrique.
“Si je dois me situer par rapport à des gens comme Ascaride ou Guédiguian, je dirai que je suis plus un auteur du littoral que de Marseille. Ce qui m’intéresse, c’est d’être à la plage. Au bord de la mer. Où que ce soit. Que ce soit à La Baule, à Bayonne. Ce qui me remue, c’est le côté : on est au bord, et de l’autre côté il y a autre chose. On ne sait pas quoi.”

Certaines de ses pièces étant épuisées, Serge Valletti les offre au téléchargement sur le site de François Bon, www.publie.net pour qu’elles continuent à circuler. On y trouve Domaine Ventre et Conseil municipal.
Serge Valletti habite aujourd’hui à Gordes dans le Vaucluse, la “nouvelle Californie”. Comme d’autres, il est (re)descendu avec le TGV.
Serge Valletti est un des auteurs les plus présents sur la scène théâtrale nationale. Pourtant, il ne décline pas les invitations à des lectures ou des rencontres, ici ou là.