Sylvie Durbec

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Originaire de Marseille, ville “magnifique et fatigante, en tension constante”, Sylvie Durbec apprécie la solitude de la vie à la campagne. Et c’est dans un vieux moulin du village de Boulbon, entre Avignon et Tarascon, qu’elle a construit son nid littéraire. Elle y ouvre sa porte avec une facilité rare, transformant un simple rendez-vous professionnel en une
conversation chaleureuse et intense, de celles que l’on clôt tardivement, à contrecoeur.

De la poésie au théâtre en passant par le roman adulte et jeunesse, l’écrivaine a publié une vingtaine d’ouvrages ces dix dernières années. Lors d’une résidence au Monastère de Saorge (06), elle se lie avec deux auteurs italiens – Marco Ercolani et Lucetta Frisa – dont elle traduit par amitié deux recueils de textes poétiques (parus aux éditions des États Civils) ; c’est l’occasion de renouer avec ses origines et sa passion pour les langues.

Sylvie Durbec écrit, dessine et bricole depuis toujours. Au lycée déjà, se sachant destinée par l’autorité maternelle à des études de lettres, elle prend des cours du soir aux Beaux-Arts. À 59 ans – dont 30 passés à enseigner le français – son intérêt pour les relations entre arts plastiques et littératures reste intact ; depuis la publication de La Huppe de Virginia aux éditions Jacques Brémond début 2011, elle s’est remise à pratiquer le collage. “Je travaille très salement, je suis pleine de colle, de peinture, d’encre… et ça me convient très bien !”, confie-t-elle amusée. Ses créations doivent accompagner les textes d’une auteure – jamais publiée – à l’univers très fantaisiste. Un projet encore flou et un peu fou qu’elle considère comme une “libération de l’écriture” dans la période de silence qu’elle dit traverser.

En 2007, elle est immobilisée pendant trois mois suite à un grave accident de voiture.
Paradoxalement, cet épisode la soulage… modifie son rapport au temps et décuple son énergie. La lecture l’aide à supporter la douleur. Elle décide de prendre une retraite d’enseignante anticipée, ce qui lui permettra de créer un an plus tard, chez elle, la “Petite librairie des champs” (cf. Dazibao n°19 ). Plus qu’un commerce, il s’agit d’une association destinée à “tisser des liens entre les gens” : rencontres, lectures, expositions… autant d’animations qu’une poignée de bénévoles organisent ponctuellement, dans le jardin, le hall d’entrée ou la grange aménagée en théâtre.

De ses nombreux projets, à court et moyen termes, retenons un roman tout juste parti chez l’éditeur, deux recueils de poésie en cours d’écriture (l’un sur la peinture de Monticelli, l’autre sur les mères), des lectures poétiques à plusieurs voix, des parcours nocturnes dans le village… et pourquoi pas la création d’une “petite galerie des champs” ?

Sylvie Durbec s’est prêté avec joie à l’exercice de la bibliothèque autobiographique (thème du présent Dazibao) : elle a pleuré avec Les Hauts de Hurlevent (Emily Brontë), ri avec Trois hommes dans un bateau, sans parler du chien (Jerome K. Jerome), s’est laissé surprendre par Rosa candida (Audur Ava Olafsdottir), aurait aimé écrire Les Foudroyés (Paul Harding), déguste en ce moment La Bascule du souffle (Herta Müller).
Mais d’autres voix lui tiennent à coeur : Thierry Metz, Nathalie Sarraute, Truman Capote, Gustave Roux, Roberto Bolaño, William Faulkner, W.G. Sebald, Herman Melville… sans oublier l’écriture du poète James Sacré, dont elle dit être “tombée amoureuse”.