Thierry Maugenest
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Avec seulement quatre romans publiés à ce jour, Thierry Maugenest jouit déjà d’une place confortable dans l’univers romanesque international. Tous publiés chez Liana Levi, ses livres sont traduits en plusieurs langues, déclinés en club et beaucoup lus.
Pourquoi alors entend-on si peu parler de lui ?
Dès le plus jeune âge, les livres occupent une grande place : lire ceux de la bibliothèque familiale est en effet le seul moyen, pour son frère et lui, d’obtenir de l’argent de poche selon un tarif variant avec l’importance du texte et la compréhension qu’ils en témoignent. Pas de télévision, bien sûr. De l’art de faire lire les enfants… Il devient très tôt un lecteur assidu, de Jules Verne, d’Alexandre Dumas et de bien d’autres. C’est Henri Bosco qui déclenche l’envie d’écrire, et c’est à la faveur des vacances d’été qu’à raison de deux pages par jour il commet ses premiers romans. Thierry Maugenest affiche une douzaine d’années ; l’apprentissage commence à peine.
Le monde sera son université. Les voyages forment la jeunesse, façonnent le regard, alimentent l’esprit. Sitôt le bac en poche et dans la pure tradition des intellectuels du xixè siècle, il entame un périple de dix ans. Quelques longues étapes - l’Italie en particulier, la Grèce -, comme de vraies tranches de vie où la pratique de métiers les plus divers nourrissent leur homme et complètent la formation. Pendant tout ce temps, Thierry Maugenest développe sa curiosité, engrange les expériences, lit, relit, se construit un capital - servi par une mémoire sans faille.
À fréquenter les bibliothèques de tous les continents, il se passionne pour les cultures et s’interroge sur la part non résolue des arcanes que l’histoire des arts, des sciences, des religions, contient. Et ce n’est que lorsqu’il pose durablement ses valises en Provence
qu’il s’autorise la conquête de cet objectif qu’il s’était fixé enfant : écrire, ne se consacrer qu’à ça.
Avant la parution d’un certain Da Vinci Code, le premier de ses romans que Thierry Maugenest juge publiable arrive entre les mains de sa future éditrice. Venise.net entraîne le lecteur dans les coulisses de la peinture vénitienne de la Renaissance, et de là vers le mystère des clous de la croix du Christ… L’année suivante, La Poudre des rois invite à un voyage dans l’Andalousie médiévale, la médecine et les prémices d’une certaine psychanalyse. Manuscrit ms 408 s’attache ensuite à l’impénétrable et bien réel “Voynich” ainsi coté et conservé à l’université de Yale, que des savants de tout poil tentent de déchiffrer en vain depuis l’an 1520.
On croirait l’auteur historien, tant perce le goût d’apporter un éclairage contemporain à d’universelles énigmes vieilles de plusieurs siècles. Une intrigue sert de fil conducteur, comme un support idéal pour partager l’air de rien un peu de cette érudition. Plusieurs époques se croisent et se répondent, plusieurs histoires en tissent une seule, dont nous sommes aujourd’hui les héritiers.
En mêlant les voix, les lieux, les écritures, Thierry Maugenest aspire à être un auteur ancré dans son époque, dans l’esprit de son temps. Il cultive l’effet romanesque, l’art du faussement léger, et sous une apparente désinvolture, ses livres sont truffés de clins d’œil, de références, d’hommages discrets ou clairement appuyés. Fasciné par la musique, il rapproche volontiers le mystère de l’écriture à celui des sept notes de la gamme. “Au-delà de l’organisation des mots ou des notes, règne l’inconscient, l’intuitif, l’évanescent.”
Plus proches de lui, plus personnels, une contribution à un ouvrage collectif consacré à Julien Gracq (revue 303) - un maître -, et le dernier roman publié, Audimat circus, dans lequel le candide Sullivan Chance, héros moderne à contre-courant, a vraisemblablement beaucoup emprunté à son créateur.
Pour vivre heureux vivons cachés, telle pourrait être la devise adoptée.