Une maison d'édition ancrée dans le collectif

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Créées en 2020 sous l’impulsion de Lydia Amarouche, les éditions Shed Publishing comptent aujourd’hui 6 titres répartis entre essais sociétaux et ouvrages pour la jeunesse. Elles sont diffusées par Hobo et distribuées par Makassar.

Peu avant la crise Covid, Lydia Amarouche travaille dans un centre d’art contemporain où elle œuvre à la valorisation de fonds documentaires. Son ambition première : les rendre les plus accessibles possibles. Rompue aux techniques de l’éducation populaire, elle trouve à travers la mise en place d’ateliers d’arpentage, un moyen de les faire vivre : « L’arpentage s’est développé dans les cercles ouvriers de la fin du XIXe. L’idée était de permettre aux personnes qui n’avaient pas eu accès à l’enseignement de pouvoir se cultiver à travers des lectures partagées. On découpe physiquement le livre en plusieurs tranches et chacun lit et commente la sienne. On désacralise ainsi le livre ».
Petit à petit, elle multiplie ces rendez-vous et les dédie aux sujets de société et aux sciences humaines et sociales : « Nous avons traité de nombreux thèmes : le colonialisme, l’abolition pénale, le racisme et à chaque fois, la confrontation des points de vue, les échanges donnaient envie d’aller plus loin, de laisser des traces ». Puis arrive la crise Covid, une recherche de plus de sens, l’envie de donner plus de poids à ces pratiques, prolonger les réflexions, les ouvrir à plus de monde. Avec trois consœurs - Laura Boullic (autrice), Nesma Merhoum (formée à l’édition) et Milène Mahérault (graphiste) – elles décident de s’appuyer sur l’esprit de ces ateliers pour faire naître leur propre maison d’édition.

En 2020, Shed Publishing voit le jour. Le premier titre - confié à Françoise Vergès et Seumboy Vrainom, De la violence coloniale dans l’espace public – paraît en octobre 2021. « Il était très important pour nous de retrouver dans ce premier ouvrage les thématiques que nous avions abordées dans les ateliers. Que ces deux auteurs acceptent de partager ce chemin avec nous, de mener ce travail historique et mémoriel était une opportunité incroyable ! ».
Pour se donner encore plus de chance, Lydia se met en quête d’un diffuseur/distributeur : « Vu la taille de notre catalogue, on ne pensait pas trouver, mais le projet a tout de suite plu à Hobo/Makassar ». Pari d’autant plus compliqué qu’à l’inverse d’autres structures éditoriales, Shed Publishing fait le choix de la lenteur, du temps et de la réflexion : « Nous sortons en moyenne deux ouvrages par an. Nous voulons avoir le temps de les construire et de les défendre vraiment. Ils sont tous le fruit de travaux collectifs aussi bien avec des syndicats, des groupements d’urbanistes, d’architectes, de rendez-vous participatifs, de résidences, etc. ».
A priori à raison : le tirage moyen se situe entre 1 500 et 3 000 exemplaires, certaines réimpressions pouvant atteindre les 6 000 exemplaires. Le financement des titres se fait sur la durée à travers les animations, les collectifs, les précommandes, des capitaux publics et privés.

La démarche plaît, intéresse, intrigue, tant et si bien que la maison d’édition est fortement sollicitée tant en France qu’à l’étranger pour animer des cours, expérimenter les techniques d’arpentage ou se confronter à d’autres techniques. On la retrouve ainsi de Brooklyn à Atlanta en passant par Bruxelles, Genève, Lausanne, Dakar ou parcourant les routes de l’Hexagone, de Bordeaux à Lyon, de Rennes à Paris, de Marseille à Toulon, la plupart du temps accueillie dans le cadre de résidences, dans des centres d’art contemporain/de ressources et des librairies.
Aujourd’hui, l’entreprise aspire à consolider son modèle : « Notre collection d’essais semble très identifiée, mais nous devons mieux travailler la jeunesse pour la rendre plus visible. Un contrat aidé vient de nous rejoindre. Nous cherchons également un lieu dans Marseille pour pouvoir y accueillir des évènements ou bien encore proposer des résidences ».

Forte de ses engagements, la structure travaille aujourd’hui avec plus de 60 maisons d’édition françaises à la création d’un journal gratuit qui aura pour objet de soutenir les confrères et consœurs palestiniens, de donner une voix à la population et surtout de parler de ce territoire. Ce document sera diffusé et distribué gratuitement dans les bibliothèques et les librairies. Un projet collaboratif, qui reflète une nouvelle fois l’esprit de Shed Publishing.