14 propositions pour le développement de la lecture : où en est-on ?

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Lundi 9 janvier, Martigues. À l’occasion de l’assemblée générale du groupe Paca de l’ABF (Association des Bibliothécaires de France), était invité Fabien Plazannet, chef du département du Patrimoine et de la Politique numérique au sein du service du Livre et de la Lecture du ministère de la Culture. Une petite heure pour évoquer l’avancement des 14 propositions pour le développement de la lecture, présentées le 30 mars 2010 par Frédéric Mitterrand.

En introduction, Fabien Plazannet a rappelé quelques éléments de contexte :

  • Si 200 millions sont consacrés chaque année par l’État à la BNF et la BPI, 100 millions sont attribués aux autres bibliothèques (hors bibliothèques universitaires). L’ensemble du parc des bibliothèques s’est longtemps développé au rythme de 100 000 m2 par an ;
  • Lancé après 1945,  le programme des BDP a fini de couvrir le territoire national  en 1999 (Mayotte), et il reste aujourd’hui des projets importants de bibliothèques municipales (en cours : Pau, Caen, Angoulême, Brest…).
  • La moyenne du taux d’inscrits se maintient à environ 18 % de la population des communes concernées, tandis que la fréquentation est évaluée de 30 à 35 %.
  • Qu’en est-il des équipements numériques des bibliothèques ? Si le taux d’informatisation a grimpé pour atteindre 90 %, seules 60 % possèdent un site web (de plus, ces pourcentages sont surévalués du fait de la composition de l’échantillon enquêté). Elles ne sont en outre que 25 % à disposer d’un catalogue en ligne, et l’existence d’un compte lecteur ou la possibilité de réservation en ligne est encore moins répandue.
  • La moyenne des heures d’ouverture au public est inférieure à 20 heures par semaine. Par ailleurs, alors que la moyenne européenne pour les villes de plus de 300 000 habitants atteint 58 heures, elle n’est en France que de 48 !

Proposition 1 : “Un nouveau projet pour la Bibliothèque publique d’Information (BPI) pour en faire un établissement pilote et innovant en matière de lecture publique.”
Proposition 2 : “Développer l’action de la Bibliothèque nationale de France (BNF) en direction des populations éloignées de la lecture.”
En effet, la fréquentation de la BPI est passée de 2 millions de personnes en 2000 à moins de 1,4 millions en 2010. Celles de la BNF (haut de jardin, accessible à tous) a également chuté de 650 000 personnes en 2004 à 550 000 en 2010. La réflexion porte sur les publics (il n’y a que peu d’adolescents à la BPI), sur les collections et les espaces, ainsi que les usages nomades, la formation et le numérique. Le tout dans un calendrier 2013/2014. L’État devrait mobiliser en tout environ 10 M€ sur les 2 projets.

Proposition 3 : “Étendre les horaires d’ouverture pour les 50 bibliothèques municipales les plus importantes.”
Une petite dizaine de bibliothèques (Troyes, Meudon, Cergy, …) ont rejoint actuellement le programme ; les résultats ne sont pas à la hauteur des espoirs. L’aide de l’État est jugée insuffisante par les collectivités (prise en charge d’un tiers de la dépense). Se posera pour l’État la question des moyens, en fonction des ambitions des bibliothèques. La réflexion à mener devra porter sur “comment ouvrir mieux, mais pas forcément plus”, avec l’idée d’arriver à des modèles types de bibliothèques, en analysant davantage les pratiques.

Propositions 4 à 7 : “Proposer aux collectivités territoriales un contrat numérique pour les bibliothèques.”
Ces propositions s’appuient sur le levier du concours particulier de la Dotation générale de Décentralisation (80 millions/an), dont les conditions d’attribution ont été modifiées en 2010 et 2011. Cette nouvelle orientation va donc pourvoir commencer à récolter ses fruits. Il s’agit de permettre aux bibliothèques de se doter de services numériques (avec un soutien aux projets liés à la numérisation, à l’acquisition de matériels, aux réseaux, à l’assistance de maîtrise d’ouvrage…). L’extension du cadre des financements aux études préalables et aux ressources numériques est en réflexion. L’aide au fonctionnement non pérenne est en effet incluse dans la DGD depuis la Loi de Finances 2012 : des discussions avec le ministère de l’Intérieur vont s’établir pour définir le périmètre et rédiger le décret d’application.
Par ailleurs, il s’agit de constituer des bibliothèques numériques de référence, bibliothèques d’équilibre par rapport à la BNF : 12 opérations sont en chantier (après Orléans et Moulin en 2011, Grenoble, Valenciennes, Montpellier, Nancy, Roubaix, puis peut-être Lyon, Bordeaux, Rennes…). L’aide de l’État porte sur l’équipement (réseaux HD, parcs d’équipement, serveurs, conservation numérique, collections numériques avec un volet patrimonial, VOD (video on demand), autoformation, plans de formation de l’ensemble du personnel sur les services numériques) et parfois la mise à disposition d’un conservateur.
Concernant le numérique, les bibliothèques des villes de 20 000 à 50 000 habitants disposent des marges de progression les plus importantes.

Proposition 8 : “Lutter contre les inégalités territoriales d’accès au livre et à la lecture par la création de Contrats Territoires-lecture.”
50 contrats ont été signés – dont 6 en Paca –, sur des projets de natures diverses (schéma de lecture publique, action culturelle, développement numérique…). Une réorientation vers les collectivités/médiathèques plutôt que vers le seul milieu associatif est perceptible. Ce programme mobilise des moyens sans doute encore insuffisants (2 millions pour la France entière) et les diagnostics préalables à leur établissement ne sont pour l’instant pas toujours disponibles. Ce programme très important devra encore évoluer, afin qu’il soit plus visible et  plus efficace.

Proposition 9 : “Soutenir et accompagner les associations qui travaillent au développement de la lecture chez les jeunes et auprès des populations éloignées de la lecture.”
Cette action de fond (qui concerne tous les services du ministère) repose sur l’engagement de très nombreuses associations, souvent de dimension réduite. Une meilleure coordination des actions apparaît également souhaitable.

Proposition 10 : “Une nouvelle fête du livre à l’impact populaire accru : À vous de lire !”
En 2010, le CNL a mis en place cette initiative reposant sur l’idée d’aller dans des lieux éloignés du livre. Une évolution intégrant une plus forte implication des librairies est en cours d’examen pour 2012.

Proposition 11 : “Familiariser l’enfant avec la lecture dès le plus jeune âge : extension de l’opération Premières Pages.”
Destinée aux bébés lecteurs (et à leurs parents !), cette opération réalisée en partenariat avec la Caisse nationale d’Allocation familiale concerne actuellement
7 départements et environ 70 000 bébés chaque année. Elle consiste à donner un livre à chaque nouveau-né, afin d’aider à donner le goût de la lecture dans chaque famille. L’objectif est de couvrir progressivement de nouveaux départements, en établissant à chaque fois un partenariat avec le Conseil général. Une évaluation nationale doit être réalisée.

Proposition 12 : “Développer et coordonner les services numériques des bibliothèques françaises dans le cadre d’un Schéma numérique des bibliothèques.”
Il s’agit d’organiser le développement des bibliothèques numériques de manière cohérente. Notamment par l’appui des grosses bibliothèques municipales et des bibliothèques départementales de prêt, par l’utilisation de normes informatiques interopérables et la création d’un plan national de numérisation. Depuis le rapport Racine de 2009, un groupe de travail réunissant une dizaine de professionnels des bibliothèques est chargé d’établir des préconisations sur sa mise en œuvre, avec de nouvelles propositions le cas échéant. Comment organiser la conservation numérique dans les bibliothèques ? comment les grandes peuvent-elles être force d’appui des petites ? quelles ressources numériques, à quelles conditions, et dans quel cadre juridique ? comment évaluer l’activité numérique des bibliothèques, avec quels indicateurs ?, telles sont les principales questions. Un premier rapport d’étape sera disponible en ligne d’ici trois mois.

Proposition 13 : “Rénover les outils de connaissance de l’activité des bibliothèques publiques sur l’ensemble du territoire national pour une meilleure évaluation de leurs activités.”
Activité réglementaire depuis 1969, l’observation des bibliothèques a connu de nombreuses évolutions, pour s’adapter aux mutations des bibliothèques. Les questionnaires ont été rénovés et il s’agit désormais de s’adresser à toutes les bibliothèques, via les BDP notamment (et donc de passer de 4 000 établissements enquêtés à 17 000 environ). La restitution doit également être rénovée : un réservoir de données sera mis à disposition avec des indicateurs INSEE (population, chômage, etc.), des outils cartographiques… Un nouveau site, l’Observatoire de la Lecture publique, sera présenté au Salon du Livre de Paris en mars 2012 et rapidement accessible en ligne. Ce chantier, dit prioritaire, devra permettre d’améliorer les délais de restitution.

Proposition 14 : “Proposer aux collectivités territoriales un système d’information partagé pour l’observation des politiques du livre et de la lecture.”
Ce chantier difficile affiche un bilan décevant, car un système partagé est impossible à mettre en place dans bon nombre de Régions. C’est un vrai problème pour la librairie ou la vie littéraire. Cette proposition sera vraisemblablement abandonnée.

Le plan de développement de la lecture a donc connu des avancées comme des empêchements. À suivre…

www.ddm.gouv.fr