3 questions à... Banafsheh Farisabadi
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La poétesse et traductrice iranienne Banafsheh Farisabadi, qui réside aujourd’hui à Arles, a bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses.
Crédits photo : Olivia Borne/Alca Nouvelle-Aquitaine
Banafsheh Farisabadi commence à écrire à l’âge de 17 ans et publie ses poèmes et essais dans des journaux et magazines littéraires. Ses textes ont été inclus dans deux recueils collectifs (Les Citoyens de mot aux Éditions Arvij, 2001 et 2002).
En 2009, son ouvrage Quelques minutes après le suicide, paraît aux éditions Boutimar. Toutefois, l’autorisation de publication est annulée un peu plus tard par le ministère de la Culture et de l’Orientation Islamique d’Iran.
Un an après, son deuxième opus est également interdit par le gouvernement iranien. Elle décide alors de protester contre la censure en refusant d’éditer ses écrits dans son pays, et les partage dans des supports indépendants en ligne et des revues alternatives. Sa poésie figure dans L’Anthology of persian poetry (Samuel Jordan Center for Persian Studies and Culture, Université de Californie, 2017), 100 ans de poésie de Téhéran (Éditions Elmi-Farhangi, 2021), et dans La Planète de la poésie de l’Iran (Éditions Nowrahan, 2024). Son travail est disponible en turc et en anglais.
Par ailleurs, depuis 2006, Banafsheh Farisabadi traduit des textes du français vers le persan (Didier Van Cauwelaert, Amélie Nothomb, Honoré de Balzac, Victor Hugo, Albert Camus ou Atiq Rahimi).
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre actualité ?
Je travaille sur un recueil de poésies, prochainement publié en France, ainsi que sur la traduction du roman Un beau ténébreux de Julien Gracq. Bien que ces deux projets semblent très différents, ils sont liés par mes expériences intérieures. En traduisant Gracq, sa prose poétique et son univers mystérieux, je trouve une richesse qui nourrit ma propre écriture dans la langue de Molière, notamment dans l’élaboration de mes poèmes.
La plupart des grands volets de la littérature française ont déjà été publiés en Iran, et ils sont bien connus dans mon pays. Je n’ai donc pas l’ambition de les retraduire, bien que, pour certains, ce serait nécessaire. En revanche, j’aimerais faire découvrir des auteurs comme Julien Gracq, mais aussi d’autres, pas forcément contemporains, qui sont peu consultés en dehors des cercles universitaires. Beaucoup d’écrivains, qui ne figurent pas parmi les best-sellers, méritent d’être mieux lus, malgré la complexité de leur univers et de leur langage. Actuellement, étant complètement immergée dans l’univers de Gracq, je rêverais de traduire toute sa bibliographie en persan.
Toute mon enfance et ma jeunesse ont été bercées par la lecture de poèmes. La poésie a été ma seule source de plaisir et ma plus grande motivation, non seulement pour écrire, mais aussi pour vivre. Elle a été ma libératrice, mon refuge et ma plus grande sauveuse dans les moments difficiles de la vie. D’abord, c’était la poésie classique persane, avec laquelle je passais de longues heures. Puis, en grandissant, je me suis plongée dans des choses plus contemporaines, dont les aspects engagés étaient plus concrets et adaptés à notre époque. Plus tard, en accédant aux œuvres françaises, j’ai été particulièrement touchée par les écrits d’auteurs comme Camus, dont les idées et la vision de la vie résonnaient davantage avec les miennes.