De l’ombre à la lumière : les secrets d’une iconographe

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Anne André, exerce une profession assez méconnue du grand public. En effet, c’est elle qui cherche, sélectionne et propose, en concertation avec ses collègues, les images présentes dans les catalogues d’exposition du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) de Marseille. Elle nous en dit plus sur ce métier aussi passionnant qu’exigeant.

J’ai intégré un Institut universitaire professionnalisé (IUP) documentation à Dijon. J’ai d’abord fait un stage dans une structure musicale au Mexique, puis un autre en agence d’images à Paris. J’ai adoré ça. Par contre, je me suis aperçue que je n’avais pas envie d’être du côté des personnes qui vendent des clichés, mais de celui des éditeurs.
Ma dernière année en tant qu’étudiante, j’ai travaillé pour les éditions Larousse au Mexique. Cette expérience m’a permis de confirmer que c’était ce que je préférais. J’ai eu de la chance parce que j’avais commencé à créer une petite base de données images chez eux et mon supérieur de l’époque m’a dit qu’il voulait que je continue ce que j’avais commencé. J’ai donc été embauchée et je suis restée 6 ans chez eux, à Mexico. Là-bas, je m’occupais principalement de manuels scolaires. J’ai ensuite voulu revenir en France. C’était en 2013, l’année où Marseille a été désignée capitale européenne de la Culture, et durant laquelle est né le Mucem. Au début, j’ai demandé à y faire un stage puis j’ai postulé à une offre pour être assistante iconographe. Je suis vraiment rentrée au bon moment au Mucem, parce que le musée ouvrait et tout se mettait en place. Cela a été une année très difficile en termes de charge de travail car on avait peu de temps et nous étions stressés par l’ouverture. Nous avons sorti les premiers catalogues, ce qui a été un gros chantier. Mais ça a été très enrichissant. Depuis, je suis toujours au Mucem sur un poste qui est transversal mais ma mission principale est d’assurer l’iconographie des ouvrages qu’on édite pour chaque exposition.

Je ne prends pas part au contenu des expositions, ce n’est pas moi qui les crée. On commence à travailler avec le pôle édition lorsque les commissaires arrivent avec leur liste d’œuvres et leurs projets auxquels ils réfléchissent depuis des années. Notre objectif est de publier un livre dans le prolongement de l’exposition qui sera à chaque fois différent. On essaie vraiment d’avoir un format unique selon le thème. Nos ouvrages n’ont jamais le même format.
Il existe bien sûr une part créative mais, globalement, le contenu est déjà décidé. Donc, je fais parfois beaucoup d’administratif. La partie droits d’auteur dans l’iconographie est assez importante. Il faut retrouver les ayants droits, les contacter, négocier les prix… C’est surtout ce côté-là que je trouve un peu plus difficile d’autant que maintenant on travaille beaucoup sur internet. Avant, nous allions sur place, on rencontrait les gens d’une structure, il y avait quand même un échange qui était plus riche. Maintenant, à cause du grand nombre de commandes, je n’ai pas forcément le temps d’approfondir comme je le voudrais. Au Mucem il y a aussi les affiches, les dossiers de presse, les teasers… que je ne gère pas directement mais dont je dois régulariser les droits. Je pense que par rapport à d’autres missions, c’est un peu frustrant. Il y a moins de recherches que dans le poste que j’occupais avant chez Larousse par exemple.

En général, les premières réunions de l’équipe avec le commissariat, permettent de parler du sommaire, des auteurs qui vont écrire dans le livre, du type d’ouvrage qu’on a envie de faire pour cette exposition. Dans un deuxième temps, on va s’intéresser à la liste des images. Et là, ça dépend des cas. Il y a des commissaires, des auteurs ou des éditeurs qui ont une idée très précise de ce qu’ils veulent faire. Parfois on va dresser une liste avec eux, on les aide à faire des choix. Cela peut d’ailleurs être des « commandes » hors exposition, ils peuvent vouloir faire appel à des figures de comparaison que je me débrouille de trouver. Il s’agit vraiment d’un travail commun.
Au Mucem, je suis toute seule sur le poste spécifique exposition. Mais il y a une autre iconographe qui est responsable des fonds images fixes et des collections. Nous avons d’ailleurs deux sites différents. Celui qui est au bord de la mer, dans le 2e arrondissement et le centre de conservation et de ressources (13003) qui renferme les collections du Mucem, constituées de l’ancien fonds du musée des Arts et traditions populaires ainsi que de nouvelles acquisitions. L’équipe qui s’occupe des images dans ce lieu a surtout des missions documentaires. Les archivistes et cette iconographe s’occupent de la préservation des photographies, des estampes… Une photographe est en charge des prises de vue des collections pour les besoins du musée comme de l’extérieur.

Pour chaque projet apporté par une équipe de commissariat, il y a de nouvelles sources d’images auxquelles on n’aurait pas forcément pensé. Je connais maintenant assez bien les fonds photos mais il y en a toujours de nouveaux. Sans oublier que les thèmes abordés sont souvent très spécifiques.
Il arrive qu’on ait du mal à retrouver la trace d’un ayant droit par exemple. Nous devons aussi parfois renoncer car on n’a pas pu dénicher une photo avec une bonne résolution. On essaye d’avoir tout ce qu’on attend de nous, c’est notre métier, mais parfois, nous ne pouvons pas répondre à la demande.

Pour monter une coédition, en général, on lance un appel d’offres qu’on envoie à des maisons qu’on pense être intéressées par le sujet. L’avantage principal est que cela nous permet d’être diffusé plus largement. C’est également intéressant d’avoir le regard d’un éditeur.

On planche actuellement sur l’ouvrage d’une exposition qui s’appelle En piste, montée avec Macha Makeïeff (autrice, metteuse en scène et ancienne directrice de La Criée - Théâtre National de Marseille) et un commissaire interne, Vincent Giovannoni. Nous en sommes aux premières étapes.

Pour être un bon iconographe, il faut être curieux car les thèmes peuvent être très vastes. Il y en a qu’on connait très bien, d’autres qui sont à creuser. On doit aussi se renseigner sur les fonds d’images qui se créent ou sont rachetés par d’autres, suivre l’actualité des expositions et des photographes contemporains…
Pour moi, le sens organisationnel est aussi indispensable. Il y a beaucoup de demandes à gérer et d’interlocuteurs à contacter, donc il faut vraiment être carré. Enfin, avoir des connaissances en histoire de l’art me semble indispensable pour les postes en musée.
Ce qui me plait le plus dans ce que je fais, c’est que chaque nouvel ouvrage me permet de découvrir un sujet différent. Je ne m’ennuie jamais !