Du Facile à Lire à la prison pour mineurs de Marseille : un moment hors du temps

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Après avoir suivi, à l’automne 2025, la formation Facile à lire (FAL) organisée par l’Agence régionale du Livre dans le cadre du projet Passage, Marilyne Buis, éducatrice spécialisée pour la Protection Judiciaire de la Jeunesse, a monté son projet d’espace Facile à Lire au sein de l’Établissement Pénitentiaire pour Mineurs (EPM) de la Valentine (Marseille).


D'après votre expérience au sein de l'EPM, pouvez-vous nous en dire plus sur le rapport qu'entretiennent les jeunes à la lecture en détention ?

J’ai constaté qu’il existe une grande peur face à la lecture. La première réaction de la plupart d’entre eux est de dire « Ce n’est pas pour moi, je ne suis pas bon à l’école, je n’ai jamais lu… ». Un peu moins fréquemment : « Je veux bien, mais seulement des BD ou des mangas pour m’occuper, car il n’y a rien d’autre à faire ». Pour « passer le temps ». Et beaucoup plus rarement, nous recevons des demandes spontanées.
Dès leur arrivée, l’équipe d’éducateurs leur présente, parmi toutes les informations sur le fonctionnement de la prison et leurs droits, la possibilité d’accéder à une bibliothèque. Quand je les sollicite en passant dans chacune des six unités et que je leur parle du lieu, certains le découvrent à ce moment-là. Ils n’avaient pas forcément la disponibilité d’esprit avant. Depuis 2025, une permanence y est ouverte chaque mercredi matin. C’est important d’avoir un temps repéré pour cela.


Pourquoi imaginer un espace FAL avec eux ?

Leur rapport au livre est difficile, la plupart ne se sentent pas « à la hauteur », ni légitimes. C’est de l’auto-censure. Leur accès à la lecture s’est seulement fait via leur scolarité, qui les a souvent mis en échec.
Le Facile à Lire me donne la possibilité d’intéresser ces non-lecteurs et de désacraliser l’objet livre. Souvent en décrochage à l’école, avec un niveau assez bas, il est doublement essentiel de trouver des supports adaptés.

Les collections FAL proposent non seulement un rapport à l’image différent, mais permettent aussi d’aller vers d’autres genres avec des ponts depuis les mangas, livres de photos ou illustrés, puis vers des ouvrages à texte. J’aime particulièrement la collection Petit poche de Thierry Magnier. Elle ne contient pas d’illustration et raconte une vraie histoire pour « grands » avec des thèmes qui leur parlent et du vocabulaire accessible afin de leur redonner la fierté de lire, seul, un roman. Il me semble fondamental d’aller vers leurs envies. J’essaie de trouver des écrits qui puissent les sortir de ces « empêchements », faire mentir leur conviction que « lire, c’est pas pour moi ! ».

Les jeunes ont participé à la construction du présentoir de l’espace Facile à Lire de l’EPM.

Après la formation, j’ai compris qu’il s’agissait certes d’une sélection d’ouvrages, mais aussi de fabriquer une zone repérée au sein de la bibliothèque. Avec mon collègue éducateur, qui a une formation de menuisier, on a décidé de construire un présentoir pour mettre en valeur les livres et délimiter un espace spécifique. Nous avons utilisé l’atelier “Habitat” tenu par un professeur technique de l’Éducation Nationale pour créer le meuble, tous ensemble. Le matériel était sur place et nous nous sommes inspirés de ce qui existe déjà. Cette réalisation aide grandement à leur appropriation de l’espace.

Dans la même perspective, lorsqu’on reçoit des livres, c’est un petit groupe de 5 ou 6 qui déballe leurs « cadeaux », les découvre et les range dans les rayons les plus adaptés. Ils préparent également les étiquettes et leur dénomination.


Comment vit l’espace 6 mois après sa création ?

Il est utilisé par les jeunes, qui s’installent volontiers dans la chaise longue modulable créée il y a plusieurs années par des lycéens partenaires.

Généralement, des moments qui mélangent la lecture et le jeu sont proposés à un petit nombre de participants.

La plupart des titres sont feuilletés sur place et les grands ouvrages graphiques sans mots rencontrent beaucoup de succès. Les livres photos marchent très bien.
Ils ont tellement apprécié Les Philofables que tous les exemplaires ont disparu. Il sera racheté prochainement. Tout comme Le code de la route simplifié.

Cette année, de nouvelles acquisitions sont prévues : grâce au travail de réflexion mené avec mes collègues, nous trouvons des thèmes qui plaisent à nos lecteurs, comme la vie à Marseille, dans les quartiers…

Dans les mois à venir, nous essaierons de créer en complément une caisse en bois, pour y mettre des publications FAL car certains préfèrent farfouiller plutôt que regarder sur les étagères. Une nouvelle occasion d’augmenter encore le fonds.

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