La transmission du livre... en prison
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Interview de Blandine Scherer, bibliothécaire du centre pénitentiaire des Baumettes à Marseille autour de son poste, finalement assez méconnu.
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Petite rétrospective sur l’année 2025 : 3 bibliothèques ont été ouvertes ou réaménagées dans l’un des 13 établissements pénitentiaires que compte la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ; 1 chez les mineurs et 2 chez les majeurs. Rendez-vous derrière les murs où l’accès à la culture reste un droit.
Avec celle de Digne-les-Bains (04), la maison d’arrêt de Gap est l’une des plus petites de France et l’une des plus anciennes (1735) : elle regroupe 17 cellules accueillant 50 hommes majeurs en février 2026 pour des durées « courtes » (quelques jours à deux ans maximum).
Basée au cœur du centre-ville, dans un vieil immeuble, elle est à l’étroit depuis de nombreuses années. Le tribunal, qui jouxtait la détention, a pu être transformé en annexe, permettant d’agrandir le Quartier Socio-Éducatif (QSE), renommé « plateau culturel ». Sous les toits, au dernier étage de la prison, un passage a été percé entre les 2 bâtiments, offrant une soupape spatiale à tous les usagers : bureaux pour les surveillants, grande salle polyvalente pour l’organisation d’activités ou de réunions internes et une nouvelle bibliothèque.
La précédente, une cellule de 9 m2 refaite et aménagée avec les détenus à l’automne 2018, était un bel endroit mais bien trop exigu : impossible de venir en groupe, pas assez de place pour valoriser les ouvrages… Mais la collaboration alors entamée a permis à la Bibliothèque Départementale des Hautes-Alpes (BD 05) d’accompagner et professionnaliser la création de ce lieu.
Certes sans fenêtre, mais avec un mobilier moderne, un fauteuil de lecture et un coin ordinateur pour consulter le catalogue, l’espace de 17 m2 est meublé d’étagères sur roulette, présentoir avec facing et d’assises confortables qui la rende bien plus attractive.
Éric Compiègne, directeur adjoint de la BD 05, Sophie Rangan, référente publics spécifiques, et Esther Gonon, bibliothécaire bénévole qui officie depuis des années au sein de la prison gapençaise en ont été les patients acteurs, aux côtés du Service de Probation et d’Insertion Professionnelle (SPIP) du 04-05 et de l’administration pénitentiaire de la maison d’arrêt.
La nouvelle bibliothèque a vu le jour en octobre 2025. Plus de mille ouvrages y ont trouvé place, balayant les différents champs de l’édition : du manga au documentaire en passant par les précis de droit et les essais, sans oublier la bande dessinée ou le développement personnel. Le fonds est informatisé et consultable à distance pour les personnes ne pouvant physiquement s’y rendre, permettant l’emprunt des ouvrages en cellule. Un poste d’auxiliaire bibliothécaire contribue à élargir doucement les horaires d’ouverture en plus du jeudi où Esther Gonon assure une permanence et médiation professionnelle.
© Ministère de la Justice
L’une des 7 prisons pour mineurs en France a été construite dans le quartier marseillais de la Valentine en 2007. L’EPM rassemble 6 unités éducatives réparties en 6 bâtiments distincts, un pôle administratif et celui consacré aux activités Socio-Éducatives (QSE), tous regroupés dans l’enceinte de la prison et construits autour d’un stade et d’un petit jardin.
Le QSE comprend une grande salle polyvalente (utilisée lors d’activités communes, de restitutions d’ateliers, d’expositions ou de représentations) ; des salles de cours à l’étage (gérées par l’Éducation nationale) et une grande bibliothèque de 60 m2.
Avec sa grande baie vitrée qui donne sur le stade et les cellules en arrière-plan, l’atmosphère est lumineuse, mais coupe parfois l’envie des adolescents de s’y installer car ils n’assument pas toujours ce moment de lecture à la vue des autres jeunes.
L’aménagement vieillissant et les livres composés des dons de personnels nécessitaient renouvellement et adaptation aux lectures de jeunes (entre 13 et 18 ans). Depuis 2017, l’EPM bénéficie du financement du Centre national du Livre pour des achats d’ouvrages et des mises en place d’ateliers autour de la lecture. Les éducateurs de la PJJ, très investis pour relancer, réaménager et ouvrir la bibliothèque au plus grand nombre, ont pris le temps de penser le projet, de constituer un fonds adapté (hélas sans bibliothèque partenaire pour les orienter), d’initier un rafraichissement de la pièce avec notamment des meubles plus modernes et un coup de peinture pour accueillir les visiteurs (étagères, assises…).
Des jeux sont également utilisables sur place. Un premier recensement (via une application gratuite) des quelque 1 400 ouvrages déjà présents ou récemment achetés donne désormais la possibilité de suivre les acquisitions sans pouvoir gérer les emprunts, seulement notés sur un cahier.
Des créneaux de présence, bâtiment par bâtiment, ont été définis et une référente bibliothèque nommée. Le 28 novembre 2025, l’inauguration officielle a réuni l’administration pénitentiaire, la Protection Judiciaire de la Jeunesse mais aussi des enseignants, des intervenants extérieurs (et habitués de l’EPM) et quelques-uns des 40 jeunes alors incarcérés.
Un groupe de mineurs investis a entièrement réalisé au sein de la détention une étagère spécifique pour le fonds Facile à Lire créé fin 2025. Espérons que l’EPM ancrera ainsi le fonctionnement de la bibliothèque dans celui de l’établissement !
L’équipe du bâtiment B3 dans la bibliothèque.
Sur les fondations de l’ancienne construction - désignée sous le nom de « Baumettes historiques » et construite en 1936 - 740 places supplémentaires accueillent, à Marseille, des hommes majeurs. Avec une population totale de 1254 détenus en février 2026, le CP des Baumettes regroupe 2 bâtiments indépendants complétés d’une « Structure d’Accompagnement vers le Sortie » (avec un fonctionnement particulier et l’hébergement très atypique d’un restaurant bistronomique accessible au public extérieur).
Le bâtiment des Baumettes 2, ouvert en 2017, avait été le 1er à être créé avec une grande et lumineuse bibliothèque de 100 m2 qui a la particularité (et l’énorme avantage) d’être gérée 20 heures par semaine par un personnel professionnel via l’association Pour Ainsi Dire.
Fin novembre 2025, les Baumettes 3 accueillent les premiers mis sous écrou. Son Quartier Socio-Éducatif a la particularité d’abriter un théâtre, prévu pour être fréquenté par des spectateurs venant du dehors.
En plus de nombreuses salles d’activités et de cours, une vaste bibliothèque de 130 m2 a été aménagée pas à pas par le SPIP et ses coordinateurs d’activités, avec un travail drivé par l’association Pour Ainsi Dire et une aide très active du réseau des Bibliothèques de Marseille. Sans ces soutiens professionnels extérieurs et les financements complétés par le Centre national du Livre, le fonds, l’informatisation et l’organisation n’auraient pu être efficaces en un temps si contraint.
Les quelque 3 000 ouvrages ont été commandés dans les librairies indépendantes de Marseille, équipés et informatisés par deux prestataires, accompagnés par des équipes de la prison et Pour Ainsi Dire. Un programme d’animation exigeant a permis aux participants de rencontrer des auteurs et bénéficier d’ateliers de bande dessinée dès le début d’année 2026.
Il reste bien des étagères à compléter et de la médiation à penser, mais d’ores et déjà l’endroit, très agréable, est repéré et accompagné par un auxiliaire bibliothécaire (détenu ayant candidaté au poste de bibliothécaire au sein de l’établissement pénitentiaire) très volontaire.
Inaugurée le 13 février 2026 en présence des officiels de la prison, des services pénitentiaires, mais aussi de la mairie de Marseille, des nombreux acteurs de son ouverture et des nouveaux lecteurs, la bibliothèque prend désormais sa place au sein de la prison marseillaise. Espérons qu’un partenaire pourra animer, professionnaliser et faire vivre ce lieu de culture !
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Interview de Blandine Scherer, bibliothécaire du centre pénitentiaire des Baumettes à Marseille autour de son poste, finalement assez méconnu.
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Mika Biermann et Didier da Silva seront en résidence dans les établissements pénitentiaires de Draguignan et Tarascon à partir du mois d’octobre.