L’usage de la bande dessinée comme outil de vulgarisation

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Zoom sur Le marégraphe de Marseille et Saint-John Perse, d’Atlantique deux ouvrages parus récemment, qui permettent de mettre en lumière et de rendre plus lisible une histoire, un patrimoine, une société passée, présente et future.

Longtemps considérée comme un simple divertissement, la bande dessinée a profondément évolué au cours du XXe siècle. Les autrices et auteurs se sont emparés de nouveaux sujets et de nouvelles formes, faisant de cet art non seulement un espace d’expression artistique, mais aussi un outil privilégié de médiation. Parmi ses déclinaisons contemporaines, la BD documentaire s’est imposée comme un genre à part entière : fondée sur un travail de recherche, elle transmet un savoir, relate un fait historique ou aborde un sujet d’actualité, parfois en mêlant fiction et réalité. Reportage graphique, enquête dessinée, biographie en cases : elle raconte désormais le réel, tout en le rendant accessible à un large public.

Dans cette dynamique, certaines institutions s’y intéressent de plus en plus comme vecteur de vulgarisation. Musées, fondations, associations patrimoniales sollicitent aujourd’hui les artistes pour faire connaître un monument, une figure historique, un territoire ou un phénomène environnemental. Ces commandes s’effectuent en étroite collaboration avec des spécialistes, qui veillent à la rigueur du contenu.

Deux exemples récents, en région, illustrent parfaitement ce mouvement :

  • Le marégraphe de Marseille, raconté par Clément Baloup, à la demande de l’association des Amis du marégraphe de Marseille.
  • Saint-John Perse, d’Atlantique, une œuvre collective commanditée par la Fondation Saint-John Perse.

Dans les deux cas, la même volonté préside : rendre un patrimoine plus visible, plus compréhensible, plus contemporain. L’Agence a d’ailleurs été sollicitée au démarrage de ces projets afin de mettre en relation les acteurs et de faciliter leur travail.


Le marégraphe de Marseille
: un monument scientifique raconté en BD

Publié par les éditions La Boîte à Bulles, Le marégraphe de Marseille retrace la longue histoire de ce lieu unique : bâtiment historique, instrument et observatoire du niveau de la mer encore en activité. Construit à la fin du XIX e siècle pour définir l’« altitude zéro » en France, il abrite un appareil aujourd’hui unique au monde.

Le scénario suit un parti pris original : celui de donner voix au marégraphe, devenu personnage-narrateur. Ce choix permet de rendre accessible un sujet technique – la mesure du niveau moyen des mers – tout en donnant une dimension sensible au propos.

La diffusion de l’ouvrage s’inscrit dans une démarche de médiation ambitieuse : 1 075 albums seront distribués gratuitement dans les collèges, lycées et bibliothèques universitaires des départements du littoral méditerranéen, Corse comprise.

L’association Les Amis du marégraphe de Marseille œuvre au rayonnement du site, en donnant une place centrale aux jeunes, particulièrement concernés par les effets du changement climatique. En 2025, le projet Ateliers BD Marégraphe leur a ainsi permis de comprendre les enjeux patrimoniaux, scientifiques et sociétaux du lieu, tout en utilisant la bande dessinée comme outil ludique de sensibilisation aux dérèglements climatiques et à l’élévation du niveau marin.


Saint‑John Perse, d’Atlantique
: une vie en sept voix dessinées

Dans un registre différent, Saint-John Perse, d’Atlantique adopte une approche littéraire et biographique. Commandé par la Fondation Saint-John Perse et coordonné par Jean Pierre Soarez (Festival BIM Marseille) avec Thomas Gosselin au scénario, le livre rassemble sept autrices et auteurs : Lisa Lugrin, Frédéric Coché, Nina Six, Oriane Lassus, Octavia Eichler et François Henninger. Chacun a pris en charge une période de la vie du poète : de son enfance en Guadeloupe à son exil américain, en passant par Pékin, Londres ou la Mongolie.

La trajectoire de Saint-John Perse – diplomate, écrivain majeur, exilé en 1940, prix Nobel de littérature en 1960 – se prête particulièrement à une mise en récit graphique. L’album, publié à l’automne 2025 aux éditions Cambourakis, s’accompagne d’une exposition à l’Office du tourisme d’Aix-en-Provence, inaugurant les célébrations des 50 ans de la Fondation.

Les projets autour du marégraphe de Marseille et de Saint-John Perse montrent combien la BD peut réenchanter le patrimoine, lui offrir de nouvelles formes de visibilité et toucher des publics qui n’auraient peut être jamais franchi la porte d’un musée ou d’un site scientifique.