Le compte d'exploitation au titre
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Que l’on soit un éditeur adepte de la péréquation ou que l’on ne croie qu’à la rentabilité au titre, que l’on soit un éditeur qui donne le temps à chaque collection de trouver ses lecteurs ou un partisan de la rotation rapide voire de la cavalerie, le compte d’exploitation au titre est un outil indispensable à toute prise de décision éclairée.
Pour exister de manière pérenne, une maison d’édition doit assurer, comme toute entreprise, son équilibre financier. L’activité éditoriale est composée de livres rentables, voire profitables et de livres qui vont générer des pertes. Sur le long terme, les pertes ne doivent pas être supérieures aux profits, sans quoi c’est la structure même qui sera menacée.
Le compte d’exploitation au titre est le principal outil permettant à l’éditeur de mesurer objectivement et précisément les réels profits ou pertes de chaque livre.
Élaboré et suivi tout au long de la vie de la publication, ce compte d’exploitation permet à l’éditeur de :
- moduler les composantes techniques des livres : le tarif, le format, le papier, le tirage, les droits d’auteur, en intégrant l’aspect économique à sa réflexion.
- suivre l’évolution financière des livres tout au long de l’année et donc de répartir ou réduire les risques pris.
1. Définition
Le compte d’exploitation au titre, est un tableau qui identifie pour chaque livre, les produits (recettes) et les charges (dépenses) spécifiques. Le résultat de ce tableau permet d’identifier le montant net de profits ou pertes imputable au livre.
2. Élaboration
La construction du compte d’exploitation au titre repose sur le calcul pour chaque titre :
- du chiffre d’affaires : prix public HT multiplié par la quantité vendue,
- des dépenses variables (fabrication, diffusion, droits d’auteurs proportionnels…) c’est-à-dire des dépenses qui varient selon la quantité d’exemplaires,
- des dépenses fixes (maquette, promotion, droits d’auteur forfaitaires…) c’est-à-dire les dépenses liées au livre mais indépendantes du nombre d’exemplaires,
Cela nécessite d’avoir, au préalable, identifié toutes les hypothèses : - de conception : à-valoir, droits d’auteur, frais de correction, frais de maquette, etc.
- de fabrication : format, pagination, papier, tirage, etc.
- de distribution : librairies, salons, VPC…
- de vente : prix public, quantité vendue, durée de mise en vente…
- de promotion : communiqué de presse, mailing, etc.
3. Utilisation
Il se calcule à toutes les phases de vie du livre :
- En phase prévisionnelle, c’est-à-dire avant toute décision engageante, il permet d’accompagner les principaux choix concernant l’ouvrage (tarif, pagination, tirage).
- En phase de conception-fabrication, il permet de prévenir les éventuels surcoûts et de réestimer avec plus de précision le point mort, c’est-à-dire le seuil d’exemplaires vendus nécessaire à franchir pour absorber toutes les charges générées. Il permet d’ajuster les volumes de fabrication et de mise en place et d’en mesurer les conséquences financières.
- En phase d’exploitation (après mise en place), il permet de :
• connaître plus rapidement la marge que dégagera l’ouvrage,
• prendre d’éventuelles décisions de retirage (oui/non, quelles quantités..) de pilonnage, de retrait ou de transfert.
En fin d’année, on pourra savoir précisément :
• Quels ouvrages ont généré des profits, et donc quelles sont les capacités à financer d’autres projets.
• Quels ouvrages s’autofinancent.
• Quels ouvrages génèrent des pertes (parfois malgré des ventes apparemment correctes)
• Quels ouvrages ont généré des pertes mais vont apporter des profits l’année suivante.
Ces analyses sont précieuses pour affiner les futurs choix éditoriaux.
Un article de Florence Chagneau, Consultante en gestion