Les industries culturelles créatives à la loupe
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Coordonnée par l’association We are Creative1, la nouvelle édition du Panorama 2025 des industries culturelles créatives est parue en décembre 2025. Elle présente les grandes évolutions depuis 2019 et les principaux défis à venir d’une filière parfois méconnue.
Les industries culturelles et créatives (ICC) comprennent dix catégories (livre, arts visuels, audiovisuel, cinéma, jeu vidéo, musique, spectacle vivant, presse, radio et publicité) qui contribuent fortement au développement économique de la France. Elles totalisent un chiffre d’affaires dépassant 100 milliards d’euros et plus d’un million de personnes engagées (emplois directs, indirects et induits), soit « un poids économique deux fois supérieur à celui de l’industrie automobile ».
Malgré une augmentation de 21 % de leur valeur ajoutée globale en 5 ans, passant de 35,7 en 2019 à 43,1 milliards d’euros en 2024 (équivalent à 2,9 % du PIB français), les ICC ont changé de manière distincte après la crise sanitaire.
Derrière cette croissance de la culture dans le paysage français, se dessine un tableau contrasté où la filière du livre ne connaît pas de progression. En 2024, celle-ci pèse 7,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, génère 2,2 milliards d’euros de valeur ajoutée et mobilise 25 000 postes en équivalent temps plein (ETP). Plus de la moitié est issue de la distribution et la vente d’ouvrages. À ces ETP s’ajoutent plus de 20 000 auteurs et traducteurs littéraires qui ne sont pas des salariés d’entreprises du livre (édition et vente de livres, fabrication de papier et carton).
Le panorama indique également que la valeur ajoutée étendue est 2 fois supérieure à sa valeur directe. Cet effet d’entraînement indique un niveau élevé de retombées sur d’autres activités dont 10 % concernent d’autres secteurs des ICC.
Après une forte reprise en 2021 et 2022, portée par le « commerce essentiel » des librairies et un regain pour la lecture pendant les confinements, l’impact financier du livre piétine depuis 2023. L’étude constate une stagnation du fait des changements d’habitudes de consommation (baisse du temps de lecture), de l’augmentation des coûts de fabrication et de l’essor des titres d’occasion.
Des mutations profondes viennent transformer les usages et modèles économiques de ce marché, tels que la digitalisation de l’édition (supports numériques) et le livre audio. Les professionnels s’interrogent également sur la place de l’intelligence artificielle générative et le rôle de la transition environnementale dans ce schéma pour l’avenir.
Ces chiffres révèlent une équation complexe. La hausse des coûts de production et de transport des œuvres plus rapide que l’évolution du prix du livre régulé risque d’aboutir au ralentissement de l’activité éditoriale.
Sources : Insee, Diane, SNE, CNL, calculs EY.
En résumé, si « le temps et la fréquence de lecture ont une conséquence directe sur le chiffre d’affaires du secteur et ses perspectives de croissance à long terme », ce domaine doit se réinventer pour résister aux réseaux sociaux et renouveler l’attractivité de la lecture. De même, afin de renforcer l’écosystème et assurer la pérennité de la chaîne, l’analyse invite à la transversalité des œuvres (variété des formats d’exploitation des œuvres littéraires) pour permettre à une publication de vivre plus longtemps.
1 Association rassemblant les acteurs publics et privés du secteur : le club we are_, l’ADAGP (Société des auteurs dans les arts graphiques et plastiques), l’ADAMI (Administration des droits des artistes et musiciens interprètes), la Bpifrance (Banque publique d’investissement), Ekhoscènes (Syndicat national du spectacle vivant privé), la SACEM (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique), le SNE (Syndicat national de l’édition), le SNEP (Syndicat national de l’édition phonographique), le SNJV (Syndicat national du jeu vidéo), Unifrance (organisme chargé de la promotion du cinéma et de l’audiovisuel français à l’international), l’UPFI (Union des producteurs phonographiques français indépendants).