Négocier, un art à part entière : l’émancipation des artistes-autrices de livres jeunesse et de BD
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Cette étude, réalisée par le cabinet Axiales et commandée par la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse, vise à explorer le processus de négociation des contrats d’édition du point de vue des autrices.
L’objectif principal est de comprendre les obstacles rencontrés par celles-ci, qu’il s’agisse de questions de rémunération, d’accès à des informations sur l’exploitation de leurs œuvres (comme la reddition de comptes), des modalités de fin d’exploitation, des coûts réels de fabrication, ou encore des conditions de travail.
Un premier questionnaire a été envoyé à 193 autrices, permettant de récolter 184 réponses. Parmi elles, 19 artistes ont été sélectionnées pour des entretiens approfondis, menés entre juin 2023 et juin 2024.
Les résultats montrent qu’il n’existe pas de fracture nette dans la manière dont les sondées vivent la négociation ; il s’agit plutôt d’une question de posture. Chaque personne a une approche personnelle et intime de son rôle actif, un processus qui peut aussi évoluer au fil du temps. L’étude propose une typologie de quatre profils, chacun illustrant des comportements distincts. Le but n’est pas de catégoriser les participantes, mais de les inciter à réfléchir sur leur propre situation et leurs méthodes, et peut-être de s’en émanciper.
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Les redevables : elles estiment avoir de la chance de pouvoir exercer leur activité artistique et de recevoir une rémunération pour cela. Elles ont tendance à établir des relations amicales avec leurs maisons d’édition, souvent de petites ou moyennes structures, avec lesquelles elles collaborent depuis longtemps. Leur amitié les empêche parfois de débattre, et elles peuvent se sentir bloquées, notamment lorsqu’elles vivent une précarité financière sans en avoir pleinement conscience. Parmi les 19 autrices étudiées, quatre correspondent à ce profil, principalement des illustratrices plus âgées, toutes se consacrant à 100 % à leur activité artistique.
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Les précaires qui s’arment : elles peinent souvent à vivre de leur métier, affrontant des situations personnelles et familiales complexes. Elles ressentent une dépendance vis-à-vis des éditeurs et acceptent parfois des conditions qu’elles jugent injustes. Conscientes de l’inégalité des forces, elles expriment le besoin de se former et de s’organiser collectivement pour apprendre à se défendre. Cinq membres de l’échantillon en font partie, généralement plus jeunes et plus novices dans leur profession.
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Les détachées : elles ont compris que le système ne leur fera pas de cadeaux et n’attendent pratiquement rien de leur relation avec les éditeurs. Bien qu’elles cherchent à faire valoir leurs droits, elles sont moins dépendantes des enjeux financiers et professionnels dans l’édition, car elles disposent d’autres sources de revenus, souvent issues d’un autre emploi. Ce groupe est diversifié en termes d’âge et de parcours professionnel.
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Les professionnelles de la négociation : très peu nombreuses, seulement trois parmi les participantes, elles adoptent une posture strictement professionnelle. Elles maintiennent une distance émotionnelle avec leurs éditeurs et sont bien préparées, ayant suivi des formations et acquis de l’expérience. Pour elles, parlementer devient un processus structuré et indiscutable, au point que, lors des discussions contractuelles, elles sont souvent redirigées vers le service juridique en raison de la complexité de leurs demandes.
Grâce à ce travail de recensement et d’analyse effectué par Mathilde Rimaud et Claire Hartmann, la Charte aura la possibilité de développer des outils et des dispositifs adaptés aux différents cas de figure rencontrés.